#045 Carolle ZAHI – s03e07

Carolle ZAHI
Saison III
#045 Carolle ZAHI - s03e07
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Bienvenue dans un nouvel épisode du podcast (dans les) Vestiaires, où nous plongeons profondément dans les histoires des sportifs de haut niveau, révélant les défis, les triomphes et les moments d’inspiration qui façonnent leur voyage.

Carolle Zahi est une Athlète qui court sur 60m, 100m et 200m (pour le moment 😉).

Pour la suivre, la contacter et la soutenir, RDV sur https://zahi.vestiaires.org .

En termes de palmarès, voici quelques infos :

  • Championne de France sur 100m de 2017 à 2020
  • Championne de France sur 200m en 2018, 2020 et 2021
  • Championne de France sur 60m en salle en 2016 et 2018
  • Championne du Monde Militaire sur 100m en 2019
  • Championne d’Europe par équipe sur 100m et 4 x 100m en 2019
  • Vainqueure aux Jeux Mondieux sur 4 x 200m en 2019
  • Vainqueure aux Jeux Méditéranéens sur 200m et 4 x 100m en 2018
  • Championne d’Europe par équipe sur 100m en 2017
  • Et avec des marques à 7s11 sur 60m, 11s01 sur 100m et 22s85 sur 200m

Dans cet épisode, vous pourrez découvrir (chapitres de l’épisode) :

  1. Introduction et présentation de Carolle ZAHI
  2. Qui est Carolle ZAHI ? Un parcours de championne
  3. De la Côte d’Ivoire à la France, les débuts dans l’athlétisme
  4. La découverte tardive de sa vocation pour la piste
  5. Transition de la vie étudiante à la carrière sportive
  6. La gestion du haut niveau et les défis personnels
  7. Le soutien familial et les influences
  8. Les disciplines de prédilection de Carolle
  9. Les ambitions pour les Jeux Olympiques de Paris 2024
  10. La recherche de sponsors et le soutien financier
  11. La vie en tant que sportive de haut niveau et conseils pour les aspirants
  12. La gestion de la blessure et la grossesse dans sa carrière
  13. L’identification avec l’équipe de France et le parcours militaire
  14. Clôture et mots d’encouragement pour la suite de sa carrière

La transcription de notre échange

Grâce à Autoscript, on vous propose même de revivre l’échange que j’ai pu avoir avec Carolle. C’est parti !

Salut les sportifs, c’est Ermanno, et je suis très heureux de vous recevoir pour un nouvel épisode du podcast Dans les vestiaires. Aujourd’hui, je reçois une athlète au sens de pratiquante de l’athlétisme et pas uniquement de sportive, mais elle est bien sûr sportive de haut niveau. Elle a 4 titres de championne de France sur le 100 mètres. Elle a 4 titres de championne de France sur le 200 mètres. Elle a 2 titres de championne de France sur le 60 mètres. Elle a participé au JO dans le relais 4 x 100 femmes. Je suis très heureux de recevoir Caroline ZAHI. Je suis très heureux de recevoir Carolle ZAHI. Salut Carolle.

Salut Ermanno.

Bon désolé pour ce raté. Décidément aujourd’hui je les accumule. Je ne sais pas pourquoi je suis partie sur Caroline. Écoute voilà, Caroline c’est mignonet comme petit prénom, qu’est-ce que tu en penses ?

Oui c’est vrai, la plupart du temps les gens ont tendance à commencer par Caroline avant de commencer par Carolle, parce que Carolle c’est moins courant que Caroline donc il n’y a pas de souci pour ça.

Écoute on va faire plus simple, aujourd’hui c’est Caro, ça va ?

Oui ça me va.

Non, Carolle ZAHI, Voilà. Carolle, je suis super content de te recevoir. Comme je le disais, tu as collectionné les titres de championne de France dans différentes distances, dans différentes disciplines de l’athlétisme. J’aimerais qu’on vienne avec toi sur tout ça, sur ta carrière aussi, mais avant tout, Carolle, et non pas Caroline, dis-nous tout sur toi. Qui est Carolle ZAHI ?

Alors, Carolle ZAHI, c’est avant tout une maman d’un petit garçon. Depuis un an maintenant. Ensuite, je suis sportive de haut niveau, donc plus précisément athlète, sprinteuse, spécialisée sur le 60, 100 et 200 mètres. Comme tu l’as mentionné tout à l’heure, quatre titres de championne de France, 3 sur 200 et 2 sur 60. Et je m’entraîne depuis plus de 10 ans à Fontainebleau, aux côtés d’Alex Ménal, qui est mon coach. Donc voilà, c’est comme ça que je me présente.

Si je ne m’abuse, tu n’es pas née en France. Qu’est-ce qui t’a amenée en France et qu’est-ce qui t’a fait découvrir le sport ?

Alors effectivement, je ne suis pas née en France. Je suis née en Côte d’Ivoire le 12 juin 1994. Très concrètement, j’ai suivi mes parents qui sont arrivés en France dans l’optique

d’avoir une vie meilleure sur le plan professionnel et familial aussi. Donc on est arrivés en 2003 et donc je découvre le sport à l’école quelques mois après et les profs sont impressionnés en fait par les qualités de vitesse, par le fait que je courais très souvent après les garçons et tout et c’est comme ça qu’ils vont m’encourager à intégrer un club, chose que je ne fais pas avant d’arriver en seconde. Donc à l’époque j’ai vécu à Trappes, donc quand j’avais 9 ans, jusqu’à 13 ans et de 13 ans jusqu’à mes 18 ans j’ai vécu à Toulouse. Et c’est à Toulouse que je vais découvrir vraiment l’athlétisme. Et j’ai eu la chance d’avoir une copine de classe, Alissa Garnier, qui était déjà dans un club d’athlètes et qui m’a invitée à venir à une séance d’entraînement. Donc on était sur la phase de préparation en foncier, on n’était pas dans du sprint pur. Donc j’arrive là-bas et je m’attendais à ce qu’on rentre tout de suite dans les starting blocks et tout et c’était pas du tout le cas. Donc j’ai vu un autre univers qu’on rencontre dans le sport en général, plus précisément en athlétisme. Donc en 2011, j’ai mon prof de sport qui m’inscrit en club et c’est ce qui me permet en fait de me qualifier au niveau régional, départemental en premier lieu, ensuite régional et c’est après ça

que j’arrive en championnat de France. Et pour moi c’était impressionnant parce que moi je venais tout juste de débuter tandis que autour de moi il y a des filles qui pratiquent l’athlétisme depuis plus de 10 ans, peut-être même un peu moins, mais je me disais qu’à côté j’avais aucune expérience. Ça n’a pas empêché que je gagne mon premier titre cadette en 2011. Et là je me dis, il y a peut-être quelque chose à faire, pourquoi pas. En ce moment-là, j’étais très jeune, je venais juste pour m’amuser tout simplement. C’est deux ans après que j’intègre le pôle de Fontainebleau parce qu’en fait mon ancien prof de sport justement, M. Gaby, a entamé des recherches parce que mes parents devaient déménager sur Paris à nouveau. Donc on passe de Trappes-Toulouse, Toulouse, on remonte à Paris. Et là cette fois-ci, à la base ma priorité c’était les études. Je rentrais en terminale et par la suite j’avais entamé des études. Donc pour moi, s’il n’y avait pas de section sport études, ce n’était pas grave. Et finalement, j’intègre le pôle de Fontainebleau et c’est ce qui me permet de poursuivre ma terminale à Fontainebleau et ma carrière sportive aussi à côté. 

On va revenir un petit peu sur tout ça, mais j’ai eu aussi à ce micro Patrice Esele-Sasa qui un peu peu comme toi s’est mis sur le tard à l’athlétisme. Il a fait du foot pendant dix ans et puis pendant son année terminale il a décidé de céder aux sirènes de l’appel vers l’athlétisme auquel il pensait depuis de nombreuses années et en quatre mois il a atteint un niveau national. Ça me rappelle un petit peu cette histoire là même si toi tu avais commencé un petit peu avant quand tu étais dans la région toulousaine mais finalement même s’il y a beaucoup de gens pour qui on dit qu’il faut commencer tôt pour pouvoir avoir des chances de devenir champion, il y en a d’autres. Toi, par exemple, Patrice, par exemple, on pense aussi à Christophe Lemaitre qui s’est mis sur le tard à l’athlétisme, et pourtant, et pourtant, vous faites partie des meilleurs mondiaux.

Oui, ça n’empêche pas du tout, justement, d’être dans les meilleurs, et je pense qu’au contraire, plus on commence tard, plus on a cette maturité par rapport à l’approche des séances qu’il peut y avoir alors que quand on est jeune, effectivement, il y a ce côté où on s’amuse. Mais est-ce que sur le tard, c’est quelque chose qui pourrait tenir ? Ce n’est pas toujours le cas. Après, je peux citer une personne comme Wilhem Belocian qui a commencé tôt, enfin très tôt à être très fort et jusqu’à maintenant il a maintenu ça. Et ce n’est pas quelque chose qui est très courant. Donc le fait de commencer tard, ce n’est pas ça qui va nous empêcher d’aller le plus loin possible dans les objectifs qu’on se fixe.

C’est peut-être un peu moins le cas sur la natation par exemple, enfin sur des sports qui sont très techniques. Je ne dis pas que l’athlétisme n’est pas technique, mais c’est vrai que par exemple la natation, on dit qu’il faut acquérir les premiers gestes et ne pas avoir de mauvaises habitudes jusqu’à ce qu’on commence sérieusement à rentrer dans la partie beaucoup plus apprentissage technique. Encore une fois, ce n’est pas parce qu’on commence tard qu’on n’a pas de talent, et quand on a du talent et du travail, ça donne pas mal de beaux résultats. Avant de commencer l’athlé, avant d’intégrer un club, avant de commencer à progresser et à gagner des compétitions, est-ce que tu pratiquais d’autres sports ?

Alors quand j’étais plus jeune, j’étais un garçon manqué, donc j’ai touché à toutes sortes de sports, que ce soit du football, handball, basket, enfin on a vraiment touché à tout, mais j’étais pas forcément dans un club, donc c’est pour ça que le sport était très présent chez moi, même au sein familial, du côté de mon papa, on regardait beaucoup les matchs de football, ça nous arrivait les dimanches matins de regarder téléfoot. Donc le sport était très très présent à la maison ou même à l’extérieur. Et c’est vrai que quand je suis arrivée au collège, c’était un peu moins le cas. C’était plus collège, maison, quelques fois les copines, mais la plupart du temps, le sport n’était pas du tout, n’était plus trop présent à ce moment-là.

“Quelques fois les copines, mais le sport n’était pas trop présent”. Donc plutôt un rat bibliothèque, plutôt à fond dans les études ?

À fond dans les études, non, mais j’étais très casanière. Je restais beaucoup à la maison et d’ailleurs c’est ce que ma mère m’avait un petit peu reproché parce que j’avais pas spécialement une vie sociale en tant que telle, parce que je suis quelqu’un de très réservé à la base. Quand j’avais l’occasion de sortir je le faisais mais c’était pas très très courant. Le sport j’ai mis de côté parce que justement je voulais me consacrer aux cours et plus tard aux études. J’avais un objectif justement d’aller jusqu’en master et c’est ce qui faisait que justement je sortais pas trop.

Bon quelques années après sur les études, t’en es où ? Ça a donné quoi post-bac ?

Alors j’ai eu le bac littéraire en 2013, j’avais commencé une formation en droit et malheureusement je me suis arrêtée au bout de trois mois parce qu’en fait je me suis rendu compte que la passion du sport a pris le dessus et que malheureusement c’était difficile de concilier le droit plus précisément avec le sport de haut niveau. Jusque là je vais pas dire que j’étais sportive de haut niveau, mais en tout cas, l’investissement que je menais ne me permettait pas de m’impliquer totalement sur les études de droit. Donc le choix a été vite fait. Je me suis dit « je ne pense pas que je vais plus m’investir que ça », donc je me suis consacrée au sport.

Alors ça veut dire quoi se consacrer au sport ? Parce qu’il faut aussi vivre de sa passion. Tu faisais quoi pour t’en sortir ? Comme tu n’étudiais pas, donc tu te préparais essentiellement pour les compétitions sportives. Est-ce que tu avais un emploi à côté ? Est-ce que tu vivais de bourse ? Est-ce que tes parents te soutenaient ? Comment

ça marchait ?

Moi jusque là, je vivais de bourse et mes parents me soutenaient quelques fois mais effectivement ça a été très très compliqué parce que la préparation d’une carrière de sportive de haut niveau elle est chère si on peut dire ça comme ça et quand on n’a pas de subvention à ce moment là c’est très compliqué donc déjà à ce niveau là psychologiquement c’était un peu difficile et en plus de ça j’avais pas du tout de sponsor, j’avais absolument rien de tout ça donc c’est un gros risque que je courais à ce moment là, vu qu’il n’y avait pas les études à côté pour venir soulager cette partie là. J’ai quand même voulu prendre le risque parce que j’aime bien prendre des risques. Je suis une personne qui aime beaucoup les challenges. Et même si ça a pris quelques années, je me dis que ça a payé parce que finalement au fil des années, j’ai progressé encore plus qu’auparavant. Ça m’a permis d’avoir des sponsors et de vivre une partie du temps de mon sport. Donc je ne regrette pas du tout d’avoir fait ça même si j’encourage personne à opter pour ça, parce que, malheureusement on n’est pas à l’abri des blessures et si mentalement on n’est pas fort pour affronter ça d’autant plus que à côté s’il n’y a pas des études ou un emploi pour affronter on va dire cette haute phase là ça peut être très compliqué.

Partie un petit peu avec ton baluchon sur le dos en te disant de toute façon je prends le risque, je vais percer, visiblement ça a fonctionné. Comment est-ce qu’on part à la recherche de son premier sponsor et comment on arrive à en vivre, de son sport, en fait ?

Je dirais que de nos jours, si on a de bonnes connexions autour de soi, qui connaissent des personnes, qui peuvent nous envoyer vers des premiers sponsors, je pense que ça, ça peut faciliter. Par exemple, mon manager actuel, je l’ai connu par le biais de mon coach, par lui, que j’ai eu mon premier sponsor chez Nike à l’époque. Je pense que ça a joué aussi sur la recherche de sponsors parce que finalement, vu qu’il y a une bonne connexion, il n’y avait pas de problème à ce niveau-là. Maintenant, pour démarcher soi-même auprès des autres sponsors, c’est surtout notre niveau d’implication sur les réseaux sociaux, à savoir le nombre d’abonnés, je pense que ça joue beaucoup aussi, et les valeurs qu’on peut prôner, ce qu’on peut véhiculer comme message, ça peut aussi jouer.

Si toi, justement, tu devais donner un conseil à un jeune ou une jeune qui veut se lancer corps et âme dans le sport de haut niveau, tu donnerais quoi comme check list avec les trois,

quatre premières étapes ?

Je pense en premier lieu qu’il faut qu’il prépare bien son terrain en interne. Donc ça veut dire qu’il faut qu’il y ait une sérénité avant tout. Donc à savoir, c’est très important de finir ses études. Comme ça, même si on ne se lance pas tout de suite dans la vie active et qu’on veut se préparer dans le sport de haut niveau, on se dit bon au moins ça c’est quelque chose de fait, je peux définitivement me lancer. Ensuite il faut beaucoup de détermination parce que c’est un sport qui demande beaucoup d’implication et a beaucoup de sacrifices à faire aussi parce qu’on mettra de côté certains hobbies pour par exemple se lever un dimanche matin et aller faire une séance de cote. Ça demande avant tout de la passion parce

que mine de rien c’est pas du tout évident de se dire que voilà peut-être qu’un samedi soir où mes copines prévoient un truc je peux pas y aller parce que c’est le moment où je dois récupérer, c’est le moment où je dois opter pour une meilleure récupération pour aborder la semaine d’après une semaine d’entraînement intense et complète. Donc c’est avant tout basé sur la passion, la détermination et surtout créer un environnement serein autour de soi.

Alors tu parles d’environnement, on le dit souvent, les sportifs sont parfois très bien accompagnés par une team, une équipe qu’ils arrivent à constituer autour d’eux. Est-ce que toi, c’est quelque chose dans lequel tu t’es lancé dès le début quand tu as commencé, quand tu as décidé de ne pas poursuivre tes études de droit et donc te lancer à fond dans le sport ? Est-ce que tu as constitué une équipe autour de toi pour t’accompagner ?

Alors comme j’ai dit ça a mis 4 ans pour arriver, après il faut savoir qu’en premier lieu la question de nationalité a joué un petit peu parce que malheureusement quand on n’a pas la nationalité il y a pas mal de portes qui nous sont fermées à ce moment là. En tout cas dans mon cas, je ne pouvais pas constituer une équipe sur le plan médical etc. Mais j’avais la chance d’être au sein d’un pôle qui me permettait d’avoir des sessions de kiné, des sessions de soins. Mais après pour ce qui est du sponsoring et tout ça, c’était très compliqué. Donc c’est au bout de quatre ans que ça s’est fait, une fois que la naturalisation a été mise en place et que j’allais un jour intégrer l’équipe de France. L’accompagnement à ce niveau-là était beaucoup plus prononcé.

Oui parce qu’on ne l’a pas dit, on n’a pas été jusqu’au bout dans l’introduction, mais donc tu es ivoirienne et tu as acquis la nationalité française un petit peu plus tard. Et c’est à partir de ce moment là que tu as pu intégrer l’équipe de France et courir pour la France ? Et c’est aussi à partir de là que tu as tu as pu obtenir tes titres de championne de France. Donc tout ça, ça a mis déjà quelques années. Je peux comprendre que tes parents, ils aient eu un petit peu peur au début. Malgré tout, tu y es arrivée. On reviendra un petit peu sur cette deuxième partie de carrière depuis l’année dernière où tu nous as dit que tu avais la chance d’être une maman comblée et heureuse. Mais jusque là, je note que tu as à nouveau repris un risque pour ta carrière de sportive de haut niveau pour avoir un bébé. On y reviendra. Comment ça se passe justement quand on intègre l’équipe de France ? Est-ce qu’on commence à aller fréquenter, titiller les pointures ? Est-ce qu’on reste chacun de son côté, surtout la première année ? Comment ça se passe à l’intérieur de l’équipe de France ?

Il faut savoir qu’en équipe de France, en tout cas de ma génération actuelle, il y a pas mal de personnes que je connaissais déjà. Donc ça n’a pas été compliqué de m’intégrer tout de suite. Après, ce qui est bien, c’est qu’on a des ambitions bien au-delà du sphère nationale. On va vouloir titiller les autres nations européennes. Donc l’ambition est déjà beaucoup plus précise et ça fait que l’implication à l’entraînement est complètement différente parce que jusque là c’est vrai que je remportais des médailles en étant ivoirienne mais ça m’a pas plus projeté, ça m’a pas propulsé vers quelque chose d’exceptionnel alors que le fait d’avoir remporté des titres là on peut dire que c’est vraiment un titre qui m’appartient. Donc au niveau de l’équipe de France, je dirais que ça m’a beaucoup propulsé dans mon approche à l’entraînement parce que l’objectif à chaque fin de saison c’est d’être sélectionnée en équipe de

France. Donc pour ça il faut s’investir deux fois plus et puis surtout se dire que c’est pas pour rien qu’on le fait.

Tu parles justement de ta nationalité ivoirienne aussi, t’aurais pas pu courir à un moment pour la Côte d’Ivoire ?

Si bien sûr j’aurais pu courir pour la Côte d’Ivoire. Après moi je suis partie dans l’optique où j’ai grandi en France, j’ai pratiquement tout fait en France, je me suis entraînée avec des personnes qui ont déjà intégré l’équipe de France. Donc moi j’avais juste envie de rejoindre cette famille par le biais des amis avec qui je m’entraînais et justement quand j’étais pas

encore française et que les copains partaient en stage on me disait bon qu’est ce que tu attends pour lancer ta demande comme ça on va tous partir en stage donc c’est vraiment dans cette optique là que j’ai voulu intégrer l’équipe de France et pour moi c’était une suite logique après je renie pas ma nationalité ivoirienne parce que je suis fière d’être ivoirienne aussi. On a une diversité culturelle qui est très très intéressante aussi donc je suis fière de partager à la fois la culture française et ivoirienne.

Quand est-ce qu’est intervenu ton premier titre de championne de France ?

Alors mon premier titre est arrivé en 2017 donc c’était l’année où les choses commençaient à décoller justement en termes de performance. Les minimas à ce moment là étaient fixés à 11.17 donc j’étais régulière entre 11.20 et 11.13 où j’ai fait mon record justement. Quand j’ai obtenu mon titre donc ça a commencé à Marseille donc en 2017.

Et qu’est ce qu’on ressent ?

On se dit que enfin on a le titre ! Parce que jusque-là, comme je disais, je remportais des médailles, que ce soit la première, deuxième ou troisième place, mais vu que ça n’avait pas de portée nationale, là on se dit que enfin on a le titre et le travail paye. Je suis très contente, je suis très fière de l’avoir eu, parce que d’ailleurs c’était une compétition où il y avait beaucoup de vent. Et en fait il faut savoir que nous sur le 100 mètres, on peut être avantagé par le vent comme tout à fait l’inverse. Et le truc c’est que ce jour-là il y avait beaucoup de vent de phase, donc pour courir très très vite, c’est pas quelque chose qui peut être envisageable. Et la course que j’ai menée c’était la seule course où il n’y avait pas de vent. Donc c’est ce qui m’a permis de faire mon record. Et ce jour-là, on peut dire que j’ai été très très chanceuse. Et voilà, c’était la petite anecdote et c’est un très bon souvenir.

Oui, parce qu’on ne se rend pas compte quand on est un coureur moyen comme moi, un peu de vent, de temps en temps, quand tu as le vent dans le dos, ça aide. Éventuellement, tu l’as le vent dans le dos, ça aide. Éventuellement, tu as un peu de face, mais quand tu cours à 12 km heure, allez à 14 km heure, ça va. Quand tu cours un 100 mètres, à plus de 20, forcément, 5 km heure de vent en plus et surtout en pleine face, tu sens la différence.

Exactement, exactement. C’est pour ça qu’on ne va pas parler de contrainte, on va dire que ça fait partie des conditions auxquelles on est très souvent confronté. Le fait de travailler à l’entraînement, ça nous permet de bien l’aborder aussi en compétition.

Attends, pour revenir aussi sur les disciplines, tu es championne de France sur 60 mètres, ça c’est en salle. Tu es championne de France sur 100 mètres, donc ça c’est la grande ligne droite qu’on voit sur la piste. Pour ceux qui ont déjà vu une piste d’athlète avec un petit peu d’herbe, un stade de foot au milieu, le 100 mètres c’est la grande ligne droite qu’on voit, qui passe un petit peu sur un bout de la piste. Et puis le 200 mètres en fait c’est d’un virage à un autre en diagonale. Donc toi en fait tu t’amuses sur tous les terrains, des pistes, mais sur tout type de terrain.

A la base, 200 m, ce n’était pas du tout quelque chose que j’aimais, mais pas du tout. Et puis, un jour comme ça, à l’entraînement, je me suis amusée à dire à mon entraîneur que c’est vrai que je suis sur le 60, sur le 100, mais pourquoi je ne ferais pas un 200 juste pour m’amuser. Et là, il me dit ok. Parce qu’en fait, jusque-là, mon entraîneur de son côté, pareil, pour lui, je ne suis pas juste une bonne vireuse. Donc, il était hors de question de me placer sur un 200 m. Et quand il a dit que finalement, ça pouvait se faire, je lui ai dit en fait, c’était une plaisanterie. J’ai dit ça pour plaisanter. Il a dit, moi, pour le coup, je ne plaisante pas. Tu vas vraiment faire un 200 m. Et quand je fais mon premier 200, après plusieurs années auparavant où j’avais arrêté, je fais un chrono qui est très intéressant et d’ailleurs je vais te dire aujourd’hui c’est grâce aux 200 mètres que j’ai réussi à battre mon record sur le 100 mètres parce que jusque là j’avais toujours considéré que le 100 mètres c’était amplement suffisant alors que le 200 c’est complémentaire et donc le fait de courir très vite sur le 200 ça fait que sur un 100 mètres on arrive à tenir toute la course sans avoir à craquer et depuis j’aime le 200 parce que c’est pas ma spécialité en tant que telle mais je prends beaucoup de plaisir à voir le progrès que ça a engendré parce que jusque là je tenais pas un 200 mètres et le fait de voir ce que ça a pu donner, ça a fait que j’ai intégré le 200 dans ma préparation et depuis, j’aime beaucoup.

Tiens, c’est marrant. C’est quelque chose que j’ai déjà entendu. “Je n’étais pas fait pour cette distance-là, mais j’ai essayé un jour en disant à mon entraîneur et ça a bien marché.”

Je pense à Eléa-Mariama DIARA qui étaient la deuxième invitée de ce podcast il y a plus de trois ans. Donc, un petit coucou Eléa si tu nous écoutes. Mais j’avais déjà entendu ça. Alors après, oui, c’est complémentaire. Ça ne marche pas pour tout. Parce que passer du marathon au semi, courir plus vite un semi parce que tu cours plus vite au marathon, ça ne marche pas forcément. Mais sur 100, 200, il y a quand même beaucoup de similitudes. On n’est que sur du lactique, on n’est pas du tout sur de l’endurance.

C’est de la vitesse pure aussi parce qu’en fait on se dit que sur un 200 on court aussi vite que sur le 100 après la particularité c’est que sur les derniers mètres ce que le 200 m va demander c’est surtout du classement et en fait je trouve que c’est complémentaire justement par rapport au 100 m dans le sens où oui il y a de la vitesse pure mais c’est très important aussi de bien terminer sa course.

Oui, pour revenir sur l’histoire du vent, du coup, ça explique aussi que toi, tu cours avec ou contre le vent parce que forcément, une ligne droite, le 100 mètres sur piste extérieure et le 200 mètres sur piste extérieure, et forcément, tu as toujours le vent dans un sens ou dans l’autre, mais tu ne fais pas des tours comme sur un 400 mètres où tu l’as une fois dans le dos, une fois de face, si le vent est plus ou moins favorable.

Exactement.

Championne de France sur 60, sur 100 et sur 200, où est-ce qu’on t’arrête ? Tu continues sur ces deux ou sur ces trois disciplines-là, ou tu vas aller plus loin, plus long, plus fort ?

Jamais de la vie, je ne serai sur le 400. Ça, ça peut être une certitude. Parce que quand je vois une partie de mon groupe sur les séances du 400, je me dis franchement un grand respect à eux. Tous les jours, ils courent, je veux dire tous les jours, leur mental est rudement mis à l’épreuve. Et c’est pareil aussi sur certaines séances qui sont consacrées au 100 et 200, mais le 400 m, c’est particulièrement difficile. Et franchement, même pour un loisir, je n’irai jamais sur le 400 m, je vais rester sur le 100 et 200 m et c’est ce qui me va le mieux.

Attention, il ne faut jamais dire “Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau”. On a parlé en off quand on préparait cet épisode d’une des cousines dans ma famille, championne de France sur 400 m, sur 800 m, sur 3000 steeple, et qui maintenant cherche à aller sur marathon. Donc il ne faut jamais dire jamais Carolle …

C’est vrai, mais sur le 400, tu peux être sûr d’une chose c’est que jamais tu me verras aligné sur une course de 400.

Par rapport justement aux entraînements tu dis que tu vois certains camarades s’entraîner sur des distances de 400. Une journée d’entraînement de Carolle ZAHI, ça ressemble à quoi ?

Pour l’instant, on s’entraîne une fois par jour. Les entraînements ont lieu à 17h30 jusqu’à 20h. Chaque jour est consacré à un objectif bien précis. Les lundis, c’est plus de la PPG, c’est là où on va travailler pas mal de cardio. Les mardis, on est plus de la PPG donc c’est là on va travailler pas mal de cardio. Les mardis on est sur de la VMA donc c’est des parcours assez longs donc on est sur du 300, 200 et 100. Les mercredis on a cote en ce moment, jeudi c’est de la technique et vendredi on repart sur de la VMA donc là on est vraiment sur du travail foncier et à partir de novembre on va partir sur du bi quotidien où je vais m’entraîner aussi des matins et fin d’après-midi.

Donc à partir de novembre tu passes en bi quotidien, ça c’est toute l’année ou c’est juste pour la saison hivernale, enfin pour la partie hivernale pour travailler le foncier, la résistance et après quand on arrive sur la période de compétition on diminue l’intensité mais on garde quand même du volume ?

Alors le bi quotidien ça sera sur toute la saison, après on est effectivement à l’approche des compétitions, en tout cas il y en a beaucoup moins, mais on va vraiment travailler sur l’efficacité à l’approche des compétitions. Donc par exemple en musculation ça va être beaucoup moins intense que d’habitude mais on va vraiment travailler l’explosivité. Quelques jours avant ça sera des starting blocks, des parcours plus courts mais qui vont vraiment donner un état un aperçu de ce qu’on va faire en compétition donc donc ça sera moins volumineux mais on va vraiment travailler l’efficacité.

Je reviens juste sur ce que tu disais tout à l’heure donc le lundi c’est PPG, c’est préparation physique généralisée c’est à dire travail de musculation, travail au poids de corps ce genre

de choses. Le mardi c’est VMA c’est la vitesse maximale aérobie donc là on travaille vraiment la vitesse, l’explosivité c’est l’intensif. Le mercredi c’est séance de côte, vous travaillez

en montée ça c’est pour travailler la résistance et puis le jeudi tu disais c’est la technique, donc technique de départ, technique dans les virages, technique de foulée etc. Et puis le vendredi tu reprends un cycle. Donc c’était pour préciser un petit peu pour ceux qui ne sont pas forcément des adeptes de ces cibles dans l’athlétisme. Je voulais revenir avec toi Carolle, sur … “Pour toi qu’est-ce que c’est que le sport ?”

Qu’est-ce que le sport ? Pour moi, c’est un vecteur indispensable dans la société parce qu’on y trouve toutes les notions qu’on applique aujourd’hui dans notre vie, à savoir le respect, le fair play, le dépassement de soi, le fait de se fixer des objectifs et de se focaliser sur ça du début à la fin, peu importe les obstacles auxquels on peut faire face. Moi j’ai surtout envie de parler de respect en premier lieu quand je parle du sport parce que c’est un moment où il y aura forcément un gagnant et un perdant mais ça n’empêche pas le côté fair play, le côté où on se dit bon bah c’était pas mon tour aujourd’hui mais félicitations à la personne qui a gagné et vice versa.

Maintenant attention, on monte d’un cran : “Qu’est-ce que c’est pour toi que le sport de haut niveau ?”

Pour moi c’est un travail à temps plein. C’est un travail à temps plein parce qu’on met de côté effectivement beaucoup de choses pour se consacrer à un objectif bien précis. Donc à savoir les Jeux Olympiques, les championnats du monde, les championnats d’Europe. C’est un travail mental également aussi. C’est surtout un travail mental parce que je vais revenir un peu sur… En fait, le sport en général, il y a du loisir, tandis que dans le haut niveau, il y a vraiment un travail qui va au-delà du loisir. C’est vraiment l’abnégation, c’est se consacrer pleinement à un objectif qu’on s’est fixé.

Wow, j’aurais pas pu dire mieux. Je voyais sur ton compte Insta que tu taguais @SportsDéfense , tu cours aussi pour le drapeau français au championnat militaire ?

Oui, j’ai déjà eu l’occasion de participer au Jeu Mondiaux Militaires en Chine en 2019 où j’avais remporté le 100 mètres et d’ailleurs ça a été un honneur pour moi de représenter aussi la France au niveau militaire et d’ailleurs je tenais simplement à les remercier chaleureusement pour leur confiance depuis 2019 et je suis très content de représenter la France autant sur le plan sportif que sur le plan militaire parce que pour moi les deux se complètent tout simplement. 

Il y a quelques valeurs qui sont communes entre le sport et la défense. Ecoute, super intéressant. Est-ce que défendre les couleurs du drapeau dans les championnats militaires

ça t’apporte aussi de la sérénité financière ? Est-ce que tu es payée par l’armée pour courir dans les championnats militaires ?

Donc depuis 2019, comme je l’ai dit, je suis accompagnée par l’armée et je suis payée en tant que salariée. Et je les remercie encore pour ça parce que l’année dernière, par exemple, je n’ai pas forcément fait de performances et pourtant ça ne les a pas empêchés de m’accompagner. Donc là, on est vraiment sur une notion de partenariat parce que, oui, il y a le côté sport mais il y a aussi cette solidarité autour de l’humain en lui-même. On peut passer par des phases difficiles comme là ça a été le cas et puis il y a eu la maternité où comme j’avais dit précédemment j’avais beaucoup d’appréhension avant de leur annoncer ça et ça a été très bien accueilli. La première chose qu’ils m’ont dit “on est partenaire, on va pas te fermer la porte parce que tu vas devenir maman, au contraire, t’es une jeune femme, tu seras emmenée avec maman un jour, c’est un projet que tu vas forcément embrasser un jour, donc on va pas te fermer la porte pour ça”. Donc ça c’est quelque chose qui m’a particulièrement marqué et c’est là où on va vraiment mettre la notion de partenariat dessus.

Tu parlais des moments difficiles, tu parlais notamment de la blessure ou des blessures pour une sportive de haut niveau, d’être confrontée à la blessure.

Être confrontée à la blessure c’est pas quelque chose d’évident en premier lieu. En général quand on se blesse c’est qu’on va très vite. C’est ça qui est un petit peu un grave, dans le sprint en particulier. Mais quand on se blesse c’est qu’en général on est dans un état de forme qui fait que malheureusement on est confronté à des risques de blessure. Donc en premier lieu c’est difficile à encaisser et puis c’est là où le mental va vraiment rentrer en jeu parce que c’est un moment où on va régénérer notre corps mais surtout régénérer aussi notre esprit parce qu’il y a des leçons à en tirer et c’est ce qui fait que c’est là où le rôle de l’entourage est très très important à ce moment là où on va nous rappeler que oui d’accord tu t’es fait mal mais ça n’enlève en rien l’objectif que tu t’es fixé et puis ça ne remet pas en cause tout ce que tu as fait jusqu’à maintenant. Donc c’est le moment de se reposer dans l’esprit, on va dire, et ne pas être dans la panique. Donc ça c’est la deuxième phase qui va arriver et qui va nous emmener à apprendre beaucoup plus même quand on est enfant.

Est-ce que pour toi, ces phases de blessures peuvent être aussi des moments de remise en question notamment d’un point de vue financier avec les partenaires, avec les sponsors, avec l’armée ? Qu’est-ce qui se passe quand tu es blessé, que tu peux pas aller sur des compétitions et que tu peux pas entre guillemets assumer tes responsabilités ?

Ça peut être difficile effectivement quand on n’a pas de sponsors parce qu’en fait c’est une pression qui est quand même présente dans le sens où sur des compétitions on a la possibilité de gagner des primes et en étant blessé ça peut pas se faire donc la remise en question peut se faire à ce moment là parce qu’on se demande quand est ce qu’on va se remettre et il n’y a pas ce travail on se dit bon bah faut que justement on se remette de la blessure en premier lieu avant de revenir en compétition. Et c’est là où la pression peut être très présente et ça peut être nocif aussi parce que oui, effectivement, il faut qu’on puisse assumer nos responsabilités sur le plan financier. Il ne faut pas oublier cette notion de plaisir avant tout. Pour moi, c’est très important de se faire plaisir avant tout et surtout de revenir étape par étape de sa blessure.

Bon alors il y a la blessure, ça c’est quelque chose que tu ne maîtrises pas, alors certains diront que peut-être c’est parce que tu vas trop vite dans l’entraînement, dans la progression, dans les objectifs, dans les envies, ok fine, mais malgré tout c’est quelque chose que tu ne maîtrises pas. Et puis il y a la grossesse que tu as choisi, tu as été au bout de ta grossesse, ça a peut-être mis un peu ta carrière en pause, c’est quelque chose qui arrive pour les femmes, moins pour les hommes, nous on est souvent là pour assister nos conjointes. Tu nous as dit que l’armée avait renouvelé son soutien à ton encontre et donc ça j’imagine que ça permet de faire sauter pas mal de charges mentales. Malgré tout, comment est-ce que pendant la grossesse on vit ça ? Jusqu’à quand tu as continué à courir, à t’entraîner, à faire des compétitions ? Et puis comment est-ce que tu vois la suite une fois que bébé est là ? Est-ce que tu retournes sur les pistes ? Est-ce que tu reprends ta carrière de sportif de niveau ou est-ce que tout a changé ? Ça fait beaucoup de questions mais c’est pour te guider un peu, tu peux répondre d’un bloc.

Alors moi pour ma part, ça a été une période où enfin je pouvais prendre une pause parce que jusque là effectivement je me suis beaucoup consacrée au sport de haut niveau pendant

près de cinq ans. Donc je pense que c’était pour moi un moment ultime pour pouvoir prendre une pause avant de retourner sur la piste. Et comme je l’ai dit, l’armée m’a soutenue, donc ça m’a rendue sereine. À côté de ça, je ne me suis pas trop focalisée sur le sport. D’ailleurs, j’ai arrêté au moment où je l’ai su. Donc j’ai vraiment voulu prendre du temps pour moi, me focaliser sur moi. Le sport n’était pas dans mes radars à ce moment-là. Parce que j’ai vraiment voulu vivre chaque étape de la grossesse de mon côté sans me dire alors quand est-ce que je vais revenir, etc. Ce n’était pas du tout dans mon esprit.

Et comment on planifie ça ? Bébé est né, bébé se porte bien. À quel moment tu décides de sortir de ton congé maternité et de te remettre au boulot sportif ?

Alors, moi j’ai eu un accouchement un peu compliqué parce que j’ai dû passer par une césarienne et la recommandation du médecin était que j’attende 6 mois avant de reprendre. Donc moi, du coup, j’ai pas repris avant les six mois finalement. Je crois que c’était même un petit peu moins mais j’ai pas repris avant six mois. Et en fait c’est surtout les encouragements de ma tante qui va me booster parce que jusque là je savais pas qu’est ce que j’allais faire. Et là elle me dit : “Carolle tu te rappelles pas, tu m’avais parlé de Paris 2024, tu m’avais parlé de cet objectif ultime que tu voulais réaliser, qu’est-ce que tu fais de ça ?” Et elle me dit : “écoute, là t’as fait le choix d’avoir un bébé, ok, mais n’abandonne pas tes objectifs, va jusqu’au bout.” Et c’est à ce moment-là que je me dis, tiens, il y a peut-être quelque chose à faire encore parce qu’il y avait l’année 2023 où c’était l’année charnière et pour moi c’était déterminant pour la suite parce qu’il fallait que je réadapte mon corps aux charges d’entraînement et aux compétitions par la suite donc c’est en novembre que je vais reprendre les entraînements. Ça a été très difficile au début je me suis dit qu’il fallait que j’aille à fond peu importe les difficultés physiques, je m’étais déjà préparée à ça. Et donc quand je suis revenue, ça a été très compliqué, mais mon entraîneur m’a beaucoup encouragée et ça m’a donné la force en fait de poursuivre ma lancée vers mon objectif de Paris 2024.

Alors justement j’allais te le demander, on est à quelques mois de Paris 2024, une petite fête de campagne qui s’organisera à Paris l’été prochain. Où est-ce que tu en es de ta sélection ? Est-ce que tu es déjà qualifiée ? Quels sont les prochains objectifs, les prochaines steps ? Sur quelle distance ? Raconte-nous un petit peu tout ça.

Alors pour l’instant je ne suis pas pas encore qualifiée sur aucune distance d’ailleurs pour faire les mini-mains ou alors effectuer des compétitions qui vont nous rapporter des points et qui vont nous classer là où il faut pour pouvoir se qualifier. Donc pour l’instant, je n’en suis pas encore arrivée. Donc j’aurai l’occasion de faire ça sur la saison estivale 2024. Donc l’objectif, ça serait de se qualifier en individuel et avec le relais aussi, le relais 400 mètres.

Et si tu te qualifies pour une distance, est-ce que tu peux aussi te présenter sur les autres distances ou il faut vraiment que tu te qualifies sur chacune des disciplines ?

En fait, l’objectif, ça serait de se qualifier sur chaque distance. Tout se fera certainement en fonction de la programmation des compétitions, parce que le relais, ça reste important aussi. Donc l’idée, ce serait avant tout que je puisse me qualifier sur le 100 mètres. Après, si j’ai l’occasion de le faire sur le 200 aussi, pourquoi pas ? Je ne vais fixer pas de limites à ce niveau-là.

Et sur le 400 mètres, non ?

Toujours pas.

J’aurais essayé, tu me diras en une heure de temps, je pense que j’aurais pas réussi à te faire ça.

Non, non, non, c’est pas possible.

Bon alors maintenant c’est route vers les JO de Paris 2024, comment est-ce que tu vas organiser ta préparation ? Tu nous disais tout à l’heure qu’à partir du mois prochain à peu près tu vas passer en bi quotidien, Quels sont tes milestones, tes objectifs d’ici Paris 2024 ?

Alors c’est une année où il y aura pas mal d’échéances justement. Donc en salle il y a les championnats du monde à Glasgow qui vont avoir lieu. Ensuite il y a les championnats d’Europe qui vont nous permettre de rentrer dans le bain des Jeux Olympiques, même si c’est au niveau européen mais au moins on a toujours cette phase de répétition avant de rentrer dans l’objectif final. Et donc l’objectif final c’est au niveau européen mais au moins on a toujours cette cette phase de répétition avant de rentrer dans l’objectif final et donc l’objectif final c’est Paris 2024.

Bon allez, on se projette un peu, on est fin juillet 2024, tu es à deux doigts de prendre le départ de la finale évidemment, les séries sont déjà dans la poche. Comment tu gères ta course ? Comment je gère ma course ?

Alors, c’est un peu difficile à…

Bon alors juste pour rappel pour nos auditeurs qui ne connaissent pas, un 100 mètres c’est 11 secondes. Alors tu as intérêt à gérer vite ta course. 

Complètement. Alors est-ce que c’est la gestion durant la course ou après, entre les courses plutôt ?

Non, c’est la course. Là, tu es dans les starting blocks, tu entends la musique, le coup de pistolet va être donné, il ne te reste plus qu’à courir, entre guillemets bien sûr. Comment tu les vois ces 11 prochaines secondes ?

Je suis très concentrée, je reste vraiment dans ma bulle du début à la fin. Je vois encore mon coach me donner quelques instructions. “Il faut que tu te propulses, que tu restes en bas, en bas, en bas, en bas, jusqu’à 25-30 mètres. Ensuite, tu cadences, tu tiens, tu tiens, tu tiens jusqu’au bout.” C’est comme ça que je vois la chose.

Je pense que c’est une bonne question que je poserai à mes prochains invités sur des sports qui sont courts. Forcément, si je demande à un marathonien comment est-ce qu’il va voir le marathon des Jeux Olympiques, on y est pour deux heures, donc on ne va peut-être pas jouer à ce jeu-là, mais tu vois, sur une course de 11 secondes, ça peut être pas mal. J’aimerais qu’on aborde aussi avec toi, on l’a déjà un petit peu abordé en pointillé, mais cet aspect financier. Comment on vit en tant que sportive de haut niveau et est-ce que ça te suffit finalement tous les mois à boucler le budget et voire à faire des économies pour prévenir l’avenir ?

Alors en tant que sportive de haut niveau, ce qui génère un plus gros revenu, c’est les sponsors équipementiers. Et à ce jour, je n’ai pas de sponsor équipementier. Donc ça, c’est la partie la plus difficile, on va dire, parce que ça fait que le budget est complètement restreint. Moi, j’accorde beaucoup d’importance à tout ce qui est soins médicaux et malheureusement, avec un budget restreint, on ne peut pas toujours s’accorder des séances de kiné. Donc ça, c’est la partie la plus difficile. C’est surtout de ne pas avoir de sponsor équipementier. Donc je fais un appel aux sponsors équipementiers et aussi à d’autres sponsors qui sont en dehors du contexte sportif parce que je pense qu’on est des ambassadeurs

légitimes pour intervenir auprès des entreprises, pour aborder des thématiques qui justement touchent les sportifs de haut niveau mais aussi pour les entreprises, donc à savoir rebondir après un échec, comment gérer le stress au quotidien et puis surtout comment traverser ce cheminement pour aller vers l’objectif. C’est des thématiques qu’on peut aborder en entreprise et donc là aussi je fais appel aux sponsors à ce niveau là, donc pour préparer sereinement ma saison parce que je suis très, très déterminée, mais avec un peu plus de sérénité, je pense que je peux vraiment exploser.

Et bien écoute, c’est le pire qu’on te souhaite. On suivra tout ça pour les JO de Paris 2024. Tu l’as fait, t’appelles éventuellement aux potentiels partenaires qui nous écoutent s’ils veulent te soutenir dans ton projet. Également, on va mettre en place une page de collecte de fonds sur le site de Vestiaires, donc c’est vestiaires.org/carolle avec deux L et pas Caroline. Comme ça, vous pouvez retrouver toutes les coordonnées de Carolle et puis vous pouvez aussi la soutenir si vous souhaitez dans son projet. Et vous pourrez aussi comme ça la contacter et échanger et lui apporter votre aide si vous en avez envie. Carolle, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de plus pour 2024, à part effectivement gravir la plus haute marche du podium sur les Jeux olympiques à la maison ?

On peut me souhaiter d’être en très bonne santé, parce que c’est le plus important, faire la saison complète dans les meilleures conditions possibles, et puis surtout je tiens avant tout à remercier toutes les personnes qui me soutiennent que ce soit par message ou ou même par notre vocale sur Instagram merci beaucoup pour votre soutien moral c’est le plus important et on peut me souhaiter d’aller up, d’aller de plus en plus haut

Oui bien sûr c’est ce qu’on te souhaite. On t’embrasse bien fort on te souhaite du coup d’arriver au plus haut et puis on reste en contact pour voir comment est-ce qu’on peut te soutenir au mieux.

Merci beaucoup Ermanno, merci beaucoup aux éditeurs et à très bientôt.

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