#061 Delphine RACINET-REAU – La Quête d’Équilibre d’une Championne Olympique – s03e23

Saison I
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#061 Delphine RACINET-REAU - La Quête d'Équilibre d'une Championne Olympique - s03e23
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🎙️ Delphine REAU a brillé dans le dernier épisode du podcast 🌟.

🏅 Ancienne championne olympique de tir, elle a partagé son histoire fascinante, mêlant succès sportif et professionnel.

🎯 Avec persévérance et passion, Delphine est devenue un modèle de réussite, inspirant les jeunes sportifs à poursuivre leurs rêves avec acharnement 🌈. Elle a aussi abordé des thèmes cruciaux comme l’intégrité dans le sport et l’égalité, soulignant son engagement envers les vraies valeurs de l’olympisme 🏆.

🗣️ Le débat s’est élargi sur les défis du financement sportif et la reconversion, où Delphine a souligné l’importance d’équilibrer carrière sportive et ambitions professionnelles 🔄. Son expérience illustre parfaitement les avantages d’une telle approche.

🤔 Cet épisode offre une mine d’inspiration et de réflexion pour les passionnés de sport et prouve que Delphine REAU reste une icône pour les futures générations 💫.

📌 De ses débuts jusqu’à la consécration olympique, elle partage les clés de sa réussite et sa vision du sport éthique. Un must pour les aspirants sportifs ! 🌟

#Passion #Détermination #Olympisme

💪 Venez soutenir les invitées et invités du podcast, autant d’athlètes talentueux, en vous joignant à leur quête pour trouver des partenaires et réaliser leurs rêves. (lien de collecte de fonds sur https://vestiaires.org/pour-les-aider-a-atteindre-leurs-reves). Notre podcast “(dans les) Vestiaires” est une fenêtre sur les histoires extraordinaires d’athlètes déterminés, prêts à tout pour hisser leur pays sur la scène sportive internationale. 🤝🌟

Dans cet épisode, vous pourrez découvrir (chapitres de l’épisode) :

1. Introduction et accueil de Delphine REAU

2. Delphine REAU, sa vie personnelle et professionnelle

3. Les débuts dans le tir sportif

4. Différences entre les disciplines de tir

5. Le cheminement vers les Jeux Olympiques

6. Les défis de la compétition et l’apprendre de l’échec

7. Double projet : sport de haut niveau et insertion professionnelle

8. Difficultés post-carrière et reconversion

9. La passion du tir sportif et l’esprit olympique

10. Le dopage et les valeurs du sport

11. Financement de carrière et choix du double projet

12. Conseils pour les jeunes sportifs

13. Clôture de l’épisode et remerciements

Pour suivre et soutenir notre invitée : https://www.linkedin.com/in/delphine-racinet-r%C3%A9au-oly-71331880 / https://www.instagram.com/delph_reau

Grâce à Autoscript, on vous propose même de revivre l’échange que j’ai pu avoir avec Delphine.

Ermanno : Salut les sportifs, c’est Ermano et je suis très heureux de vous recevoir pour un nouvel épisode du podcast Dans les Vestiaires. Aujourd’hui, on va parler avec une sportive, ancienne sportive de haut niveau, dans une discipline pour laquelle je n’ai encore reçu aucun représentant. Donc ce sera un plaisir de pouvoir échanger avec Delphine REAU. Bonjour Delphine.

Delphine : Bonjour, comment ça va ?

Ermanno : Mais ça va très bien et toi ?

Delphine : Moi toujours bien.

Ermanno : Écoute, c’est l’idéal, c’est l’objectif parce que justement on va parler de sport aujourd’hui, on va parler de ça. On va parler un petit peu de la vie de sportive de haut niveau, on va parler peut-être aussi des dessous, de l’arrière, des vestiaires justement, de comment c’est d’être sportive de haut niveau. Comment est-ce qu’on pourrait repenser certaines choses ? Comment est-ce qu’on pourrait aider aussi les sportives et les sportifs en activité actuellement ? Ou les petits jeunes qui nous écouteraient et qui se poseraient la question de le devenir. Mais juste avant ça, Delphine, ce que je te propose, c’est une question toute simple. Dis-nous tout, qui est Delphine REAU ?

Delphine : Ah, Delphine REAU. Alors, Delphine REAU, aujourd’hui, elle travaille dans une grande entreprise française et ça fait maintenant 18 ans. Parce qu’en fait, pendant ma carrière sportive, j’étais déjà en train de m’insérer dans la vie professionnelle. C’était un choix de ma part. Parce que pratiquant un sport peu connu, peu médiatisé, donc le tir sportif. Et le tir sportif, il y a beaucoup, beaucoup de disciplines, plusieurs armes, trois surtout au niveau des Jeux Olympiques, à savoir la carabine, le pistolet et le fusil. Et moi, j’ai choisi le fusil. Parce qu’étant petite, étant jeune, à l’âge de 9 ans, en fait, je suivais mon père qui, lui, était plutôt chasseur. Moi, je n’étais pas hyper fan, mais par contre, quand il m’a amenée un jour sur un stand de tir pour faire du baltrap, parce que c’est son nom au départ, j’ai trouvé ça génial de pouvoir casser des assiettes sans se faire gronder. Et le jeu, parce que c’est ça, en fait, au départ, le sport, c’est surtout le jeu. Le jeu et puis une histoire de complicité avec mon père. Et du coup, je me suis prise à ce jeu-là, en tout cas. Et c’est là que j’ai découvert, en fait, on va dire mon attrait pour la compétition. Parce que c’est vrai qu’on peut pratiquer des sports et faire que du loisir. Ce que je fais en course à pied, d’ailleurs. Et puis d’autres sports où, voilà, on a vraiment envie de se mesurer aux autres. On a envie de voir ce qu’on a un peu dans le ventre et ce qu’on est capable de faire. On a envie de se dépasser parce que c’est souvent ça, c’est cette recherche-là, la recherche du challenge. Et donc, en parallèle de la petite Delphine qui pratiquait du tir sportif. Et là, mon père m’a dit très, très tôt, il m’a dit, bon, maintenant que tu t’es engagée dans cette voie-là, tu vas jusqu’au bout. Donc, quand les jeux ont pointé le bout de leur nez, parce qu’à l’époque, moi, quand j’ai commencé, c’était un sport mixte. Donc ça, c’était chouette. Il pouvait y avoir des hommes et des femmes. Mais comme c’était plutôt un sport masculin, il y avait surtout des hommes et peu de femmes, en fait, qui pouvaient participer au jeu. Pour différentes raisons, d’ailleurs. Et quand en 97, lors d’un championnat du monde, j’apprends, en 1997, pardon, lorsque j’apprends la création d’une catégorie aux Jeux olympiques de Sydney, une catégorie d’âmes, alors même si on tirait moins de plateaux que les hommes. Donc, je me suis dit, ben voilà quoi, en Australie, le rêve absolu, parce que c’est vraiment un pays qui me fascine. Donc là, j’ai déployé tout. Tout ce que… Tout ce que… Tout ce que… C’est un modèle, du coup, de mes études. Donc, j’ai toujours travaillé à côté de ma vie sportive, en essayant de me débrouiller, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas tous les dispositifs qui existent aujourd’hui. Donc, je me débrouillais toujours avec mes écoles. C’est-à-dire que le deal, c’était, tu bosses bien à l’école et on te dégage du temps pour pouvoir aller t’entraîner, faire tes compètes et OK. Donc, très tôt, en fait, j’ai appris ça. Et ça m’a vraiment servi pour mon après-carrière, parce que j’étais déjà dans ce moule-là. Et du coup… Je suis partie sur cette histoire des Jeux olympiques. Et quand j’ai gagné mon premier quota olympique en 1999, en finissant troisième d’un championnat du monde en Finlande, alors là, je me suis dit, bon, le challenge, c’est d’obtenir mon diplôme. Parce que je travaillais… J’étais dans des études d’expertise comptable, de comptabilité, de gestion. Et j’avais un diplôme à passer, dont j’avais les résultats en janvier ou février 2000, l’année des Jeux, sachant que la première… La Coupe du monde pro-olympique… La Coupe du monde pro-olympique était en mars 2000, et les Jeux en septembre. Donc là, je me dis, bon, je passais mon examen en novembre 1999. Donc là, je dis, bon, allez, je mets tout, là, et il faut absolument que j’aie ce diplôme. Parce qu’en fait, je m’étais dit, si je n’ai pas le diplôme, je prépare les Jeux comme je peux, mais de toute façon, je me relance dans mes études. Ce qui je l’ai, je me laisse une année, je fais juste les Jeux, et après, je travaille en janvier 2001. Et voilà, ça s’est passé comme ça. C’est-à-dire, j’ai eu mon diplôme juste. Crac, hein, c’était tendu, mais bon, ce n’est pas grave, je l’ai obtenu. J’ai gagné la Coupe du monde pro-olympique de Sydney en 2000. Et du coup, j’ai eu la chance de gagner cette médaille d’argent aux Jeux olympiques de Sydney. Donc, premier Jeux, première médaille. Bon, voilà, je me dis, bon, ben, c’est cool. Mais en fait, là, commençaient les difficultés. À savoir plusieurs difficultés d’ordre sportif, c’est-à-dire que je n’acceptais plus l’échec. Voilà, à partir du moment où je n’avais fait que des podiums, je me disais, ben, en fait, je n’accepte pas de perdre. Sauf qu’en fait, ça ne marche pas comme ça dans le sport. Bon, on peut souvent gagner, mais quoi qu’il en soit, on ne peut pas toujours gagner. Donc, à un moment donné, il faut accepter. Surtout que souvent, dans l’échec, c’est là où on apprend le plus. C’est vraiment ça. Si je dois retenir quelque chose de ma carrière, c’est vraiment ça. C’est là où je me suis pris vraiment des murs. Je me suis vraiment… Du coup, j’ai été obligée de me reconstruire à chaque fois. Et cette reconstruction, en fait, n’a eu qu’à améliorer mes performances. Donc, voilà. Donc, en 2001, je me suis mise à travailler dans un cabinet d’audit. Donc là, super, comme j’avais eu une petite vidéo médiatique, du coup, tout le monde était prêt à m’embaucher avec ce qu’on appelle une convention d’insertion professionnelle. Donc, un contrat de travail, un CDI classique, et par-dessus ça, une convention d’insertion professionnelle qui obligeait mon employeur à me dégager du temps pour la pratique sportive. Donc, j’étais déjà dans le double projet. Et on est parti. Je suis là-dessus, sauf que je suis quand même dans un monde financier. Et le cabinet en question s’est fait racheter, on va dire, en courant 2003. Au moment où je gagne le quota pour les Jeux olympiques d’Athènes, en fait, la boîte se fait racheter. Je fais partie du wagon des gens qui sortent, puisque de toute façon, je faisais partie des cas un peu particuliers avec un aménagement. Bon, c’était compliqué. Et donc là, a commencé l’enfer. C’est-à-dire la chute libre. Je perds ma calife pour les Jeux d’Athènes. Je perds mon boulot, me trouve au chômage. Et là, je galère pour trouver un emploi, parce que tant que je n’abordais pas le volet sportif de haut niveau avec des contraintes d’agenda, tout allait bien. Alors, dès que je commence à parler de ça, je me dis, ça va être compliqué. Alors, à chaque fois, je leur disais, je ne dis pas que ça va être simple. Je dis juste que si on sait s’organiser avec un planning, ça passe. Voilà. Donc, j’ai vraiment ramé. Et puis, en courant 2005, en fait, je suis contactée par le ministère des Sports et notamment Éric Srecki, qui avait eu aussi une médaille d’argent au même moment que moi à Sydney. On se retrouve là. Lui, il travaillait en suivi socio-pro au ministère. Et il est contacté par Bouygues Construction, et dont le DRH, en fait, était un féru d’athlètes de haut niveau. Il était convaincu que c’était un bel apport pour l’entreprise à tout point de vue, que c’était un pari gagnant-gagnant. Et il laissait la chance aux athlètes de pouvoir à la fois, on va dire, pratiquer à haut niveau leur sport et commencer à s’insérer dans la vie pro. Par contre, le deal, c’était tu bosses quand même. À minimum, tu bosses dans la boîte. OK, pas de souci. Donc, ce n’est pas un contrat d’image. Ce n’est pas on te paye et tu ne viens jamais au bureau. C’est tu travailles, tu produis et tu apprends. OK, moi, pas de souci. Ça me va. Donc, en juin 2005, j’intègre Bouygues Bâtiment Île-de-France en contrôle financier. Et puis, on aménage mon temps de travail. Donc, je gagne les Jeux méditerranéens d’Almeria en juillet. Il y est 2005, donc juste après. Et là, je me relance. Je relance ma carrière sportive parce que j’avais plus d’équilibre. J’avais de nouveau un travail. J’étais de nouveau sur mes deux jambes. J’étais dans mon double projet. La sérénité était revenue. Sécurisation de l’emploi. Tu ne galères pas. Alors, c’est vrai que quand tu parlais tout à l’heure comment on finance. Au départ, mon père a beaucoup financé.

Ermanno : Ce que je te propose, c’est qu’on fasse une petite pause. Et on revient. Pardon. Et on revient. Justement. Justement, un petit peu là-dessus. Parce que sinon, je vais te laisser parler pendant une demi-heure. Et puis après, je risque d’avoir plein de questions qui vont s’enchaîner. Vas-y, vas-y. Mais on va tirer le fil au fur et à mesure. Mais déjà, j’avais une toute première question qui n’a pas grand-chose à voir, mais qui est plutôt d’ordre technique. Tu nous dis qu’aux Jeux Olympiques, dans le tir, il y a la carabine et le fusil.

Delphine : Le pistolet et le fusil.

Ermanno : Oui, mais surtout, carabine et fusil, le pistolet, OK. Mais c’est quoi la différence entre la carabine et le pistolet et le fusil pour ceux qui ne connaissent pas ?

Delphine : Alors, en fait, le fusil, ça va être facile. Vous voyez les chasseurs. Vous voyez à peu près comment c’est fait. Il y a une double sortie. Du coup, il y a deux canons superposés. Alors qu’à la carabine, bon, déjà, ce ne sont pas du tout les mêmes munitions. Pas du tout les mêmes munitions que nous. Nous, ce sont des cartouches, comme des cartouches de chasse, mais avec un plomb plus petit, un grammage plus fin. Et pour la carabine, c’est un plomb à chaque fois. Bon, après, il y a plusieurs cartouches. C’est un calibre, un calibre. Voilà, moi, c’est un calibre 12. Donc, en fait, on est… Et puis nous, alors, au fusil, on est sur des cibles mobiles. Or, à la carabine, ils sont sur des cibles fixes. Donc, ce n’est pas du tout le même tir. Nous, on est en mouvement permanent. Alors que, donc, à la carabine, on est plutôt en fixe. Alors, même s’ils ont plusieurs types de positions, ils sont debout, genoux et couchés. Et encore, ça dépend de quelle discipline on pratique, parce qu’il y en a aussi à l’intérieur de la carabine, à l’intérieur du pistolet et à l’intérieur du fusil, il y a plusieurs disciplines. Et notamment, au fusil, il y en a deux. Donc, la fausse olympique, c’est ce que je pratiquais. Et le skit olympique, qui sont encore très différentes. Enfin, là, je ne vais pas refaire la technique, parce que le mieux, c’est franchement d’aller voir des vidéos sur YouTube. C’est beaucoup plus parlant. Donc, skit olympique, fausse olympique, il suffit de taper vidéo, c’est beaucoup plus parlant. Mais par contre, vraiment, la différence entre la carabine et le fusil, c’est essentiellement ça. Donc, pas les mêmes poids, pas les mêmes crosses. C’est vraiment très, très différent. Ces deux armes sont très différentes.

Ermanno : Oui, et puis, tu l’as dit, tu faisais allusion à la baltrap. En gros, le fusil, c’est un poule. Et puis, une assiette est envoyée et on tire dessus. Et la carabine, j’ai déjà reçu à ce micro Maya Kluten, qui est biathlète franco-belge, mais qui court pour la Belgique. Et elle, c’est la carabine. Et toi, c’était du fusil.

Delphine : OK, c’est ça. Autant il y a un appel, effectivement, un appel du plateau. Quand on est au fusil, alors qu’à la carabine, on n’appelle pas. On a en fait effectivement un temps pour tirer les plombs, mais il n’y a pas d’appel de l’athlète puisqu’il est sur une cible fixe. Et lui, l’essentiel, c’est d’être au maximum au centre. Alors que nous, on a une gerbe de plomb. La cible, elle est mobile, donc effectivement, elle bouge. Et on a une germe de plomb. En fait, on a plusieurs plombs. Donc, le but est de toucher cette fameuse assiette qui vole. Même si c’est un tout petit bout, ça compte quand même.

Ermanno : Bon, écoute, ça a l’air bien technique et bien sympa. Par contre, j’imagine qu’il ne faut pas être sur le pas de tir au moment où vous tirez parce que du coup, ça arrose un peu de tous les côtés.

Delphine : Alors pas tout à fait, parce que bien sûr, en termes de sécurité, c’est vraiment des disciplines où là, pour le coup, on est intransigeants parce que justement, on manipule des armes, c’est dangereux. Mais à partir du moment où on connaît les règles, il n’y a pas de sujet. Donc déjà, les spectateurs sont toujours derrière. Nous, on tire devant. Donc, à moins qu’on se retourne pour viser un spectateur. Normalement, il n’y a pas de sujet. Il n’y a pas débat. Tout le monde est derrière. Il faut bien sûr des protections auditives, des casques parce que ça fait un peu de bruit. Je pense que ça, tout le monde peut l’entendre. C’est le cas de le dire. Donc, voilà. Donc, normalement, nous, on a de toute façon des consignes de sécurité qui font que même entre chaque poste de tir, on décharge, même si le fusil, il est toujours ouvert entre chaque. Maintenant, on décharge à chaque fois entre chaque poste de tir. Donc, franchement, le risque est très, très faible d’avoir un accident. Ça peut toujours arriver, mais en respectant les consignes. Si, par exemple, le fusil ne part pas, ça peut arriver. On l’ouvre, on sort la cartouche ou alors quand on fait ça fait clic. Par exemple, là, on dit à l’arbitre, on lève la main. Ça marche pas. Là, l’arbitre vient. Il essaye. Si ça ne fonctionne pas, il ouvre et voilà. Mais toujours devant soi et en hauteur.

Ermanno : Donc, normalement, c’est vraiment bien, bien cadré. Bon, écoute, les règles sont là aussi pour ça. Elles ne sont pas aussi là. Les règles sont là pour ça, pour assurer l’équité entre les différents participants et puis aussi la sécurité. Ça fait du sens. Tu disais que finalement, toi, tu as été un petit peu piqué par la chose, par le virus à neuf ans, quand tu as commencé à aller avec papa et papa à la chasse.

Ermanno : ‘était quoi le déclic un peu au delà de ça? Parce que des enfants qui vont à la chasse avec leur père, d’ailleurs, et c’est malheureux, mais c’est très souvent les garçons qui vont avec papa et pas souvent les filles qui vont avec papa ou même les filles qui vont avec maman ou même les enfants, filles et garçons qui vont avec papa et maman. Mais mais tout le monde ne devient pas tireur olympique. Donc, qu’est ce qui a fait que chez toi, il y a eu cette, cette, cet attrait, cet

Ermanno : ce goût du jeu que tu as fini par trouver au delà des cibles mouvantes que sont les animaux quand on leur tire dessus, parce que la chasse, c’est pas que ça non plus, c’est aussi de la garde, c’est aussi rabattre les animaux. C’est aussi passer du temps à observer. Mais toi, c’est vraiment le tir avec le fusil qui t’a attiré.

Delphine : Alors, en fait, c’est vrai qu’au départ, donc moi, quand j’ai suivi mon père à la chasse, ce que j’aimais, moi, c’est la nature. C’est aussi pour ça que je cours beaucoup à l’extérieur. Je n’aime pas être enfermé dans une salle. Donc, c’est vrai que moi, j’ai besoin d’être dehors. L’avantage de la pratique de ce sport là, c’est que t’es forcément dehors, t’es pas à l’intérieur, donc t’es à l’extérieur et tu, malgré tout, c’est du tir. Mais ça bouge quand même un minimum parce que j’avais, j’avais tenté aussi un petit peu faire la carabine sur les petits baltraps de campagne. Il y avait en général carabiner et fusil, mais ‘était trop statique pour moi en tout cas. Donc, j’avais besoin de ça, de bouger. Et c’est vrai, autant au début, c’était vraiment le jeu. Le fait, c’était génial de casser des assiettes et franchement, à chaque fois que je vais faire des initiations à n’importe qui, tout le monde s’y prend. C’est tellement ludique au départ, franchement. Et puis après, en fait, après, on a envie d’en casser le plus possible. C’est ça le cheminement. Et puis après, on veut en rater le moins possible. Plus on continue à progresser. Et puis après, moi, après, franchement, ma passion, c’est les Jeux olympiques. Je suis passionnée des Jeux parce que je trouve ça extraordinaire de pouvoir partager sa passion pour son sport avec la passion des autres pour leur sport et surtout au niveau mondial, c’est-à-dire que c’est un vrai partage de tous les sports au niveau du monde entier. Et ça, pour moi, ça n’existe pas ailleurs qu’aux Jeux olympiques. Je n’ai pas en tête, en tout cas, l’équivalent des Jeux olympiques et paralympiques, bien sûr, parce que ce qui est génial, c’est ça aussi. Parce qu’au début, on parlait de Jeux olympiques. Maintenant, on parle de Jeux paralympiques. Alors, au début, les Jeux olympiques, il n’y avait pas de femmes. Et puis, progressivement, les femmes sont arrivées. Et puis là, maintenant, on met aussi des gens en situation de handicap. Et je trouve ça tellement génial de pouvoir aussi faire partager notre passion aux autres et de faire découvrir de nouveaux sports à des gens qui ne voient que certains sports à la télé, parce qu’on ne parle que de ces sports-là, parce qu’ils sont plus médiatisés, parce qu’ils ont été choisis. Alors, certainement aussi par le grand public au départ, mais après par les médias. Et on n’a pas cherché à faire découvrir, par peur de ne pas faire d’audience, d’autres sports, alors que là, les Jeux, c’est retransmis dans le monde entier. Et il y a des personnes qui découvrent, à chaque Olympiade, des nouveaux sports. Parce que bon, il y a à la fois les sports, on va dire, comme les nôtres. Le tir sportif est au jeu depuis le début, depuis 1896, donc depuis les premiers Jeux modernes. Il y a toujours des Jeux. Il y a toujours eu du tir, alors bien sûr, pas ces trois armes-là, mais il y a toujours eu du tir. Et puis, là, par exemple, le breakdance rentre, par exemple. Et du coup, on découvre aussi de nouveaux sports en fonction des époques. Parce qu’il y en a qui sortent, d’autres qui rentrent. Et ça, c’est assez génial parce que je trouve que les Jeux olympiques et paralympiques s’adaptent aussi à l’ère du temps et évoluent en même temps que le reste de la société. Et c’est ça que je trouve aussi vraiment génial et passionnant.

Ermanno : Les valeurs d’équité, d’inclusion et autres.

Delphine : Exactement. Je parlais de partage, mais pour moi, ça regroupe tout ça. En fait, quand on est dans le partage, on accepte tout le monde. Il n’y a pas. Et effectivement, on a tous, toutes et tous les mêmes règles. C’est pour ça que je déteste le dopage, parce que tricher, pour moi, c’est aux antipodes des valeurs de l’olympisme. Moi, je ne peux pas. Je n’ai pas accepté d’aller gagner une médaille en ayant triché. On se ment, on se ment aux autres, mais on se ment à soi même. Donc, voilà.

Ermanno : Alors là, ce n’est pas à moi que tu prêches inconvaincu. Moi aussi, c’est quelque chose que je ne peux pas comprendre. À la limite, la seule chose que je pourrais, je ne dis pas comprendre, mais que je pourrais entendre, c’est que tout le monde joue avec les mêmes règles. Donc, c’est à dire si on autorise des produits, ils sont autorisés pour tout le monde. Mais là aussi, on aurait une question d’équité qui ne serait pas respectée. Celui qui aurait le plus de moyens se paierait de l’EPO ou des nouveaux traitements et celui qu’on aurait moins, il ferait avec ce qu’il a, c’est à dire pas grand chose d’autre que ses capacités personnelles. Et c’est ça l’essence même du sport. La beauté du sport, c’est de ne pas aller chercher des artefacts à côté.

Delphine : Il y a ça. Et puis en plus, quelque part, le sport, c’est normalement fait pour préserver la santé des personnes. Or, quand tu commences à doper, excuse-moi, mais là, c’est pas bon, quoi. En général, le dopage n’est pas bon pour ton corps. Donc, du coup, c’est pas logique. Pour augmenter ses performances, on met son corps en danger et sa vie. Ça, je ne peux pas l’entendre non plus. Donc, pour moi, ça doit être éradiqué, absolument éradiqué. Peu importe les enjeux financiers, d’ailleurs.

Ermanno : Bon, écoute, on se rejoint sur beaucoup de points. Je voulais revenir sur ta carrière. Tu nous dis que tu as finalement découvert le fusil, le tir à neuf ans, quand t’es parti accompagner ton père à la chasse. J’imagine que tu ne tirais pas encore parce que…

Delphine : A neuf ans, j’ai tiré sur des ballots de paille, des petits baltrapes de campagne avec un tout petit calibre. Un coup, mon père était là, très encadré. Et si, si, à neuf ans, j’ai commencé à juste sentir un petit peu, voilà, être attirée par ça, parce que j’avais ça vraiment super. Mais on y a été très progressivement. Parce qu’il faut quand même respecter toujours pareil le corps. Le corps, parce que bon, à chaque fois qu’on tire au fusil, il y a du recul. Donc, forcément, il faut quand même attendre que la croissance soit quand même bien là. Il faut, il faut. Alors, on peut faire un peu plus jeune, mais c’est plutôt, on va dire, entre plutôt autour de 12 ans que c’est plus conseillé. Et à partir de 12 ans, on commence à avoir un corps qui se développe un peu plus. Mais il faut y aller toujours pareil, avec progressivité pour éviter de s’abîmer. Pour voilà, parce que c’est à dire que moi, aujourd’hui, j’ai protégé mon audition, c’est à dire que moi, j’ai pas de problème d’audition, alors que souvent les chasseurs, en fait, les anciens, on va dire, n’avaient pas forcément de casque à la chasse. Et du coup, il y a forcément une oreille qui en a pris plus que l’autre. C’est à dire que c’est ça, en fait. Donc, donc, il faut vraiment être très vigilant quand on pratique, en tout cas, ma discipline. Il faut vraiment y aller de manière progressive pour ne pas abîmer le corps. Le respecter, respecter son développement. Et une fois qu’on a fait ça. Ça roule.

Ermanno : À ça, mais c’est pas que dans ton sport, je pense. Effectivement, dans ton sport, il y a en plus des protections à apporter. Mais la progressivité reste une règle très importante dans le sport. Donc, tu commences à neuf ans, tu découvres un peu le fusil. Tu commences à tirer un peu. Quand est ce que tu commences à rentrer dans une dynamique qui t’emmène vers le niveau? C’est à dire quand est ce que tu rentres dans un club? Quand est ce que tu commences à avoir à participer à des compétitions régionales, nationales, internationales, avant même d’imaginer les Jeux? À moins que c’était peut être justement quelque chose que tu t’es dit à 10 ans. C’est génial. Et puis il y a ça au jeu. Et puis je vais y aller.

Delphine : Alors, honnêtement, au départ, non, à cet âge là, pas du tout. Donc, moi, j’ai dû prendre ma première licence. Ça devait être dans les années 88, 89, je crois, de mémoire. Parce qu’il y avait pareil que ta discipline olympique. Puis tu as des disciplines mondiales. Donc, j’ai commencé par des disciplines mondiales. Et après, quand en fait, il a fallu choisir parce qu’à un moment donné, entre les études et ça, je ne pouvais pas faire tout. J’ai choisi les disciplines olympiques parce qu’il y avait les Jeux. Donc, ça s’est vraiment fait en plusieurs étapes. Mais clairement, moi, je me suis vraiment engagée en quatre. Enfin, on va dire aller en 94.

Delphine : Je participe à un championnat d’Europe dans une des disciplines mondiales. Et j’avais. C’est pareil, j’avais, j’avais des examens à passer. Et là, à ce moment là, je me dis ouais, mais non, tu peux pas tout faire. Donc, je rentre aussi en équipe de France de fosse olympique de ma discipline en 94 et je ne quitte plus l’équipe de France. On va dire au moins jusqu’en 2012 pour les Jeux. J’ai fait une petite pause pour avoir mon fils en 2013. En 2014, alors que j’avais décidé d’arrêter, ça commence à. Parce qu’on n’arrête pas le haut niveau comme ça. C’est quand même un petit peu une bonne drogue cette fois ci. Et du coup, allez, on va dire fin 2014 2015, je repars en équipe de France et j’arrête vraiment en juillet 2017 parce que je suis. Voilà parce qu’à un moment donné aussi, il faut être capable de s’arrêter. Mais voilà, en gros, moi et donc en 94, quand j’intègre l’équipe de France de fosse olympique, je fais mon premier championnat d’Europe et je termine quatrième en dame et du coup, je me dis. Donc, ça, ça me donne envie forcément, parce que dès qu’on commence à grappiller un peu les échelons, on a toujours on vise toujours plus haut, plus haut, plus fort, plus loin, ça, c’est ça, c’est la devise du sportif de base de haut niveau en tout cas. Et voilà. Et après, en fait, je n’ai. Quand en 97, j’apprends qu’on a nos propres Jeux olympiques, je me dis. Il faut que j’y aille, quoi. Enfin, j’ai fait un jeu. Il n’y avait plus que ça. En fait, après la ligne, ça a toujours été les Jeux olympiques. C’est à dire tous les quatre ans, je me reposais la question. Qu’est ce que je fais? J’y retourne, je ne retourne pas. En fait, c’était ça le truc. Et à chaque fois, c’était j’y retourne. Quoi? Il a fallu que je me fasse violence à un moment donné pour arrêter. Mais et là, demain, c’est ce que je dis toujours. Demain, on me donne toutes les conditions de quoi me réentraîner et j’y retourne. Mais bon. Parce que parce que c’est. La flamme est toujours là, le voilà, mais c’est vraiment pour moi. J’insiste, mais c’est vraiment les Jeux olympiques et je les ai toujours vécu de A à Z, ouverture, clôture, j’ai toujours tout fait parce que je trouvais que c’était un moment énorme. Le temps s’arrêtait pendant quinze jours et on vivait au rythme des compétitions, les siennes, bien sûr, et puis celles des autres, c’est à dire qu’après, le but du jeu, c’était d’aller voir un max de compét des autres pour pouvoir être derrière eux avec le drapeau. Et voilà, parce que c’est ça aussi. On. C’est notre pays. On a envie de défendre ses couleurs. Et ça, c’est plus important que tout, quoi.

Ermanno : Waouh, ça fait rêver.

Ermanno : Et du coup, tu dis que si on donne les conditions, tu y retournes. C’est un peu la Jeannie Longo du tir.

Delphine : peu comme ça quand même. Mais même si je sais que c’est pas raisonnable et que et que, mais je me dis j’en ferai bien un encore une fois. Quoi? Et qu’est ce qui n’est pas raisonnable? Qu’est ce qui n’est pas raisonnable? C’est qu’à un moment donné, en fait, il faut. Je pense qu’il faut. Il faut savoir aussi tourner la page. Et c’est pour ça que quand j’ai arrêté en juillet 2017 et même un petit peu avant, je me suis beaucoup investi pour le sport au niveau du comité olympique. Au niveau. Voilà. Donc, je suis dans plusieurs commissions, dont la commission des athlètes de haut niveau et à côté de ça, je suis restée dans mon club et j’en suis. Enfin, je suis. Je fais partie du Racing Club de France depuis maintenant 93. Et là, j’ai repris la présidence de ma section parce que mon président est décédé il y a quelques temps et quelques années maintenant. Et du coup, je me suis. Voilà, je me suis engagée pareil, même à travers de quelques mandats municipaux pour promouvoir le sport. C’est à dire qu’en fait, j’ai envie de partager sur le sport parce que le sport m’a aidé à me construire. Donc, par rapport à ça, c’est très raisonnable, mais à un moment donné, je parle en termes de compétition de haut niveau, il faut. Il faut être capable aussi de lâcher un peu. Parce que c’est usant quand même la compétition. C’est à dire que moi, en 2012, quand j’ai cette seconde médaille de bronze à Londres, je suis au bout de ma vie. Je suis fatiguée parce que ça épuise. C’est une charge mentale physique, un peu moins dans notre sport, mais la charge mentale, elle est énorme et du coup, elle joue forcément sur le physique. Et puis, à un moment donné, en fait, comme la remise en question est permanente, parce que là, oui, t’as deux médailles olympiques, c’est bien, t’as un beau palmarès. Mais quand tu reviens sur un pas de tir, on démarre tout à zéro, on recommence tout. Tout ça, c’est derrière toi. Et c’est pour ça que je m’étais lancé ce défi du championnat de France cette année. Alors que j’ai pas d’entraînement, je m’entraîne plus. Je cours beaucoup, mais au tir, comme il n’y a plus l’enjeu des compètes de haut niveau à l’international, ça ne m’intéresse pas quoi. Donc là, je m’étais dit allez, je vais me challenger sur le championnat de France. Je vais faire participer aux régionaux pour me qualifier. Après, je vais quand même essayer de m’entraîner pour les préparer. En fait, j’ai pas eu le temps. Comme je suis engagée dans plein de trucs, pas eu le temps. Et puis, une semaine et demie avant le championnat de France, je me dis je vais y aller quand même, parce que là, là, quand même, je vais vraiment être ridicule. Et et puis je me suis dit non, je ne vais pas me dégonfler maintenant. Tant pis, j’y vais. Et je vais essayer de rassembler tout ce que j’ai de souvenirs de toute ma carrière en un truc hyper synthétique pour essayer d’aller faire un podium au championnat de France. Et j’ai eu la chance de le gagner de justesse, mais de gagner quand même. Mais par contre, j’ai retrouvé tout. C’est incroyable comme le corps mémorise tout. Ça revient à une vitesse quand on a pratiqué ça pendant plus de 20 ans. Moi, j’avoue que mon corps m’a m’a surprise, quoi. Je ne m’attendais pas à ça.

Ermanno : En fait, je me suis surprise toute seule, en Juste pour préciser, je me permets, parce que c’est dans le cadre du podcast. Quand tu as arrêté en 2017, tu avais 44 ans, c’est ça?

Delphine : Ouais, bah oui, je suis née en 73. Tu vois, là, j’ai eu 50 ans cette année. Donc ouais, j’ai pas de sujet non plus avec mon âge parce que l’âge, c’est surtout dans la tête. Moi, tant que physiquement, je peux courir tous les jours et que je peux faire plein de trucs à côté. Je sais que je me sens bien dans mon corps. L’âge, bah ouais, on vit avec, c’est normal. On vieillit, c’est la vie, donc pas de souci avec ça. Mais oui, j’étais. Bah oui, parce que déjà, déjà en 2012, 39 ans, donc forcément, ça ne s’est pas arrangé après avec. Mais voilà. Mais l’avantage du sport que je pratique, c’est qu’on a, si on se maintient bien physiquement, on a vraiment, on est vraiment en capacité d’être encore performant à 50 ans. C’est comme c’est vraiment mental. Et j’ai envie de dire c’est un sport de maturité parce que parce que le mental joue énormément. Le physique aide le mental parce que quand physiquement on est bien, du coup, le mental, il tient, il tient bien. Alors que si physiquement, on a un peu un peu moins bien, un peu moins attention et tout. Moi, j’ai toujours essayé de faire, d’avoir une hygiène de vie propre. Mais bon, c’est pas une condition.

Ermanno : C’est un sport qui est un peu impératif dans ce sport là, en tout Écoute, en tout cas, je te félicite pour la longévité parce que même si c’est un sport de maturité, on va dire, c’est quand même beau de noter qu’à 44 ans, quand tu arrêtes, tu es encore au plus haut. Rapidement, parce que le temps avance et même si j’aimerais qu’on continue à discuter pendant des heures encore, je suis sûr que tu as encore beaucoup de choses à échanger, à partager, à nous apprendre. Tu nous as dit que tu as très tôt fait le choix. De t’impliquer aussi dans la vie professionnelle, que ça faisait partie de ton projet, d’avoir ce double projet professionnel et sportif au plus haut niveau. Pourquoi est ce que tu n’as pas fait le choix uniquement de te consacrer que au sport et en l’occurrence que à une deuxième voire une troisième Olympiade plutôt que d’avoir ce double projet?

Delphine : Alors, parce qu’en fait, j’ai toujours eu besoin parce que le sport de haut niveau, le sport de manière générale, c’est un monde, un monde très particulier. On est hyper encadré quand on est en équipe de France. On gère tous les voyages, les machins, les trucs. Et moi, je trouve que pour garder la tête sur les épaules, j’avais besoin d’être au contact de personnes, de collaborateurs et de collaboratrices avec une vie classique et normale, avec leurs propres problèmes, pour aussi me rendre compte de la chance que j’avais de pouvoir vivre ça à côté. Donc, en fait, j’avais besoin intellectuellement de m’aider des autres aussi pour progresser dans mon autre vie, parce que je savais qu’un jour, il faudrait faire la bascule. Donc, très tôt, je l’ai compris ça. Et je me suis dit plutôt que de subir ma reconversion, je vais la choisir. Je vais choisir mon domaine d’activité, même s’il peut évoluer plus tard. Parce que là, aujourd’hui, c’est vrai que je suis dans le milieu financier, mais franchement, j’avoue que je suis très, très intéressée par le bien-être au travail, par le sport santé, par le sport médicaments, entre guillemets. Moi, j’ai envie de trouver des solutions pour les gens avec qui je travaille, pour qu’ils se sentent bien, en fait, et dans leur boulot, et dans leur corps, et dans leur vie, tout simplement. Donc, j’avais besoin d’être au contact pour les comprendre, pour essayer d’avoir un bout d’eux-mêmes, avoir ce côté, entre guillemets, j’aime pas ce mot-là, normal, mais c’est pas le bon mot. C’est une vie plus classique, plus rangée. Garder les pieds sur terre. Ouais, c’est un peu ça. Je voulais pas avoir le melon. J’avais pas envie de me prendre pour je sais pas qui. J’avais besoin juste que de temps en temps, bam, reviens là. Là, tu vois la vraie vie, là. Tu vois, les gens, là, ils ont des vrais problèmes. Donc, toi, c’est pas parce que t’as perdu ta compète. Là, tu t’es vautré. Bah ouais, c’est la vie. Donc, c’est bon, quoi. Remets-toi au boulot et puis progresse. Moi, j’ai toujours beaucoup travaillé mes points forts parce que j’estimais. Alors moi, je vois toujours le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Donc, j’ai toujours beaucoup travaillé les points forts pour diminuer la part du point faible. Alors, même si du coup, ça le faisait, j’améliorais mon point faible. Mais le fait de renforcer le point fort, ça renforce la confiance et du coup, ça me tirait vraiment vers le haut. Donc voilà. Et le fait d’être justement parmi des collaborateurs, des collaboratrices, des collaborateurs, c’est vraiment le fait d’avoir du management, apprendre à me gérer et à me faire gérer aussi par les autres, mais autrement que dans le sport, parce que c’est vraiment ce sont. Alors, quand je passais de compétition à retour au bureau, à chaque fois, c’était chaud. C’est vraiment très, très différent. Mais mais j’avoue que ça a donné aussi un peu de piquant à ma vie. Et puis, ça, tu l’as très bien dit. Ça me permettait de revenir là sur terre avec tout le monde et de repenser aussi, mais différemment, de faire un peu le débrief de mes compétitions, mais dans un environnement différent du monde du sport où tu fais un débrief à chaud avec l’entraîneur et là, en fait, tu fais un débrief avec toi même. Et puis, tu regardes un peu ce qui se passe à côté. Tu dis ouais, on va peut être relativiser un peu quand même. Parce qu’on est parce que franchement, quand on perd une compétition, le monde s’écroule. Quand on n’a pas fait le résultat attendu. Puis alors, on est très, très dur avec nous même. Pas très sympa, quoi. Donc, donc, donc, du coup, c’est ça que ça m’a permis.

Ermanno : Écoute, c’est une bonne. C’est un bon tuyau, justement, pour les athlètes qui nous écoutent et qui se demandent comment est ce qu’ils peuvent garder les pieds sur terre. J’appelle ça garder les pieds sur terre aussi, parce que moi, cet été, je me suis lancé dans un défi sportif. Et je me rends compte six mois après que j’ai du mal à revenir sur terre, à revenir avec les gens. Et en analysant, quand on me pose la question, j’écoute pendant un mois, t’es hors sol. T’es dans ton truc, t’es dans ton monde. Tu as l’entraîneur qui est là, qui te donne à boire, à manger, qui t’emmène te coucher. J’exagère, mais on n’est pas loin de ça. Qui te borde et au final, tu dois revenir sur terre. La femme, les enfants, le boulot, les problèmes du quotidien, c’est différent. Justement, en problème du quotidien, il y a un sujet qui est l’essence même de ce podcast, c’est le financement des carrières. Est-ce que toi aussi, ce double projet, c’était un moyen de financer ta carrière ou au contraire, tu aurais pu faire sans un travail ? Tu aurais pu rester à la charge de la fédération, de ton club, de partenaire, de sponsor ou ça a été une obligation pour toi ?

Delphine : Alors, à mon époque, ça commençait justement à changer. Et même si pour moi, les femmes étaient quand même globalement moins aidées que les hommes. Il faut le dire. Même si aujourd’hui, ça change et c’est tant mieux. Ça évolue vraiment dans le bon sens, un peu comme les athlètes aussi paras qui sont beaucoup plus aidés et encore pas suffisamment, mais encore plus qu’avant, ça évolue. Mais j’aurais pu choisir une autre voie. J’aurais pu effectivement être à 100% prise en charge autrement, me faciliter la tâche. Mais je n’avais pas envie de ça, en fait. Je n’avais pas envie d’être biberonnée en permanence et j’avais ce besoin d’avoir, que ma vie m’appartienne et que je ne sois pas complètement, on va dire, sous l’entière, on va dire, comment dire sainement, c’est-à-dire que dépendre complètement de ma fédération, ça, ça ne m’allait pas. Parce que le jour où tu te blesses, où tu es obligée d’arrêter. Et bien, après, il se passe quoi ? En fait, tu te retrouves sur le bord. Parce qu’après, c’est fini. Une fois que tu es sortie, tu es sortie. C’est-à-dire que là, tu n’es plus du tout biberonnée. Mais c’est-à-dire que c’est tellement violent, parce que moi, j’ai connu des athlètes. Tu passes de star sportive à rien. Et bien, c’est très, très difficile à gérer. Et ça, comme je l’avais vu autour de moi, je m’étais refusée. J’ai dit tant pis, je vais galérer, je sais. Peut-être que j’aurai un palmarès moins beau que les autres. Mais je vais choisir. Je ne veux pas qu’on m’impose un choix. C’est moi qui choisis, ce n’est pas les autres qui choisissent pour moi.

Ermanno : Oui, et puis un palmarès peut-être un peu moins beau, mais pas avec la même saveur. Justement, là, tu sais apprécier la saveur. C’est comme quand tu mets un petit peu de verre, un peu d’épinards dans ton assiette, même si tu n’aimes pas ça, au final. Surtout dans le monde sportif, tu te rends compte que les épinards, c’était pas mal de les manger. C’était pas mal, oui, c’est vrai, c’est clair.

Delphine : Non, non, mais je n’ai aucun regret là-dessus. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je me suis vraiment axée sur l’insertion des sportifs de haut niveau dans les entreprises ou en tant que créateur. Mais en tout cas, quand ils sont en carrière, déjà, titiller un petit peu le monde de l’entreprise, même si c’est un détachement qui est à 20 %, mais ce n’est pas grave parce que tu commences à comprendre les codes et puis tu commences à savoir ce que tu veux faire, pas faire. Et moi, je trouve que ça permet vraiment de relativiser tout le reste et de préparer l’après parce que… Dans certains sports, ça arrive très vite. Dans d’autres, moins vite. Mais au moins, on n’a pas l’impression qu’on ne sait rien faire à part notre sport quand on arrête. Et voilà, c’est vraiment un conseil. Aujourd’hui, les dispositifs existent. Il y a vraiment un accompagnement qu’on n’a pas forcément eu et j’y travaille parce que je veux vraiment encourager les jeunes générations à avoir cette vision-là pour être heureux, pour être passionnés, même après l’arrêt de l’année. C’est leur carrière parce que la vie après, elle continue. Et puis, elle va durer plus longtemps que la vie sportive, globalement, normalement. Voilà, donc dans cette autre vie, il faut quand même trouver… Il faut s’éclater parce que si tu subis un truc que tu n’as pas envie de faire, mais laisse tomber, c’est la dépression, c’est l’enfer, tu sombres. Alors que si tu choisis, si tu te fais confiance, si tu te fais accompagner, il y a vraiment plein de dispositifs aujourd’hui. Tu peux vraiment t’éclater après.

Ermanno : Alors, avant de te taquiner un peu, tu parles des dispositifs. Où est-ce qu’on trouve le meilleur dispositif ou le meilleur interlocuteur ? La dernière fois, je parlais avec Sarah Dimbourg, Sandra Dimbourg à chaque fois. Sandra Dimbourg qui nous disait qu’effectivement, il y a beaucoup de dispositifs, qu’il faut juste parfois trouver le bon interlocuteur. Toi, tu aurais quoi comme conseil là-dessus ?

Delphine : Alors, aujourd’hui, justement, on s’est quand même rendu compte qu’il y avait foison de dispositifs, mais qu’il n’y avait pas vraiment… un lieu commun où trouver les informations. Alors, pour les athlètes qui sont en carrière, c’est assez simplifié parce qu’aujourd’hui, ils développent notamment un outil, je ne peux pas trop en parler, mais en tout cas, qui va sortir et qui va aider les athlètes. C’est-à-dire que ce sera un site dédié où ils pourront aller parler de reconversion, de stage en immersion, par exemple, en entreprise, de contrat d’image pour ceux qui ne veulent pas tout de suite s’intégrer. Enfin, honnêtement… honnêtement, aujourd’hui, c’est l’Agence nationale du sport qui peut… alors, c’est sa fédération, quand on est en fédération, quand on est en équipe de France, normalement, le premier interlocuteur, c’est le responsable du suivi socioprofessionnel des athlètes. Si celui-là est défaillant ou inexistant pour diverses raisons, parce que la FED n’a pas les moyens, parce que la personne, elle fait ça en plus d’autres missions, là, en fait, il faut passer soit par le ministère des Sports ou par le ministère des Sports. Alors, maintenant, c’est l’Agence nationale du sport qui gère, en fait, tous ces contrats, qui est capable de donner de l’information aux athlètes et aux entreprises, parce que moi, ce que j’ai défendu aussi, c’est la cause des entreprises en me disant « vous êtes bien mignons tous, mais expliquez-leur ce que c’est un sportif de haut niveau, expliquez-leur quelles sont les contraintes, quelles sont les plus, quels sont… Enfin, expliquez-leur, parce que eux, dans leur monde à eux, ils ne savent pas ce que c’est, ils ne savent pas différencier un sportif qui fait… qui fait de la compétition à bon niveau, d’un sportif de haut niveau. C’est quoi ? Quels sont les critères ? Et quelles sont les opportunités à saisir pour pouvoir les intégrer ? Et autant, ça va être un peu plus facile pour un groupe, pour une entreprise de bonne taille, voire une belle PME, pour une plus petite entreprise, il y a quelques contraintes quand même, non négligeables, et du coup, si on veut que ça fonctionne aussi avec elle, il faut, je pense, davantage… les aider et les accompagner, parce qu’ils sont plus… il y a moins de personnel, et du coup, ils ont besoin vraiment de quelqu’un pour les aider. Donc, pour les athlètes, effectivement, pour répondre à la question, pour moi, c’est d’abord le responsable du suivi socio-professionnel de sa fédération, et si ça, ça ne marche pas, il faut appeler quelqu’un de… Alors, il y a l’Agence nationale du sport, donc ça, effectivement, c’est au niveau national, mais après, il y a toutes les maisons de la performance, les maisons régionales de la performance. Elles, donc, sont normalement présentes dans toutes les régions de France et qui sont en capacité de répondre à un athlète qui tape à leur porte. En fonction de son… de là où il est, on va dire, dans quelle liste il est aujourd’hui au sein de sa fédé, on peut lui dire, tu as le droit à ça, ça, ça ou ça, ou alors tu dépends du droit commun et tu n’as pas les mêmes aménagements. Voilà.

Ermanno : Et ça, c’est pour les sportifs de haut niveau, c’est pour les sportifs de sport olympique ou c’est pour tous les sportifs ? Je prends un aventurier qui fait du sport à haute dose, du sport de haut niveau, mais qui ne remplit pas forcément les critères pour être un sportif de haut niveau, voire un sport olympique. Est-ce qu’il aura le droit aussi ? Enfin, j’ai dit un aventurier, ça peut être une aventurière, d’ailleurs.

Delphine : Oui, tout à fait. Si tu veux, à partir du moment où tu fais partie d’une fédération qui dispose de listes de sportifs de haut niveau, donc c’est plutôt en général, effectivement, des Olympiens, mais pour moi, pas que. Mais là, pour le coup, il faut mieux se renseigner auprès des maisons régionales du sport qui vont être en capacité de répondre à ces questions-là, parce qu’il y a des vrais spécialistes qui, effectivement, peuvent accompagner. Aujourd’hui, la PEC aussi aide et accompagne de nombreux sportifs de haut niveau parce qu’ils estiment qu’un sportif de haut niveau, c’est l’équivalent d’un cadre. C’est-à-dire qu’il est en capacité de développer des compétences niveau cadre et donc, il peut être un sportif de haut niveau, et donc, on les accompagne. Et encore plus, bien sûr, aujourd’hui, avec les JOP de 2024. C’est tout à fait logique et j’espère que ça va perdurer. C’est-à-dire que là, quand on parle souvent d’héritage, pour moi, tout ça, ça ne doit pas s’arrêter. C’est une étape pour que ça continue à se développer et du coup, pour qu’on soit tous et toutes plus performants, que ce soit les sportifs de haut niveau ou les entreprises.

Ermanno : Écoute, c’est tout ce qu’on souhaite. Et qu’on soit aussi, très performants dans l’inclusion, les femmes, les handicapés ou autres, qui sont aussi les valeurs de l’olympisme. Allez, je te taquine un petit peu parce que tu avais effectivement ce double projet professionnel et sportif. Tu as gagné beaucoup de choses. Tu as fait deux médailles olympiques. Donc, pourquoi tu continues à travailler ? Tu dois être blindée, en fait, parce que quand on est sportif olympique et qu’on fait des médailles,

Delphine : on gagne beaucoup d’argent, non ? Ben non, en fait. Ben non, en fait. C’est ça, le truc. C’est que quand tu as la chance de gagner une médaille, alors, écoute, je crois que de mémoire, je ne veux pas dire de bêtises, mais à l’époque, donc, en 2000, on était encore en francs, si je ne dis pas de conneries. Et la médaille d’argent, ça devait être,

Delphine : combien c’était ? 20 000 francs, enfin, quelque chose comme ça. Enfin, t’imagines, tu as bossé toute ta life pour une médaille au jeu, tu ne gagnes pas des millions, quoi. Tu gagnes quelques pécadilles, si, c’est vrai, tu gagnes. Quand tu gagnes, tu gagnes des compétitions internationales, tu gagnes un peu d’argent, mais, enfin, honnêtement, ce n’est pas 100 000 euros, quoi. Non, non, ce n’est pas ça. Ce n’est pas du tout ça. Je crois que la médaille de bronze, et ça, c’est… La médaille de bronze des Jeux de Londres, alors là, c’est plus récent, donc je m’en rappelle, c’était 13 000 euros. 13 000 euros. Voilà. Bon. Et comme… Parce qu’il y a eu une période où ce n’était pas imposable, et puis après, moi, au moment des Jeux de Londres, ça l’était. Donc, du coup, comme je travaillais, ça m’a fait changer de tranche. Alors qu’en réalité, c’était un one-shot, et qu’après, je suis revenue à quelque chose de beaucoup plus normal. Donc, si tu veux, j’aurais pu, si j’avais choisi peut-être un autre chemin, en vivre autrement, mais non. Les trois quarts, et encore, je suis gentille, je pense que c’est même plus que ça, on est plutôt entre 80… On est plutôt autour de 80 % des athlètes, ils vivent pas comme des rois, quoi. Il faut voir, il y en a qui sont sous le seuil de pauvreté. Donc, non. Et puis, en plus, il y a des sports très exigeants. Tu sais, tu as le décathlon, le pentathlon. Alors, le décathlon, bien sûr, qui est vite meilleur, ce n’est pas le même sujet. Mais je veux dire, pour les autres qui sont moins médiatisés, ils ne vivent pas de la même manière. Le pentathlon moderne, c’est pareil, il y a cinq sports différents à pratiquer, donc c’est quand même très intensif. Le triathlon, c’est trois sports, c’est pareil, c’est intensif. Il faut s’entraîner tout le temps. Compliqué de bosser à côté, c’est juste pour dire que, non, je pense qu’il faut, à part quelques sportifs et sportives et quelques sports où ils gagnent vraiment leur vie, mais la majorité, ce n’est pas le cas. On n’est pas blindés et je suis obligée de travailler jusqu’à, selon les derniers calculs, 67 ans pour pouvoir avoir ma retraite. Et encore, moi, j’ai eu la chance, justement, avec mon double projet, de cotiser. Tous les autres qui n’ont fait que ça, qui n’ont pas cotisé. ‘est compliqué, sauf depuis 2012, où il y a eu un petit aménagement, enfin, un aménagement quand même qui a aidé beaucoup de sportifs. Mais honnêtement, avant, tu ne cotises pas, tu n’as pas de retraite, quoi. Alors que tu t’es quand même donné,

Delphine : comme pour un métier, et tu n’as pas gagné des mille et des cents, et après, tu te retrouves et tu te dis, pour un métier, ça va être chaud quand même. Ça va être compliqué après.

Ermanno : Non, mais tu l’auras bien compris, je te taquinais, mais effectivement, il faut sortir de cette image du sportif ou de la sportive qui est blindée, qui vit de sa passion et puis qui s’éclate et puis qui attend les pieds au bord de l’eau dans la piscine, que les bifes t’en tombent. Ce n’est pas ça, être sportif ou sportive de haut niveau. Absolument pas. Tu l’as dit, il y en a peut-être quelques-uns qui arrivent à bien en vivre et encore, ils en vivent bien parce qu’ils sont dans le haut du panier, parce que ça fait des années, voire des décennies qu’ils s’entraînent et parce qu’ils continuent à performer et parce qu’ils ont développé d’autres talents. On prend un Teddy Riner, on prend des grands sportifs français qui sont très connus et même mondialement, ils ont aussi développé des contrats d’image, ils ont aussi travaillé sur leur image, sur leur capacité à communiquer et autres.

Delphine : Il faut savoir, je rajoute juste un truc, c’est que dans certains sports, physiquement, tu te fais quand même du mal. C’est-à-dire qu’il y a l’histoire de l’argent, certes, mais ton corps, dans certains sports, il en prend quand même méchamment un coup et je peux te dire que tu ne vieillis pas de la même manière que les autres aussi. C’est ça qu’il faut aussi comprendre.

Ermanno : Oui, c’est clair. Et puis, juste pour compléter, tout à l’heure, tu parlais de la médaille de bronze au jeu de Londres qui t’a rapporté entre guillemets 13 000 euros et en plus, avant impôt. Il ne faut pas oublier aussi, comme tu l’as dit, tout le travail qui a été fait avant et tout l’investissement que tu as fait avant entre les coachs, les préparateurs mentaux. À l’époque, ça ne se faisait peut-être pas tant que ça, mais il y en avait qui travaillaient déjà avec des préparateurs mentaux, des kinés, des ostéos, des nutritionnistes.

Ermanno : Il y avait quand même tout un investissement financier déjà avant pour financer ta saison et pour t’amener à faire cette médaille. Donc finalement, quand tu touches 13 000 euros, déjà, tu rembourses tes dettes puis après, tu payes une coupe de champagne.

Delphine : C’est un peu ça. Et puis bon, on est quand même aidé quand même en carrière par nos fédérations avec quand même des aides pour justement payer les kinés, les préparateurs. Bon, on a quelques aides, mais c’est en fait, entre guillemets, tu engages une dépense et tu rembourses la dépense. Donc, tu ne gagnes pas ta vie. C’est juste que pour continuer à être performant ou performante, tu fais appel à du personnel extérieur, à des gens de l’extérieur pour pouvoir continuer à rester en haut. Et gagner des médailles.

Ermanno : Tout à fait. Et continuer à représenter ton pays. C’est ça. Delphine, on se dirige tout doucement vers la fin de cet épisode. Il y a toujours une question que j’aime poser à mes invités et qui est parfois un peu déroutante parce qu’ils ne s’attendent pas à l’avoir de cette manière-là. Si toi, Delphine, maintenant, tu as dit ton âge à 50 ans, tu pouvais rencontrer la Delphine qui avait 9 ans, qui découvre la chasse avec son papa. Qu’est-ce que tu crois que la Delphine de 9 ans te dirait et penserait de toi en te voyant maintenant et en voyant la carrière de ces 41 dernières années ?

Delphine : Je pense qu’elle aurait des étoiles dans les yeux parce que c’est vrai pour avoir déjà été en contact avec des jeunes enfants, ne serait-ce que mon propre fils, ça les fait rêver. En fait, c’est ça. On vend du rêve. Et en fait, quand on est petit, on rêve de ça. Souvent, peu importe dans quel milieu, ça peut être même le milieu culturel, peu importe. Mais en fait, on a besoin de s’identifier à des icônes. Et du coup, je pense que je me serais posé plein de questions et ça m’aurait donné envie de continuer. Voilà. Ça m’aurait motivé.

Ermanno : bien, écoute, dans ce podcast, j’ai interviewé des sportifs de haut niveau, des sportifs de haut niveau, d’anciens sportifs et sportives de haut niveau. J’espère que justement tes paroles pourront permettre de motiver certains ou certaines jeunes qui pourraient nous écouter. Et puis, chers auditeurs, chers auditeurs, n’hésitez pas justement à venir nous en dire un petit peu plus sur les réseaux, savoir ce que vous avez pensé de cet épisode, de l’échange que j’ai pu avoir avec Delphine. Delphine, je crois qu’on a bien fait le tour, là.

Delphine : Bon, écoute, à priori, on y est bien.

Ermanno : Ce que je te propose, c’est peut-être de nous rappeler où est-ce qu’on peut éventuellement échanger avec toi, sur quels réseaux on peut te retrouver si on veut suivre tes prochains championnats de France ou championnats du monde. Est-ce que tu irais aux championnats du monde si tu te qualifiais ?

Delphine : Je pars en équipe et pour être en équipe de France, il y a des critères à respecter. Mais il ne faudrait pas que je travaille autant que je travaille là aujourd’hui. Donc, si toutes les conditions étaient réunies, ben oui. Oui, puis je serais ravie de revoir toutes les copines du tir de l’international. Donc, sinon, moi, je suis surtout sur LinkedIn, plutôt réseau professionnel, du coup. Et puis, j’aime bien partager des choses autour à la fois du sport de haut niveau et de tout ce qui est du sport de haut niveau. C’est lié au handicap. J’aime, voilà, parce que je trouve que c’est vraiment porteur et que ça véhicule que des choses, pour moi, des choses positives,

Ermanno : en Tiens, et comme tu le dis, que tu es sur LinkedIn, un petit truc pour les jeunes, pour ceux qui voudraient s’identifier ou qui voudraient rentrer en contact avec les sportives et les sportifs olympiens, il y a un petit truc sur LinkedIn, vous cherchez OLY, O-L-Y. C’est, alors, je ne sais pas si c’est commun ou si c’est intéressant à titre, mais en fait, ceux qui ont été aux Jeux olympiques, en général, le précisent dans leur nom ou dans leur titre avec cet acronyme OLY, n’est-ce pas ?

Delphine : Oui, et en plus, on ne peut pas le mettre n’importe comment, c’est-à-dire qu’il faut qu’on demande l’autorisation au CIO. C’est-à-dire que le OLY, on ne peut pas le mettre comme ça. On demande d’abord, le CIO vérifie qu’on ait bien été olympien ou olympienne et une fois qu’on a l’accord du CIO, on peut l’utiliser.

Ermanno : Voilà, donc.

Delphine : Donc, c’est clair que normalement, quand on tape OLY, on est vraiment face à des olympiens et des olympiennes.

Ermanno : Eh bien, écoute, merci en tout cas pour ce moment qu’on a passé ensemble. Merci pour ces précisions. Merci de ne pas avoir été avare de ton histoire et de tous ces conseils. Et puis, comme je le disais, je renvoie celles et ceux qui voudront en savoir plus vers tes réseaux sociaux, notamment vers LinkedIn. Et de toute façon, moi, je mettrai tout ça dans les notes de l’épisode. Merci beaucoup, Delphine.

Delphine : Merci.

Ermanno : Eh bien, voilà, c’est fait.

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