#069 Coralie GASSAMA – Des Stades à la Start-Up, l’Innovation au service des sportifs

Saison I
Saison I
#069 Coralie GASSAMA - Des Stades à la Start-Up, l'Innovation au service des sportifs
Loading
/

👟 Quand passion et entrepreneuriat font course ensemble, c’est l’histoire inspirante de Coralie Gasama que je vous propose de découvrir aujourd’hui. Ancienne sportive de haut niveau, elle nous rappelle que derrière chaque athlète, il y a une histoire, un combat, une renaissance. 🏁

🚀 À seulement 26 ans, cette jeune femme originaire de Normandie a su pivoter du 400 mètres haies vers l’entrepreneuriat de haut niveau avec la création de Keyena, une start-up innovante. Elle y apporte une solution ingénieuse et tant attendue par les sportifs : une sursemelle de protection pour les pointes d’athlétisme, permettant de marcher confortablement hors des pistes. 🛡️

💡 Inspirée par le patinage artistique et poussée par une véritable ingéniosité, Coralie explore aujourd’hui le potentiel de cette invention au-delà de l’athlétisme, s’intéressant notamment au cyclisme de route. Une preuve éclatante que l’adaptabilité et l’innovation sont au cœur de son ADN entrepreneurial. 🚴‍♂️

🌍 Distribuée majoritairement en France et en Europe, Keyena s’est écoulée à plus de 2 400 paires. L’ambition de Coralie ? Attaquer plus intensément le marché Nord Américain et s’adapter aux besoins spécifiques de chaque sport, alliant praticité et protection. 🌏

📚 Coralie Gassama est un exemple vivant que le sport de haut niveau prépare au monde de l’entrepreneuriat par sa résilience, son engagement et sa capacité à relever les défis. Son message à la jeune Coralie de 20 ans ? « Lâche pas, ça vaut le coup ». Une leçon de persévérance à méditer. 💪

👏 En parcours comme en entrepreneuriat, c’est bien l’esprit d’équipe et la détermination qui propulsent vers le succès. Coralie Gassama, au travers de sa start-up Keyena, fait la démonstration que changer de piste peut mener à des victoires inattendues. 🌟

🥹 Pour l’anecdote, je suis quand même un peu triste d’avoir raté Coralie : le 22 février dernier, j’étais invité au passage de flamme entre la promo 2 et la promo 3, de 2024, du Palatine Women Project, un programme de mentorat créé par Séverine DESBOUYS pour la Banque Palatine, qui accompagne les athlètes et para athlètes féminines en reconversion porteuses d’un projet d’entreprise … et Coralie faisait partie de la seconde promotion !

Pour soutenir Coralie et découvrir son innovation, rendez-vous sur Keyena ! Faites partie de l’aventure, chaque pas compte. 🌈

#Podcast #Sport #DLV #DansLesVestiaires #Vestiaires #Entrepreneuriat #Athlétisme #Innovation #Détermination #SportDeHautNiveau #StartUp #Keyena #SoutienAuxAthlètes #PivotDeCarrière #Résilience #SuccessStory #PWP #PalatineWomenProject

Dans cet épisode, vous pourrez découvrir (chapitres de l’épisode) :

  1. 02:06.01 : Présentation et parcours de Coralie Gassama
  2. 02:28.47 : La transition vers l’athlétisme et les premières découvertes sportives
  3. 11:03.81 : Les défis techniques de l’athlétisme et l’influence de la gymnastique
  4. 13:33.45 : La fin de la carrière sportive de Coralie et le début de l’entrepreneuriat
  5. 16:08.91 : La création de Keyena et l’inspiration derrière
  6. 26:34.51 : Les parallèles entre sport de haut niveau et entrepreneuriat
  7. 29:37.89 : L’impact positif du sport et les leçons pour l’entrepreneuriat
  8. 35:17.73 : Conseils pour les jeunes sportifs et entrepreneurs

Pour suivre et soutenir notre invitée : https://www.linkedin.com/in/coralie-gassama / https://www.instagram.com/coralie.gassama / https://www.strava.com/athletes/122324072

Grâce à Autoscript, on vous propose même de revivre l’échange que j’ai pu avoir avec Coralie.

Ermanno : Salut les sportifs c’est Ermanno et je suis très heureux de vous recevoir pour un nouvel épisode du podcast dans les vestiaires aujourd’hui on reçoit une ancienne sportive de haut niveau qui s’est reconvertie dans l’entrepreneuriat de haut niveau elle est à fond sur les deux sujets et c’est pour ça que j’ai continué à courir elle continue à s’entraîner et puis elle a une banane un sourire qui fait plaisir peut-être que vous regarderez ça en vidéo si j’ai l’autorisation de diffuser ça en vidéo, bref je suis très content de recevoir Coralie GASSAMA. Salut Coralie !

Coralie : Salut Ermanno merci beaucoup de m’accueillir

Ermanno : c’est un plaisir tu dois être rodé un petit peu à l’exercice de l’échange de la conversation avec les journalistes dans le cadre de ta start-up non c’est vrai que depuis quelques années je commence à avoir un peu plus l’habitude et c’est un bel exercice donc c’est un peu la différence dessus bon bah là t’es pas avec un journaliste donc on va y aller cool tu vois on est à la table d’un café on prend un petit une petite boisson fraîche non alcoolisées évidemment parce qu’on est des sportifs et puis on discute ça te va comme comme ambiance ?

Coralie : c’est parfait

Ermanno : Coralie la première question que je pose à tous mes invités elle est très simple j’ai envie

Coralie : de tout savoir donc dis nous tout qui est Coralie GASSAMA alors du coup je suis une jeune femme de 26 ans originaire de normandie je suis né à l’oeuvre normandie en force je suis né à evreux alors souvent je dis que je suis originaire de normandie avant de dire evreux parce que les gens ne placent pas forcément evreux sur une carte mais du coup evreux où j’ai vécu jusqu’à mes 17 ans donc voilà je suis je suis la fille d’une institutrice et d’un père ancien footballeur professionnel du sénégal j’ai une grande soeur un de mes petits frères et puis j’ai toujours fait du sport le sport fait partie de ma vie depuis je suis toute petite dans la famille de toute façon le sport fait partie de notre vie et voilà je suis métis franco

Ermanno : sénégalaise aussi et voilà c’est super c’est pour ça le bottin la banane et tous les enfants sont métis franco italo malgache en général je demande aussi comment est ce que tu as découvert le sport donc là tu nous dis toute petite avec un papa ancien footballeur forcément tu as dû jouer avec

Coralie : le ballon quand tu étais petite non qu’est ce qui t’a amené à l’athlétisme non mes proches savent très bien que le ballon et moi c’est bon n’est pas ami donc non on perd ma soeur et moi il nous a jamais vraiment rapproché du football et donc du ballon par contre effectivement on a été plongé dans le sport très rapidement je pense parce qu’on avait énormément d’énergie ma soeur et moi c’était obligatoire en fait pour ma mère pour localiser et moi ce qui m’a vraiment mis dans le sport c’est une association dans laquelle j’étais quand j’étais toute petite donc je pense que c’était vraiment entre 5 et 7 ans avant de pouvoir avoir une licence d’athlétisme j’ai été dans une association où on pratiquait tous les sports toute l’année ça passait du roller au tennis de table au basket au judo à l’athlétisme enfin voilà du coup chaque semaine ou chaque toutes les deux semaines on avait des nouveaux sports et c’est là où voilà je pense qu’on a décelé le fait que j’aimais bien le sport

Ermanno : et en tout cas je m’en sortais bien dans certaines disciplines attends il y a un truc je comprends pas

Ermanno : Tu nous dit qu’avant tes 7 ans tu étais dans une association multisport et tu faisais tous les sports comment tu faisais quand tu étais confronté à des sports de balle parce que sport

Coralie : de balle il ya le voile et il y a basket il y a le foot il y a pas de כן je n’ai pas bien précisé je pas forte avec les sports de balle au pied… donc le football ok après je suis pas sûre que je sois la meilleure non plus en basket mais ce n’était pas forcément mes sports de C’est vrai que j’ai très vite été plus attirée vers les sports individuels, même si j’ai pratiqué des sports collectifs, notamment dans les associations scolaires, UNSS, etc. J’ai quand même été beaucoup plus attirée par les sports individuels, escalade, gymnastique, natation, athlétisme. Qui sont des sports individuels, mais où on concourt aussi parfois en équipe ? Totalement. Et d’ailleurs, au-delà des concours en équipe, en athlétisme, souvent c’était les relais. Dans tous les cas, je ne me suis jamais sentie vraiment seule. Parce qu’on s’entraîne toujours avec un groupe d’entraînement et il y a vraiment une notion d’équipe qui est hyper importante, même dans ces sports individuels.

Ermanno : Finalement, on n’est pas encore à la fin de l’épisode, mais on reboucle aussi sur ton autre facette, celle d’entrepreneur, patronne de start-up. C’est un peu un sport individuel parce que c’est toi la patronne, mais ça reste un sport d’équipe parce que c’est toute une entreprise à faire aller d’avant.

Coralie : Oui, totalement. Ça, c’est sûr. Je pense que parfois, il y a des moments où on se sent assez seule. En plus, je suis seule fondatrice associée. Alors, j’ai des actionnaires, mais opérationnellement, je suis seule. Mais en fait, je ne fonctionne pas toute seule. J’ai une équipe en interne, j’ai des personnes qui me soutiennent, des partenaires qui me soutiennent et qui m’apportent des connaissances et des compétences. Donc non, c’est sûr, c’est exactement comme un sport individuel, sauf qu’en fait, derrière, il y a tout un staff comme le sportif de haut niveau dans son sport individuel.

Ermanno : On y reviendra notamment. Sur les ponts qu’il peut y avoir entre le sport de haut niveau et l’entrepreneuriat. Petit clin d’œil aussi, parce que le sport de ballon au pied, donc le foot, ce n’est pas trop ton truc. Par contre, tu parlais de tes associés tout à l’heure. Tu viens quand même de dévoiler. Alors, on enregistre fin janvier, mais l’épisode sortira beaucoup plus tard. Donc, ce sera déjà bien largement dans la presse. Mais tu as quand même fait rentrer dans tes actionnaires un footballeur.

Coralie : Oui, exactement. Hier, on l’a annoncé, Dayo Upamecano, qui est l’un des meilleurs défenseurs de l’équipe de France. Et du Bayern de Munich, vient de rentrer dans l’actionnariat de Keyena. Dayo, on est des amis, on se connaît depuis qu’on est jeunes. Et surtout, il y a un lien avec nos parents. Nos deux pères se connaissent particulièrement. Et c’est même mon père qui a permis à Dayo de rentrer dans le club d’Evreux, là où il s’est fait ensuite repérer pour aller dans les centres de formation. Donc, il y a un lien qui va au-delà du sport, même si le football est aussi un sport sur lequel on s’interroge. En tout cas, on prendra le temps de s’interroger dans quelques années. Mais aujourd’hui, l’association avec Dayo, elle est vraiment plus liée au fait qu’on a des ambitions communes, on a un passé commun et on avait envie de s’associer et de montrer qu’en tant que jeunes et sportifs, on est capable de s’investir dans l’économie de nos sports.

Ermanno : Bravo pour ça. Et puis, bon courage pour la suite. On reviendra tout à l’heure sur la start-up, sur les objectifs, sur les plans, etc. T’en as dévoilé un petit peu en disant que le foot, ça vous intéresse aussi, mais on va revenir là-dessus. Restons un peu sur toi. Donc, toi, tu découvres le sport finalement au sens large quand t’es jeune, de 5 à 7 ans, t’es dans une association multisport. Tu pratiques tous les sports en te cachant quand c’est le moment de pratiquer le foot. J’imagine que t’as allé sur le terrain d’à côté pour faire autre chose. Comment tu arrives à l’athlétisme finalement ?

Coralie : Alors, à la fin de ces années multisport, en fait, les animateurs, ils décèlent les aptitudes des jeunes envers certains sports. Donc, il me semble que lors de mon bilan, avant de sortir de l’association, j’étais limitée dans le temps,

Coralie : les animateurs disent à ma mère, voilà, il semblerait qu’elle ait des compétences pour la gymnastique et l’athlétisme. Et à cette époque-là, il y a aussi ma sœur qui pratique déjà l’athlétisme, qui a 4 ans de plus que moi, et qui est déjà dans le club de l’Evre AC. Donc, c’est arrivé assez naturellement finalement d’y aller, sachant que ce qui est assez drôle, c’est que j’étais très impatiente de commencer l’athlétisme et finalement pas du tout de la gymnastique. Je voulais m’inscrire et la première fois où on y a été, je n’ai pas aimé. Et au final, après, pendant 10 ans, j’étais folle amoureuse de la gymnastique, je faisais 10 heures par semaine et l’athlétisme beaucoup moins. Je n’allais quasiment pas m’entraîner, je faisais juste les compétitions

Ermanno : et au final, après, ça a rebasculé dans l’autre sens. Attends, parce que 10 ans, de 7 à 17, tu étais folle de gymnastique et puis à 17, tu rebascules vers l’athlétisme et c’est là où finalement, on grille un peu les étapes, mais tu deviens sportive de haut niveau à 17 ans.

Coralie : Oui, en fait, la gymnastique, c’était génial parce qu’il y avait mes amis, je passais 10 heures par semaine là-bas et puis je progressais énormément. Mais la gymnastique, je l’ai commencé assez tard, 7 ans, c’est tard. Et du coup, en fait, on se rendait compte qu’en athlétisme, avec très peu d’entraînement, j’avais plus de réussite. En fait, je gagnais beaucoup plus de courses, de compétitions. Donc, à un moment où je crois qu’en, voilà, vers mes 17 ans, non, même avant, je fais des compétitions et je décroche ma première sélection en équipe de France et que je faisais très peu d’entraînement, on se rend compte qu’il fallait mieux miser sur l’athlétisme plutôt que la gymnastique. Donc, ça s’est un peu fait comme ça, le choix.

Ermanno : Il y avait aussi l’entraînement croisé. Tu travaillais beaucoup en gymnastique. Ça portait des bienfaits sur la partie athlétisme ?

Coralie : Oui, totalement, même s’il y avait quelquefois des oppositions. Typiquement, en athlétisme, on faisait des montées de genoux avec les pointes de pieds levées. Et à la gymnastique, c’était l’inverse. Donc, des fois, je me rappelle, il y a une année où je m’entraînais le samedi matin, je faisais des côtes. En athlétisme, avec mon groupe d’entraînement. Et l’après-midi, j’allais aux entraînements de gymnastique. Alors là, il fallait une coordination pas possible. Je me rappelle de ma prof qui disait « Les pointes de pieds, Coralie, les pointes de pieds ! »

Ermanno : Ah oui, c’est vrai ! Bon, mais on ne l’a pas dit, ta spécialité, c’est le 400 mètres haies. Est-ce que ça explique pourquoi, quand tu sautes les haies, finalement, tu es large, tu es très haute ? Limite, tu pourrais faire un salto quand tu passes les haies ?

Coralie : Alors, ce n’est pas bon signe si tu penses que je passe au-dessus des haies parce que, justement, les haies, il faut les franchir et non pas les sauter.

Coralie : Mais non, normalement, je ne devrais pas passer beaucoup au-dessus. Mais il y a des photos de moi où on voit que je suis bien au-dessus.

Ermanno : Non, mais c’était pour faire le petit lien avec la gymnastique. De toute façon, le coup du salto au-dessus des haies, ça ne marche pas. L’objectif, c’est de courir le plus vite possible. Et tu n’as pas le temps de, entre guillemets, perdre du temps en faisant un joli salto.

Coralie : Oui, totalement. Je n’ai pas essayé, d’ailleurs.

Ermanno : Donc, un petit peu avant 17 ans, tu décroches ta première sélection en équipe de France. Donc là, c’est en jeune. Tu nous disais tout à l’heure que tu t’es rendue compte que tu étais plus performante en athlétisme que en gymnastique, malgré la différence en termes de temps d’entraînement entre la gymnastique et l’athlétisme. Et tu nous as dit, une petite phrase qui m’a marquée, on s’est dit qu’il valait mieux capitaliser sur l’athlétisme. Pourquoi, en fait ? Ton objectif, c’était de devenir la meilleure coureuse de 400 mètres de haie du monde, d’aller au JO ?

Coralie : Oui, j’ai longtemps travaillé pour me qualifier pour les Jeux Olympiques. Alors, à l’époque, j’étais la génération, j’y ai au 2020. Donc, c’était mon rêve. Ça a toujours été mon rêve quand je me suis impliquée dans l’athlétisme. Donc, oui, oui, j’ai énormément travaillé pour ça. Et après, le on, c’est ma mère et moi. Et puis après aussi, avec les entraîneurs d’athlétisme, je me rappelle très bien ma coach à l’époque. Elle s’appelle Émilie Delon. Elle a tout fait pour me faire tenir, enfin, rester licenciée à l’athlétisme, parce qu’à un moment, je voulais vraiment arrêter pour me consacrer à la gymnastique. Donc, c’est une des personnes qui m’a permis de continuer ma carrière, d’ailleurs.

Ermanno : Et au final, tu la remercie. Est-ce qu’elle a tiré la bonne carte ? Est-ce qu’elle a bien fait de faire ça pour toi ?

Coralie : Ah bah oui, elle a totalement bien fait. J’essaie de lui montrer ma reconnaissance chaque année, parce qu’au-delà de ce que ça a apporté à ma carrière, c’est humainement, j’ai vécu des choses extraordinaires. C’est l’athlétisme qui m’a fait voyager. Je crois que je n’avais pas pris l’avion avant ma première sélection en équipe de France. J’ai rencontré aujourd’hui mes meilleurs amis actuels. Ça m’a apporté énormément sur la vie. Ça m’a donné le goût de parler en anglais. Enfin, c’est pour moi, même si aujourd’hui, j’ai un peu de regrets de ne pas avoir de carrière plutôt senior, professionnelle. En fait, je ne regrette rien de me dire que j’aurais vécu ça jeune et ça m’a construit. Donc, je n’ai aucun regret.

Ermanno : On rentre dans le sujet. Pourquoi est-ce que tu n’as pas continué ? Pourquoi tu n’as pas construit ta carrière ? Pourquoi tu n’as pas été au JO ? Et pourquoi on ne t’attend pas à Paris, là ? En tout cas, sur la piste, dans quelques semaines.

Coralie : Eh bien, en 2018, je change de groupe d’entraînement. On se sépare avec mon coach que j’avais rejoint à 17 ans à Lyon. Mais je reste à Lyon et je commence un nouvel entraînement avec un nouvel entraîneur où on décide de faire une saison sur 800 mètres l’hiver. Parce que avant d’être sprinteuse 400 mètres et j’étais, je venais du demi fond. Je faisais énormément de cross. Voilà, j’avais une caisse. Du coup, j’étais quand même, enfin voilà, c’était une discipline. Qui m’allait bien. On décide de faire une saison dessus. Et en fait, à la fin de la saison, j’avais couru pas mal de 800. J’ai quelques, j’ai une blessure qui est le syndrome de l’essuie glace qui apparaît au niveau du genou gauche. Et derrière, je fais peu de repos avant de repartir à l’entraînement pour la saison estivale. Et là, en stage d’entraînement, je déclenche une grosse pariostite qui s’est transformée en fait de façon fulgurante en fracture de fatigue sur le tibia. Donc, fracture de fatigue, c’est une blessure où il faut juste du repos. Arrêter pour que l’os se régénère. Et malgré le repos que j’ai pris à l’époque, la première fois, j’avais pris trois mois. Je reprends en septembre. J’ai à nouveau mal. Je force un petit peu pendant trois mois. Pas très intelligente, la sportive. Je force, je force. Et puis on est toujours plus intelligent après. Ah oui, oui, oui. Malgré l’expérience, ça, des fois, on réfléchit pas plus. Et du coup, en décembre, j’ai à nouveau mal, donc je m’arrête. Et en fait, je fais ça pendant trois ans. Je m’arrête, je reprends, je m’arrête et du coup, je ne fais pas de compétition. Je décide de me faire opérer en 2022 ou 2021. Je ne sais plus. 2022, je crois. Et donc, on me met un clou dans le tibia, on me coupe le perronné. Enfin, c’est une opération assez conséquente. Et finalement, on me réopère derrière pour m’enlever le clou parce qu’il me fait mal à la cheville. Enfin bref, un bazar total. Et derrière, j’essaye de reprendre et en fait, je n’y arrive pas. Sauf qu’à ce moment-là, il y a quand même quatre ans qui viennent de se passer. Je me suis éloignée des pistes. Enfin, de la compétition. Il y a eu beaucoup de doutes qui se sont installés. Et puis, j’ai vu surtout mes meilleures années. On va dire voilà, c’était quand même les années, les années où on est sûrement au top. Je les ai vues passer et du coup, j’ai retenté en 2023. Enfin, j’ai retenté et ça n’a pas fonctionné aujourd’hui. J’ai encore beaucoup de difficultés à pouvoir courir, faire des footings, m’amuser en tout cas en course. Donc, j’ai mis fin à ma carrière en mai 2023 officiellement.

Ermanno : Bon, mais tu t’es concentrée sur autre chose. Après, tu sais, plus tu prends de la sagesse, je ne dirais pas de l’âge, mais de la sagesse et plus tu peux t’éclater sur de l’endurance, il n’y a pas d’âge pour ça.

Coralie : Oui, mais pour l’instant, l’endurance, je ne peux même pas en tout cas en course.

Ermanno : On te souhaite que ça aille mieux. Donc, on comprend mieux en fait que tu aies mis un terme à ta carrière officiellement en mai 2023. En réalité, ça faisait déjà quelques années que tu essayais de te battre contre cette blessure. D’ailleurs, tu nous as dit fracture de fatigue. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est un peu un abus de langage. En fait, l’os n’est pas cassé. L’os est fêlé. Et c’est ça qui crée des douleurs. Moi, j’en ai eu une au niveau des phalanges. Ah oui, pas top le pied aussi. Mais en fait, il n’y a rien qui est top. Le pied, le tibia, la cuisse, tout ce que tu veux. Au final, on a besoin. La machine humaine, le corps humain est quand même une sacrée machine qui fait qu’on a besoin de tout. Mais bon.

Coralie : Alors moi, ce qui était drôle, c’est que mon chirurgien, il m’avait dit j’aurais préféré que tu te fasses une fracture ouverte parce que là, c’est sûr que le corps régénère beaucoup mieux l’os. Je lui ai dit bon. Je vous ai dit. Je vous aime bien, mais je suis quand même pas prêt à passer à cette étape là. Mais franchement, des fois, j’y pense.

Ermanno : Et c’est pas pour ça qu’ils ont coupé un bout de perronnée pour mettre une vis pour que ça se régénère un peu mieux.

Coralie : Non, parce que le perronnée, c’était pour l’éviter, éviter qu’il fasse béquille à mon tibia.

Ermanno : Intéressant, mais c’est vrai. Regarde, alors ceux qui courent ne connaissent peut être pas ça ou ceux qui ne font pas des sports qui sollicitent la chaîne inférieure. Mais par exemple, quand il y a eu et il y a encore un petit peu trop, je trouve cette fameuse façon de guérir avec des électrochocs. Donc, en fait, on crée des lésions au niveau des au niveau des tissus mous pour que ça se régénère. Donc, effectivement, parfois, il vaut mieux une bonne grosse fracture ouverte qu’une petite fracture de fatigue, entre guillemets. Anyway, donc, tu as laissé, tu as laissé un petit peu par la force des choses, le sport de côté. En revanche, tu en as profité pour te concentrer sur autre chose, les études et puis un projet entrepreneurial.

Coralie : Oui, totalement. Et en fait, il a un peu arrivé en parallèle. Il arrive un petit peu avant la blessure. Et honnêtement,

Ermanno : heureusement que Keyena est née à ce moment là parce que parce que ça m’a permis d’être occupée et puis de digérer un peu mieux le deuil de l’athlétisme. Keyena, c’est le nom de ta startup. C’est ton bébé, mais ce n’est pas ta fille. C’est ton bébé, c’est ta startup. C’est cette fameuse société que tu as lancée, où tu maturais l’idée déjà un petit peu avant que la blessure arrive. Tu peux nous raconter l’histoire de Keyena et puis ce que le pain que vous guérissez. Pour ainsi dire.

Coralie : Oui, totalement. Donc Keyena, c’est une société que j’ai créée en 2020. J’avais 21 ans et en fait, l’histoire, c’est que j’ai eu un cours d’entrepreneuriat en master. Donc moi, j’ai fait des études STAPS, un master management du sport. Et donc en master 1, on a un cours d’entrepreneuriat. Il faut développer une idée, un business plan. Et à ce moment là, je passe 70% de mon temps sur une piste. Je vis athlétisme, je mange athlétisme. Donc très vite me vient cette problématique qu’en fait, j’avais depuis longtemps, que je savais énormément d’athlètes avaient. On en avait déjà parlé entre amis. On s’était toujours dit comment ça se fait qu’il n’existe rien pour nous permettre de marcher en dehors des pistes avec nos pointes. Parce que la fameuse marche du pingouin ou du canard, c’est vraiment ce qui caractérise les athlètes quand ils se déplacent en dehors de la piste avec leurs pointes. Donc, pour le cours d’entrepreneuriat, je développe cette idée, je fais un business plan, j’imagine un produit. Et en fait, mes profs sont assez… s’interrogent et se disent mais t’es sûr que ça n’existe pas ? Parce que… Parce que ça fait sens, en fait. Donc, ils m’invitent à pousser ma curiosité un peu plus loin et c’est ce qui se passe. Je crois que là, on va dire le premier move que je fais, c’est que je vais voir l’INPI pour voir s’il existe en fait un tel produit ailleurs qu’en France.

Ermanno : L’Institut National de la Propriété Intellectuelle, c’est la garante des marques en France et de la propriété intellectuelle au sens large.

Coralie : Oui, c’est ça. Ça apprend les marques, les modèles, les brevets. Et donc, l’aventure commence un petit peu à ce moment-là où en fait, je suis assez curieuse. Je me dis bon, cette idée, pourquoi elle n’existe pas ? Moi, ce que j’ai dans ma tête, potentiellement, ça pourrait intéresser. Et derrière, je rencontre un bureau d’études et on développe la première sursemelle de protection pour les pointes d’athlétisme. Donc vraiment, c’est une surchaussure qui va venir en dessous des pointes. Donc les pointes d’athlétisme, c’est la chaussure technique avec des clous à l’avant qui permettent aux athlètes d’optimiser leur adhérence à la piste quand ils courent, sautent ou lancent. Et donc nous, on vient en dessous. Pour protéger et surtout rééquilibrer le pied et permettre aux athlètes de marcher plus confortablement avec. Et c’est même un outil de rangement. Et ça, c’est quelque chose que je n’avais pas prévu au début. C’est les athlètes qui me disent moi, ça m’est arrivé plein de fois de percer une bouteille d’eau, une canette, trouver mes affaires dans mon sac. Et du coup, ça paraît comme un outil de rangement aussi maintenant.

Ermanno : Puis même après, quand tu les ranges proprement à la maison, à côté de tes 872 autres paires de course à pied, de pointe et autres, au moins, elles tiennent droit. Elles ne sont pas à moitié à cheval. Totalement. C’est tout bête, en fait, comme tu le dis, mais ça fait carrément du sens. Et il n’y a pas que l’athlétisme qui pourrait bénéficier de cette solution-là, de cette innovation.

Coralie : Eh bien, c’est vrai que l’histoire, c’est que je me suis inspirée du patinage artistique. En fait, le patinage artistique, quand ils sortent de la patinoire, ils enfilent un couvre-lames. Donc moi, je me rappelle, c’est la première recherche que j’avais faite. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne marchent pas comme des pingouins, parce que pour le coup, le couvre-lames, ça n’empêche pas de marcher mal. Oui, et puis, je pense qu’il faut quand même garder l’équilibre à ce moment-là. Mais du coup, je me suis inspirée de ce sport-là. Et après, j’ai vraiment développé ce produit en me disant, voilà, je vais faire un produit pour l’athlétisme, l’athlétisme, l’athlétisme. Et en fait, petit à petit, on a des retours des personnes. Plus notre visibilité augmente, plus on a des personnes qui nous écrivent. Et un jour, il y a des cyclistes de route qui nous écrivent pour nous dire, mais en fait, est-ce qu’on peut utiliser votre produit ? Parce que moi, ça m’arrangerait bien. Quand je descends, mes escaliers de mon immeuble à Paris ou quand je vais se faire un col avec des amis. Et donc là, moi, je prends une petite claque parce que déjà, à ce moment-là, je ne connais pas beaucoup le cyclisme de route. Je n’avais jamais vraiment vu des cales. Et puis, je me rends compte qu’en fait, la problématique qu’on a dans l’athlétisme, elle se retrouve dans d’autres sports. Donc, forcément, le cyclisme fait partie des sports qu’on envisage de développer. Je sais aussi que dans le bobsleigh, le bobsleigh, c’est une discipline, c’est un sport particulier. Il n’y a pas beaucoup de pratiquants dans le monde. Mais eux, ils ont 200 clous en dessous de leurs pointes, de leurs chaussures. Et après, il existe aussi des crampons, toutes sortes de chaussures techniques pour le sport qui peuvent présenter des problématiques d’inconfort à la marche, comme en athlétisme.

Ermanno : Oui, parce que finalement, enlever les chaussures pour marcher, ça marche bien dans les pays où il fait chaud. Mais si on prend l’exemple de la France, tu ne peux pas toujours te permettre de finir pieds nus après ta séance.

Coralie : Voilà, c’est ça. Forcément, il y a des moments où les athlètes sont bien contents aussi d’enlever leurs pointes et ça leur va très bien. Mais voilà, nous, notre produit, les sursemelles, la K1, c’est une solution pour gagner du temps, pour gagner en confort ou des moments où on n’a pas le temps, où on n’a pas envie de les enlever. Et en fait, ça arrive bien plus souvent qu’on pense. La plupart des gens, d’ailleurs, aujourd’hui qui en achètent, ils me disent je vais en prendre une paire maintenant parce que j’ai pensé à toi la semaine dernière quand j’ai eu telle ou telle situation.

Ermanno : C’est le meilleur moyen de faire de la com, c’est de montrer le produit une fois et puis après se rendre compte qu’effectivement, il y a un pain, il y a quelque chose, il y a un problème à résoudre. Donc, on pense à Cayena et puis après, le bouche à oreille fait le reste. Oui, totalement. Là, ton produit, tu l’as conçu et développé et vendu en France. Vous en êtes où maintenant dans la commercialisation du produit et dans le développement de la société ?

Coralie : Oui, c’est vrai qu’on l’a conçu avec un bureau d’études français. Notre usine est en France, elle est à 30 milles de Lyon. Et en fait, on a vendu en France majoritairement au début, mais notre site internet était déjà ouvert sur l’Europe. Aujourd’hui, il y a des solutions de transport qui permettent très rapidement. Très facilement de vendre à l’étranger. Donc, à ce stade, là, ce mois de janvier, on va arriver à la fin. Je pense qu’on est à un peu plus de 2 300, 2 400 paires vendues majoritairement en France. Mais on a quand même un poids important dans les autres pays d’Europe. Et puis, on travaille aussi avec des revendeurs. Donc, on en a deux en France, comme Iron et Altrix. Et puis, on a le plus gros revendeur européen qui est Top Foreigning, qui, lui, vend partout dans les pays européens et notamment des pays de l’Est. Mais pas que. Vraiment, la France, l’Espagne, le Portugal aussi. Et du coup, on commence à être assez présent en Europe. Mais c’est assez drôle parce que je sais que dans ma région, il y a encore plein de gens qui n’ont jamais entendu parler du produit ou jamais vu.

Ermanno : Oui, mais ça va changer, ça va changer. Déjà avec votre investisseur, vous allez aussi attaquer le monde du football. Du coup, vous n’allez pas avoir le choix parce que dans le football, il y a des crampons.

Coralie : Franchement, on ne s’engage pas trop parce que moi, ce que j’ai fait pour l’athlétisme et ce que je vais faire pour le vétérinaire, c’est que j’ai fait pour l’athlétisme et ce que je vais faire pour le vétérinaire. Le vélos, c’est vraiment m’intéresser aux usages. Je fais vraiment de l’innovation par les usages. Et donc, certes, il y a des crampons. Certes, ce n’est pas non plus la chaussure la plus confortable, mais il faut vraiment voir quel est l’usage du footballeur, l’amateur, le semi-professionnel, le professionnel, pour savoir s’il y a un réel besoin et des attentes. Donc, je ne m’y aventurerai pas tant que je n’aurai pas étudié les usages et l’environnement football. Et ce n’est pas pour maintenant parce que je suis déjà bien occupée. Et ce n’est pas pour maintenant parce que je suis déjà bien occupée. Mais c’est vrai qu’en tout cas, je ne me l’interdirai pas si on sent qu’il y a un potentiel.

Ermanno : Pour revenir sur la surchaussure, pas celle d’athlètes, parce qu’on voit bien les pointes d’athlètes, les crampons sont à l’avant. Mais sur la surchaussure de vélo, vous vous adapterez à tous les types de cales ? Parce que pour avoir fait un peu de vélo, il y a les cales look qui sont triangulaires et puis il y en a qui sont plus fines, en métal, en plastique, etc. Vous vous adaptez à tous les types de cales ?

Coralie : Alors, on ne va pas s’avancer parce qu’on est en plein développement. Mais par contre, oui, aujourd’hui, c’est la même façon dont je vois le marché de l’athlétisme. On va être obligé et c’est pour moi un facteur clé de succès de pouvoir s’adapter aux différentes cales et aux différentes marques, comme on l’a fait dans l’athlétisme.

Ermanno : Il y a un vrai enjeu sur les tailles, les formes et les disciplines des chaussures. On suivra tout ça avec attention. Quel pont tu fais, toi, entre le sport de haut niveau et l’entrepreneuriat ? Ou inversement, parce que tu cours toujours. Donc, même si tu n’es plus officiellement athlète de haut niveau, je pense qu’il y a des moments, tu dois quand même faire des ponts entre l’un et l’autre.

Coralie : Ouais, totalement. Et puis, c’est encore pas si loin. Ma carrière d’athlète de haut niveau, j’ai vieilli, mais ça va encore. Je me rappelle bien. Non, totalement. C’est vrai que je m’en suis rendu compte de plus en plus ces deux dernières années parce qu’il y a eu des hauts et des bas dans l’athlétisme. Et c’est véritablement ce qu’on vit dans une carrière d’athlète de haut niveau. Et j’ai envie de dire, même dans la vie, on n’a pas besoin d’être athlète de haut niveau ou entrepreneur pour se rendre compte qu’il y a des hauts et des bas. Mais par contre, c’est vrai que d’avoir été construite dans le sport, construite dans le sport de haut niveau, m’a permis, me permet aujourd’hui, je pense, dans mon métier, d’avoir cette détermination, cette abnégation, je dirais même, et puis de pouvoir m’adapter. Je pense que, et notamment le 400mA qui est une discipline d’adaptation, je vois bien que dans l’entreprenariat, je m’adapte aux obstacles qui arrivent, même s’il y a du vent, même s’il y a des choses positives ou non. Je suis obligée de m’adapter et je vais de l’avant tout le temps. Je fais en sorte d’aller de l’avant parce que je me suis rendu compte très vite qu’il y a toujours des solutions et que surtout, c’est vraiment une question de point de vue. Donc, je trouve qu’il y a un énorme parallèle entre les deux.

Ermanno : Et d’autant plus que toi, tu as connu la blessure. Donc, il y a aussi la résilience face à la blessure. Et on pourrait faire le parallèle avec l’entreprise. Une levée de fonds qui se fait, une autre qui ne se fait pas. Un client potentiel, un revendeur potentiel qui te vend monts et merveilles. Et puis finalement, ça s’arrête juste avant de démarrer. On peut faire le parallèle avec la blessure dans le sport, non ?

Coralie : Oui, totalement. En fait, c’est même la frustration, la frustration dans le sport qu’on connaît quand on se blesse ou qu’on a fait une mauvaise performance. Il n’y a rien de pire que de finir une compétition, d’avoir fait une contreperf, de rentrer dans la voiture avec son coach. Personne ne parle et c’est un peu pareil dans l’entreprenariat. Tu sais que là, ça ne va pas, que ça va te ralentir, que ça va même peut-être impacter ton développement. Mais voilà, tu digères. Moi, je me laisse toujours 24 heures, je digère. Et par contre, derrière, il faut vraiment rebondir. C’est obligatoire pour moi.

Ermanno : C’est tout à ton honneur d’avoir cette maturité, cette clairvoyance, cette clarté d’esprit. Et c’est ce que je dis souvent aux invités que je reçois, c’est que le fait d’avoir été sportif de haut niveau ou même de l’être encore, on a l’impression que vous êtes, vous avez vécu déjà deux, trois, quatre, cinq vies et que vous avez énormément gagné en maturité.

Coralie : Je pense que c’est vrai qu’on dit toujours le sport, c’est de l’école de la vie. Dans l’athlétisme, on disait que c’était le cross. Et pour en avoir fait, je le confirme. Mais c’est vrai que le sport nous fait accélérer sur certaines choses, certaines compétences, personnalités aussi. Honnêtement, ça nous construit énormément. Je suis passionnée de sport de façon générale. Et je vois les vertus du sport. Alors après, il y a aussi les côtés assez négatifs. Mais pour autant, je pense que ça a énormément de vertus et ça rassemble.

Ermanno : On va se concentrer sur les côtés positifs. Moi, un autre côté positif que je vois aussi, c’est que contrairement à l’état d’esprit qu’on a plutôt en Europe vis-à-vis de l’échec, vis-à-vis de la contreperformance, finalement, c’est ultra formateur. Et puis, c’est l’essence même du sport. Tu ne peux pas gagner tout le temps. Donc, tu apprends à être confronté à ça, à l’échec, à rebondir et à cette fameuse résilience.

Coralie : Oui, totalement. Je me rappelle très bien, moi, quand tu dis ça, ça me rappelle des échanges que j’avais eus avec mon coach. Et puis, j’avais vu ça aussi en cours. Le simple cycle d’entraînement est la référence de l’échec et de la réussite. C’est-à-dire qu’un cycle d’entraînement, pour pouvoir progresser, il faut avoir une courbe ascendante, puis une courbe descendante pour ensuite repartir vers un pic de forme. Je ne sais pas si je l’ai bien expliqué, mais en tout cas, moi, c’est comme ça que je le vois. L’entraînement polarisé. Oui, c’est ça. Et en fait, l’entreprenariat, c’est la même chose. Il va y avoir des moments où on va être au top, mais derrière, pour se reposer des questions, pour se questionner et « reperformer », on est obligé de passer par des périodes un peu plus standards ou d’échecs, même si je n’aime pas trop ce mot.

Ermanno : Oui, avec la seule différence, c’est que dans le sport, en général, on s’accorde une fois dans la saison une vraie pause. De quelques jours, de quelques semaines, on va s’arrêter là. Dans l’entreprenariat, tu ne peux pas, tu es obligée d’être tout le temps ouverte.

Coralie : Oui, c’est vrai que c’est peut-être la vraie différence entre les deux. Le sport, nous, c’était le mois d’août, quand on est dans les compétitions internationales, tu coupes vraiment, tu vois ton corps changer, donc ce n’est pas terrible, mais tu coupes et tu sais qu’au moins, tu le reprendras avec l’envie. L’entreprenariat, c’est un gros pain point chez moi, c’est que j’ai vraiment du mal à couper pour deux raisons. D’une, parce que c’est vraiment mon bébé et j’y pense un peu tout le temps. Et puis, l’autre chose aussi, c’est que je gère encore énormément de choses. Je n’ai pas encore tout délégué, donc c’est assez dur. J’ai réussi de temps en temps à le faire. J’ai la chance d’avoir une entreprise dans l’industrie, ce qui fait que le mois d’août, toutes les usines ferment et forcément, l’activité est réduite un peu. Mais je n’ai pas encore réussi à avoir vraiment cette capacité de dire là, je prends une semaine, même si on est en février, ce n’est pas grave. Je n’arrive pas encore à le faire, ça.

Ermanno : Attends, ça tombe bien que tu viennes là-dessus, parce que je voulais y venir justement. Mais tout à l’heure, en début d’épisode, tu nous as parlé du staff, de se faire entourer. Donc, ça veut dire aussi de déléguer. Allez Coralie, il faut trouver non pas les bonnes personnes, il faut trouver le courage de déléguer.

Coralie : Oui, il y a une notion de courage, c’est vrai. Mais il y a une notion aussi d’articulation avec la réalité économique de l’entreprise. Parce qu’aujourd’hui, avoir des salariés, avoir une équipe en interne, ça coûte énormément. Et puis après, quand on a géré la société depuis le début et qu’on était sur tous les sujets, il y a aussi une éducation à faire des interlocuteurs. Et ça, c’est difficile. Des fois, j’ai l’impression que je réussis plus, que je vais plus vite dans certains process parce que c’est moi l’interlocutrice. Donc oui, il y a une notion de courage, je te l’accorde. Mais il y a vraiment une vraie articulation à faire. Et bon, c’est du temps, de l’argent, c’est un peu de tout en même temps.

Ermanno : L’essence même du podcast ? C’est comme je le disais, d’aider les sportives et les sportifs de haut niveau à partager un petit peu leur quotidien, voir comment est-ce qu’ils financent leur carrière. Toi, tu es plus sur le financement de la carrière d’une sportive de haut niveau. Par contre, tu es sur le financement de ta vie d’entrepreneur et de ta boîte. Quels conseils tu pourrais donner à des jeunes qui sont sportifs de haut niveau ou qui vont le devenir et qui ont aussi des vérités, des objectifs de devenir entrepreneur ?

Coralie : Alors déjà, quand on est sportif de haut niveau, je trouve que depuis quelques années, il y a beaucoup de choses qui sont mises en place. Les acteurs locaux sont de plus en plus importants. Ils sont de plus en plus présents. Moi, je me rappelle avoir été énormément aidée par mon club et le département de l’Eure et la région de Normandie. Et du coup, derrière, j’avais quand même fait des dossiers pour trouver des partenaires privés parce qu’il y a une réalité économique aussi quand on est athlète de haut niveau pour se déplacer, pour financer vraiment sa pratique. Et ceux qui veulent devenir entrepreneur, alors moi, je dis un truc, c’est que l’entrepreneuriat, ça reste quand même un sport de riches parce que… Il y a une vraie réalité, c’est que tu ne te payes pas avant un moment. Toutes tes économies, moi, c’est ce qui s’est passé d’étudiante. Je les ai toutes mises dans mon entreprise. Alors, ce n’était pas grand-chose à 21 ans, mais voilà, il faut être prêt à se dire que pendant un petit moment, tes ressources vont quand même aller vers l’entreprise. En France, il y a énormément de choses qui sont mises en place pour les startups et les sociétés. Franchement, là-dessus, on ne le dit pas assez, mais il y a vraiment beaucoup de dispositifs. Mais pour l’entreprise, à titre personnel, tu ne peux pas te verser de l’argent n’importe comment. Donc, c’est très difficile d’en vivre. Moi, honnêtement, j’ai eu la chance, c’est que pendant six ans, j’avais un compagnon et on vivait chez lui. Du coup, je n’avais pas de frais de loyer, d’électricité. J’ai eu beaucoup de chance là-dessus. Donc, il me permettait d’investir tout du peu que je gagnais dans ma société. Donc, je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. Je pense qu’il y a toujours des solutions. Mais c’est vrai que ce n’est pas la partie la plus simple. Moi, je n’avais clairement pas les finances pour me supporter sur toutes ces années. Donc, voilà pour moi la réalité d’un entrepreneur, en tout cas quand on est jeune. Parce qu’après, il y a des gens, ils ont mis des économies depuis un moment. Et voilà, ils peuvent quitter leur boulot et amortir pendant deux, trois ans.

Ermanno : Oui, c’est ça parce qu’il ne faut quand même pas l’oublier. En France, le plus gros investisseur dans les startups, c’est souvent Pôle emploi qui te permet d’avoir à peu près deux ou trois ans. Donc, tu as fait deux ans de visibilité sur un minimum de salaire et qui te permet de, comme tu disais, flécher toutes les autres ressources vers l’entreprise.

Coralie : Oui, c’est vrai que moi, ça a été un peu difficile puisque j’ai développé l’entreprise pendant mes études et que quand je suis sortie des études, je suis allée tout de suite dans mon entreprise. Je n’ai jamais eu le chômage, je n’ai jamais eu des aides personnelles.

Ermanno : Oui, tu n’as jamais été salariée, donc tu n’as jamais cotisé. Donc, tu ne pouvais pas bénéficier de cette assurance chômage.

Coralie : Exactement.

Ermanno : Encore une fois, c’est tout à ton honneur. La prochaine haie n’est pas trop loin et on est bientôt à la ligne d’arrivée. T’inquiète, ça va bien se passer.

Coralie : Pourtant, la dernière, elle fait peur, toujours.

Ermanno : Coralie, je termine toujours le podcast avec le même genre de questions. Si tu pouvais te projeter à côté de la, entre guillemets, petite Coralie de 20 ans qui a cette idée de surchaussure pour les pointes d’athlètes et qu’elle connaissait exactement le futur qui va lui arriver. Donc, la Coralie d’aujourd’hui qui était projetée à côté de la Coralie de 20 ans. Qu’est-ce que tu penses ? Qu’est-ce que Coralie de 20 ans dirait, te dirait, dirait de toi en te voyant ?

Coralie : Waouh !

Ermanno : Tu ne t’attendais pas à celle-là, tu la pensais dans l’autre sens.

Coralie : Oui, je me suis. Oui, exactement. J’étais en train de réfléchir à une réponse dans l’autre sens.

Coralie : Je pense qu’elle serait très fière de ce que la Coralie de 26 ans a accompli en quelques années. Et puis, dans l’autre sens, c’est assez drôle. Oui, je pense qu’elle serait fière et elle aurait envie, en tout cas, si elle devait se relancer à 20 ans, de le refaire. Il n’y a quasiment rien à acheter et elle referait pareil.

Ermanno : Et du coup, qu’est-ce que tu lui répondrais, toi, si elle te disait ça ? Si elle te disait, je suis trop fière de toi, regarde où tu en es, c’est génial, ça me donne la patate, donc j’y vais encore plus. Qu’est-ce que tu lui répondrais ?

Coralie : Je pense que je lui dirais que je la préviendrais, en fait. Je lui dirais ça va bien. Ça va être génial. Ça va être la meilleure aventure de ta vie. Ça va être très dur. Il y a des moments où, vraiment, tu vas douter, mais lâche pas. Clairement, lâche pas. Tu le verras, lâche pas. Ça vaut le coup.

Ermanno : Merci beaucoup, Coralie, pour cet échange. Où est-ce qu’on peut te retrouver, te suivre, suivre l’actualité de Cayenna ? Et puis, voire même passer à la caisse si on a envie. Alors, je précise que le podcast n’est pas sponsorisé. Je voulais juste te donner la parole à toi.

Coralie : Alors, Cayenna, on la retrouve sur notre site internet cayenna.com. Et puis, bien sûr, on a un autre site. On a nos réseaux sociaux sur le Instagram Cayenna avec deux tirés du 8. Et puis aussi, pour avoir vraiment l’actualité de Cayenna, je vous invite à vous inscrire à la newsletter. Vous pouvez vous rendre sur notre site internet dans le footer ou dans la page contact. Et vous inscrire à notre newsletter où on partage l’actualité de Cayenna, l’actualité sur l’athlétisme. Et voilà, on espère que vous vous régalerez.

Ermanno : J’espère que, du coup, le podcast apparaîtra dans la newsletter du jour où on diffusera l’épisode.

Coralie : Ça, c’est certain. Avec plaisir, en plus.

Ermanno : De toute façon, je remettrai tous les liens dans les notes de l’épisode. On te souhaite une bonne continuation. Et puis là, tu vas enchaîner sur l’entraînement maintenant, c’est ça ?

Coralie : Alors, juste avant, je viens de récupérer du stock de l’usine. Donc, je vais faire ma petite partie inventaire. Pas la plus drôle, mais voilà. Donc, je vais ranger le stock. Et puis ensuite, non, pas d’entraînement ce soir. Mais voilà, je vais aborder le week-end sereinement. Bon week-end. À très bientôt. Merci beaucoup. Merci beaucoup pour cette opportunité. Et puis, à très vite. Ciao. Salut.

Ermanno : Alors, on est tous d’accord, chaque athlète a une histoire unique, tout comme Coralie Gassama que vous venez d’entendre sur le podcast. Si son parcours vous a inspiré, rejoignez-nous sur les réseaux sociaux du podcast pour en discuter. Tous les liens sont dans les notes de l’épisode. Pour en découvrir davantage sur Coralie et tous les autres sportifs du podcast et les soutenir dans leurs défis, visitez le site vestiaires.org. On a besoin de vous. Chaque euro compte et 100 % des dons sont directement reversés aux athlètes. Le podcast Dans les Vestiaires, met en lumière ces héros du sport et ils ont besoin de votre soutien. Et le plus simple, c’est de partager leurs histoires pour les aider à briller sur la scène internationale. Et puis comme ça, tout le monde fera un peu partie de cette superbe aventure sportive et philanthropique. Partagez leurs épisodes, ça nous aide et ça les aide surtout eux. Allez, sportez-vous bien, entraînez-vous bien et on se retrouve bientôt pour un nouvel épisode. Salut les sportifs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.