#052 Nicolas BIFFOT – Judoka et étudiant de Haut Niveau – s03e14

Saison III
Saison III
#052 Nicolas BIFFOT - Judoka et étudiant de Haut Niveau - s03e14
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Cette semaine, je reçois Nicolas Biffot, judoka d’exception qui revient au plus haut niveau et étudiant à HEC Paris. 🥋 🎓

Avec un palmarès éloquent et une détermination sans faille, Nicolas ne représente pas seulement le sport de haut niveau mais également l’excellence académique.

🏆 Vice-champion de France Cadet, 7ème aux championnats de France Junior et récemment qualifié aux Championnats de France Universitaires de 1ère division après une victoire le 7 décembre dernier en -73 kg, Nicolas illustre parfaitement le défi quotidien de la poursuite du sport de haut niveau tout en fréquentant une grande école. Le soutien de sa famille et son amitié de longue date avec Patrice Esele-Sasa (#039 – s03e01) sont un fil rouge témoignant de l’importance d’un réseau solide pour la réussite dans le sport et les études.

Avec des responsabilités académiques et sportives pesantes sur ses épaules, Nicolas met en lumière les réalités souvent non dites du sport de haut niveau. Entre retour au plus haut niveau Français et International, Nicolas rêve déjà de JO pour 2028, faisant preuve d’un engagement qui inspire et défie. 🧐

💸 Les défis financiers ne sont pas absents de sa route, forçant Nicolas à jongler entre la nécessité de financer son cursus à HEC et ses ambitions sportives. Les prêts étudiants et l’auto-financement sont des réalités avec lesquelles de nombreux sportifs de haut niveau doivent, comme lui, composer.

📺 Enfin, Nicolas vient de lancer une chaîne YouTube pour partager son parcours et servir d’exemple pour d’autres sportifs. Son histoire met en lumière la nécessité du soutien et de la reconnaissance pour les athlètes qui travaillent dur pour réaliser leurs rêves. Retrouvez-la ici : https://www.youtube.com/@Nikobft .

Pour le suivre, la contacter et la soutenir, RDV sur https://biffot.vestiaires.org .

En termes de palmarès, quelques infos sur AllJudo : https://www.alljudo.net/judoka-57227-biffot-nicolas.html

Dans cet épisode, vous pourrez découvrir (chapitres de l’épisode) :

1. Accueil et présentation de Nicolas Biffot

2. Parcours sportif de Nicolas et ses réalisations dans le judo

3. Discussion sur la double pression sportive et amicale

4. La vie étudiante de Nicolas à HEC Paris

5. Équilibrer le sport de haut niveau et les études dans une grande école

6. Parcours académique de Nicolas et initiative d’aménagements scolaires pour sportifs

7. Financement des études et du sport, et les challenges qui l’accompagnent

8. Rôle de l’environnement familial et des proches dans la réussite

9. Objectifs sportifs de Nicolas et vision pour l’avenir

10. Conclusion et mot sur le soutien aux sportifs via le podcast

Grâce à Autoscript, on vous propose même de revivre l’échange que j’ai pu avoir avec Nicolas :

Ermanno : Salut les sportifs, c’est Ermanno et je suis très heureux de vous recevoir pour un nouvel épisode du podcast Dans les Vestiaires. Alors ça fait un peu plus d’une dizaine d’épisodes que le podcast est relancé pour la saison 3. On a ouvert avec Patrice Esele-Sasa, qui est un sportif de niveau en athlétisme qui se prépare pour une qualification aux Jeux Olympiques. Et puis, au gré des échanges, des conversations, de ces bons moments passés avec Patrice et avec d’autres personnes, notamment sur les réseaux, eh bien j’ai pu faire la connaissance de l’un de ses amis d’enfance, on va dire. Il est vice-champion de France Cadets en judo, il est septième au championnat de France junior, il est septième au championnat de France universitaire. Je passe toutes les médailles et tout le palmarès, on va en parler avec lui. Je suis très heureux de tendre le micro à Nicolas . Salut Nicolas !

Nicolas : Salut Ermanno ! Merci beaucoup pour l’invitation pour ce podcast aujourd’hui. C’est vrai qu’on a eu la chance de se connaître avec mon ami Patrice. Et je suis super content d’être là pour cette petite discussion qu’on aura.

Ermanno : Bon, tu vas avoir la double pression là, parce que non seulement Patrice est déjà passé et donc il va falloir que tu fasses mieux que lui. Et puis en plus, tu m’avouais en off que tu lui as fait quelques petits commentaires sur sa prestation. Et donc, attention, maintenant lui va avoir l’oreille attentive sur la tienne.

Nicolas : Exactement, je lui ai fait quelques petits commentaires, il m’avait demandé comment j’avais trouvé son épisode. Je lui avais dit ce que j’avais aimé, ce que j’avais un peu moins aimé. Donc, je vais essayer de faire mieux, en tout cas de mon côté. Et j’espère qu’il me dira que j’aurais été bien meilleur que lui.

Ermanno : Bon, quand même, à l’occasion, Patrice, on te salue. On espère que ces derniers temps se sont bien passés pour toi. Je sais que vous êtes passé par une période de partiel, donc que tout s’est bien passé. Mais tout ça, ça me permet d’ouvrir la voie à une chose. Vous, vous avez eu une période de partiel, parce que les auditrices, les auditeurs ne l’ont peut-être pas encore compris. Mais en dehors d’être amis dans la vie, de ne pas partager forcément le même sport, mais d’être tous les deux sportifs. Vous partagez quelque chose aussi au quotidien, tous les deux.

Nicolas : Exactement, Patrice et moi, on est dans la même école. Je suis actuellement avec lui à HEC Paris. On est les premiers sportifs. Moi, je suis judoka depuis maintenant 18 ans. Je suis judoka et lui sprinter. Et on est les premiers sportifs à avoir un aménagement scolaire à HEC Paris.

Ermanno : Écoute, on va pouvoir revenir un petit peu sur tout ça, sur l’impact d’être sportif de niveau quand on intègre une grande école en France. D’avoir ce double projet, d’avoir même un triple projet, parce qu’être sportif de haut niveau, c’est pratiquer du sport, c’est exceller, mais c’est aussi partir à la recherche de partenaires et de financement. Et toi, en plus, comme Patrice, tu es étudiant, donc bravo, félicitations les gars. Mais juste avant, tu vois, je te retends le micro pour que tu nous en dises plus sur toi. Qui es-tu ? Que fais-tu dans la vie ? Quel âge as-tu ? Enfin bref, dis-nous tout. Qui est Nicolas Biffot ?

Nicolas : Merci pour m’avoir tendu le micro. Moi, je m’appelle Nicolas. Je pratique maintenant le judo depuis 18 ans. J’en ai 23, j’ai commencé tout petit. C’était mon premier sport. Mon père était judoka aussi. Il était champion national au Gabon. Donc, c’était tout naturellement que j’ai commencé le judo. J’avais un peu pas trop le choix à ce moment-là. Mais j’ai vraiment adoré petit à petit ce sport. Enfin, c’est un peu le sport que tout le monde fait quand il est petit. Et moi, j’ai continué lors de la compétition. Comme tu l’as dit tout à l’heure, j’ai pu être vice-champion de France. J’ai aussi été médaillé de bronze au championnat de France junior. J’ai participé au championnat. J’ai été en première division senior. J’ai aussi eu la chance de passer par plusieurs structures de haut niveau qui sont créées par la Fédération française du judo. Je suis passé par le Pôle esport d’Ile-de-France à Bretigny-sur-Orge. Et j’ai aussi intégré le coéquipe national de l’INSEP où j’ai pu notamment énormément progresser et m’entraîner au contact d’énormément de champions. Ça, c’est un peu pour la partie sportive. J’ai aussi été dans l’équipe de Dauphine où j’ai pu participer au championnat de France universitaire. J’ai fait 7e. Et là, actuellement, je suis dans l’équipe d’HEC Paris où j’ai pour… Participé au championnat d’Ile-de-France universitaire pour espérer me qualifier au championnat de France en décembre prochain. Après, au niveau des études, je suis passé aussi par le parcours talent de Paris-Dauphine qui est un parcours qui permet aux sportifs, aux artistes, aux entrepreneurs de conjuguer le sport à les études. Au lycée, j’étais au Pôle esport, comme je l’ai dit. Et aussi, cette année, en septembre, j’ai intégré HEC Paris où je bénéficie d’aménagements. J’ai deux jours de cours par semaine. Et le reste du temps, je peux m’entraîner entre 15 et 18 heures selon s’il y a des compétitions ou pas à la fin de la semaine.

Ermanno : Ouais, alors tu nous dis que tu as deux jours de cours par semaine. C’est vrai que c’est un sujet qu’on n’avait pas poussé avec Patrice. Mais est-ce que ça veut dire que ton cursus à HEC dure trois ans comme tout le monde ? Ou est-ce que c’est un parcours qui est plus rallongé ? On avait à ce micro, par exemple, Romain Guillot qui a intégré l’INSA Lyon en tant que sportif de haut niveau. Lui, il est parti pour dix ans. Alors, on parle aussi de la prépa intégrée, mais lui, il est parti quasiment pour dix ans d’études. Toi, est-ce que ton temps d’études à HEC en ayant intégré HEC Paris, en tant que sportif de haut niveau, avec un aménagement d’emploi du temps, va rallonger ton temps d’études ou tu restes sur trois ans comme tout le monde ?

Nicolas : Mon temps d’études, il va être un petit peu rallongé. Pas beaucoup, puisque ce qui se passe, c’est que déjà, même les étudiants, on va dire en cursus initial, n’ont pas énormément de cours, sauf qu’ils sont plus répartis sur le temps de la semaine. Donc, peut-être qu’ils auront trois heures de cours le jeudi ou une heure et demie le vendredi, voire des fois, des journées où ils n’auront pas cours. Nous, ce que les responsables pédagogiques ont fait, c’est qu’ils ont tout concentré sur ces deux journées. Donc, on a deux grosses journées, selon les étudiants. J’ai eu plusieurs autres journées qui étaient un peu plus grosses, mais en tout cas, on a deux grosses journées. Donc, moi, ça va me permettre de faire mon cursus en un an et demi, enfin, mon master en un an et demi environ. J’aurai quelques matières à rattraper l’année prochaine. Mais globalement, j’arrive, je ne vais pas faire dix ans d’études à HEC, si en tout cas, c’est la question.

Ermanno : Il y a un coût aussi à HEC. C’est un sujet qu’on avait à peine touché du doigt avec Patrice. Mais vu que tu es là, j’en profite pour recycler un petit peu mes questions et pour aller plus en profondeur. Vous, est-ce que vous financez votre master à HEC ou est-ce que, justement, ça fait partie des aménagements que propose HEC pour les sportifs de haut niveau ?

Nicolas : Pour l’instant, vu que c’est un parcours qui vient juste d’être mis en place, on finance entièrement notre cursus, comme tous les autres étudiants. De ce côté-là, on n’a pas, pour l’instant, de bourses qui sont mises en place parce qu’on a ce statut-là au sein d’HEC. C’est vraiment, comme je l’ai dit précédemment, quelque chose de tout nouveau. Donc, pour l’instant, on finance, comme tous les étudiants, par un prêt étudiant. Et voilà. Pour l’instant, ça se passe comme ça. Mais peut-être, en tout cas, ça doit peut-être être sûrement en discussion. On en a discuté avec le responsable pédagogique du parcours. Ça prendra sûrement son temps. Mais il y aura peut-être des solutions pour nous permettre d’avoir un financement de la part, peut-être, pourquoi pas, de la fondation HEC. C’est en discussion et ce n’est pas du tout sûr pour le moment.

Ermanno : Du coup, est-ce que tu veux bien nous partager le coût d’un tel diplôme ? Si on arrondit en année universitaire ou en coût global, si tu l’as déjà élu ?

Nicolas : Oui, c’est disponible sur Internet et partout sur le site d’HEC. C’est une année à HEC, ça va environ 25 000 euros. Donc, c’est un investissement, bien sûr, qui est assez conséquent. Après, comme tout étudiant HEC, on espère pouvoir le rembourser lorsque l’on rentrera sur le marché du travail. C’est vrai qu’en tant que sportif de niveau et surtout en tant que sportif en sport-études à HEC, on aimerait bien pouvoir continuer notre parcours, peut-être, après notre année de diplomation. Donc, c’est vrai que c’est quelque chose qu’on a intégré, mais ça ne nous dérange pas du tout.

Ermanno : Du coup, on brûle un peu les étapes des questions habituelles, mais vu qu’on est sur le sujet, restons-y. Tu l’as dit, quand on est sportif de haut niveau, on a quand même un rêve, après ses études, c’est de continuer sa carrière de sportif de haut niveau. Donc, forcément, ça met peut-être un peu d’incertitude. En tout cas, je ne sais pas comment tu l’as vendu à ton banquier, mais ça met quelques incertitudes sur le poste diplôme. Normalement, les étudiants, une fois diplômés, trouvent un travail. Ceux issus des grandes écoles, que ce soit de commerce ou d’ingénieur, souvent capitalisent là-dessus pour pouvoir rembourser leurs prêts étudiants et puis avoir une carrière beaucoup plus élitiste, on va dire. Toi, ton objectif, et j’imagine celui de Patrice et Célès Sassa et d’autres sportifs et sportifs de haut niveau qui sont dans d’autres structures en France, c’est de continuer sa carrière de sportif ou de sportif de haut niveau. J’envisage justement la suite. Comment est-ce que tu vas rembourser ton prêt étudiant, finalement ? Est-ce que tu vas prendre plus de temps que les autres ? Est-ce que tu vas continuer dans un double projet qui sera professionnel et sportif ? Est-ce que tu n’y as pas encore pensé ? Tu attends juste que ton banquier te rappelle ? Dis-nous tout.

Nicolas : Pour être honnête, c’est vrai que pour l’instant, je n’ai pas encore énormément pensé. J’essaye à fond de me concentrer sur mon retour en tant que sportif, sur ma carrière en tant que sportif. On a déjà beaucoup d’autres choses auxquelles penser, les études, le sport, notre vie personnelle aussi. Je n’ai pas encore pensé. J’ai peut-être quelques petites pistes. J’aimerais bien pouvoir mettre en valeur mon parcours en tant que sportif sur les réseaux sociaux, montrer aussi le parcours d’un étudiant sportif à HEC Paris, ce qui est quelque chose d’assez peu courant, en tout cas en France, voire d’innovant. Pour l’instant, j’aimerais bien, peut-être, j’aimerais y penser comme ça. Peut-être, pourquoi pas, mettre en place des partenariats avec mon futur employeur, si je rentre sur le marché du travail, et peut-être aménager un parcours en tant que travailleur sportif. Je sais que certains sportifs de haut niveau arrivent à le faire. Ce sont des petites pistes, mais je ne m’y suis pas encore penché sérieusement. J’essaye de prendre vraiment chaque étape l’une après l’autre pour éviter de me mettre une pression supplémentaire, alors que entre les compétitions, les entraînements, les partiels, on a déjà beaucoup de choses à gérer.

Ermanno : Plutôt que de tirer un peu des plans sur la comète, sur l’avenir, on va revenir dans le présent, ou même peut-être un peu dans le passé. J’aimerais que tu nous expliques comment est-ce que tu as découvert le sport. Avec un papa champion national du Gabon en judo, comme tu l’as dit, forcément, tu étais un petit peu incité à faire du judo. Ça ne veut rien dire. J’ai quatre enfants, j’ai fait du triathlon, de la natation, de la course à pied, du vélo, du swimrun. Il n’y en a qu’un qui a un peu suivi et encore, il a vite arrêté. Donc ça ne veut rien dire. Mais non, mais plus sérieusement, comment est-ce que tu as découvert le sport ?

Nicolas : Je dirais que mon premier souvenir c’était justement pas sur un tapis de judo, puisque mes parents voulaient vraiment que malgré le fait qu’il y ait le judo, que je pratique vraiment plein de sports différents. Et je dirais que mon premier souvenir, c’était plutôt sur un… C’était à la gymnastique. Parce que j’ai fait aussi de la gymnastique artistique quand j’étais petit. Et je me souviens encore faire les roulades sur les tapis. Je pense que c’est vraiment le premier souvenir sportif que j’ai. Après, j’ai fait un petit peu de natation aussi, comme plein d’enfants, pour apprendre à nager. Donc oui, je pense que j’ai vraiment découvert le sport comme ça. Mes parents voulaient vraiment que je fasse du sport depuis tout petit. C’était vraiment important d’avoir, je dirais, à ce moment-là, c’était pas leur credo d’avoir un esprit sain dans un corps sain, mais que je puisse me défouler parce que j’avais plein d’énergie à l’école. J’étais un peu turbulent. Donc c’est vrai que pouvoir faire du sport, ça m’aidait un petit peu à me canaliser. Et donc voilà, judo, gym, basket, natation, je suis un peu passé partout avant, un peu plus tard, de me focaliser plus sur le judo.

Ermanno : Bon, tu sais qu’à ce micro, en termes de judoka, on a déjà reçu Anne Fatoumata Mbayro, qui, elle aussi, a commencé par la gymnastique avant de pousser les portes d’un dojo. Donc, il y a quelques points communs, en fait, au niveau des judokas.

Nicolas : Comme quoi, finalement, je pense que, et ça se trouve, peut-être que d’autres sportifs de haut niveau et d’autres grands champions ont aussi passé par la gymnastique. Mais oui, c’est vrai que je me souviens que mon professeur de judo, il me disait, c’est super bien que tu fasses de la gymnastique parce que, que ce soit sur la souplesse, la force, on en avait besoin aussi en tant que judoka. Et il m’encouragait même à faire de la gym. En tout cas, lorsque j’étais petit, après, il a fallu justement faire un peu plus un choix. Mais je pense que, vraiment, que oui, la gym et le judo,

Ermanno : sont vraiment complémentaires. Tu commences par la gym, tu fais un petit peu de tout, du basket, de la natation, t’arrives devant un dojo, tu pousses la porte, tu rentres, t’avais 5 ans, si j’ai bien fait mes calculs, t’en as 23, ça fait 18 ans que t’en fais, donc t’avais 5 ans. Un peu comme un fatoumata, d’ailleurs. Qu’est-ce qui a fait que, finalement, t’es resté dans le dojo ?

Nicolas : Je m’en souviens vraiment parfaitement de ce souvenir. C’était vraiment un souvenir que j’avais quand j’étais tout petit. Je me souviens plus de l’âge, mais j’étais assez jeune, vers les 12-13 ans, quelque chose comme ça. C’était la première fois, donc on parle pas de niveau national ou même niveau international. J’avais été champion de cinéma, donc vraiment champion départemental. Déjà, ça a été une expérience incroyable de monter sur la première marche du podium. C’était fou. En tout cas, j’étais dans un club qui n’était pas du tout compétiteur à l’époque, donc c’était déjà un résultat énorme pour mon club. Et j’avais été sélectionné par l’équipe départementale. Il faut vraiment savoir que, pour moi, à ce moment-là, c’était incroyable, vraiment, de partir en déplacement à 12-13 ans, d’aller sur des compétitions. On était allés à l’Île d’Oléron, donc je m’en souviens vraiment parfaitement. Et justement, sur cette compétition qui était qualificative pour l’équipe, pour partir après à la Coupe de France minime par équipe, j’avais gagné cette compétition. Et je me souviens de tous mes amis qui, derrière moi, m’encouragaient pour la finale que j’avais finalement gagnée. Et je pense que c’est vraiment ce souvenir qui… Enfin, cette victoire et toutes les sensations que j’avais ressenties lors de cette compétition qui m’ont vraiment fait comprendre que, waouh, j’avais vraiment envie de continuer le judo. Et de continuer vraiment aussi à faire de la compétition.

Ermanno : Bon, ça, c’était ton premier shot. Tu sais, ce qu’on dit, c’est qu’un peu dans le sport, c’est comme les drogués. On ressent ce premier shot d’adrénaline. Alors, c’est pas forcément la première fois qu’on pratique, mais à un moment, ça nous arrive. C’est un peu mêlé avec la sensation de flow. Et puis, tout le reste de notre vie sportive, c’est finalement une quête éperdue pour retrouver cette sensation du début. Comme un drogué qui se fait son premier shoot et qui, après, continue parce que, aussi, il voudrait retrouver cette sensation de la première fois. Toi, t’as continué de 12 à 23 ans. Ça fait 11 ans que tu continues à pratiquer de plus en plus à haut niveau. Il y a quelque chose qui m’a marqué quand on a pu échanger un petit peu tous les deux. Tu m’as dit à ce moment-là, tu gagnes quelques compétitions, mais malgré tout, t’es pas forcément le meilleur de ton groupe, de ton équipe. Mais tu t’acharnes. Tu passes à 6 entraînements par semaine. Donc, 6 sur 7. Et puis, tu viens aux entraînements parfois tout seul, alors que d’autres ne viennent pas, ne sont pas là. Il n’y a pas de créneau. Mais toi, t’es là. T’es dans le dojo. Tu t’entraînes. Tu donnes tout. Tu y vas dur. Qu’est-ce qui a fait qu’étant gamin, t’es dans cet état d’esprit, t’as cette envie, t’as cette rage. T’as juste envie

Nicolas : d’être le meilleur. À ce moment-là, c’est vrai que, finalement, j’aurais du mal un petit peu à mettre un terme là-dessus, mais c’était quelque chose qui me paraissait un peu naturel. Comme je l’ai dit, j’étais dans mon club. J’étais pas encore en structure. Il faut savoir que oui, dans le judo, il y a plusieurs structures pour pouvoir atteindre le plus haut niveau avant l’INSEP. Il y a les Pôles Espoir, ensuite le Pôle France, et après, si on a la chance d’être sélectionné, on peut atteindre l’INSEP ou le collectif national de l’INSEP. À ce moment-là, j’étais pas du tout encore en structure. J’avais changé de club pour pouvoir aller dans un autre petit club de département, mais qui était un peu plus gros que celui dans lequel j’étais. J’étais déjà le plus nul encore une fois dans ce club-là. Et pour pouvoir progresser, je m’étais dit, il faut vraiment que j’aille m’entraîner plus que les autres. Donc, c’était une entente. Je pouvais aller m’entraîner dans tous les clubs des alentours, et j’y allais, j’y allais. Et petit à petit, j’avais rencontré une autre personne qui s’entraînait, du coup, dans la structure du Pôle Espoir d’Ile-de-France, à Bretigny-sur-Orge. Et il m’avait dit que là-bas, on pouvait aller s’entraîner. Il y avait des entraînements qui étaient ouverts au public, et qu’on pouvait du coup progresser là-bas. Donc, petit à petit, j’y suis allé. Mon entraîneur de club, à ce moment-là, ne m’y amenait pas forcément. C’est normal, ils avaient d’autres entraînements à gérer. Et donc, j’y allais tout seul. On m’accompagnait, mais j’étais le seul de mon club à y aller. Et c’était vraiment un moyen pour moi de progresser. Et c’est parce que j’avais envie de retrouver ces sensations, de gagner en compétition, de m’améliorer. À ce moment-là, c’était vraiment juste parce que j’avais envie de devenir un meilleur judoka, et que je savais qu’en allant là-bas, je pouvais progresser. Et c’était vraiment… J’étais vraiment mu par cette envie de progresser, et juste de m’améliorer en tant que judoka, et de gagner encore plus en compétition.

Ermanno : Quel état d’esprit, déjà, gamin ? Faut croire que ça t’a pas quitté, parce qu’au-delà du sport, il y a aussi le côté études, et j’ai l’impression que c’est la même stratégie que tu as mis en place. D’ailleurs, on va revenir un petit peu sur cette partie-là après. Tu t’entraînes, tu progresses, t’intègres le pôle départemental de… Ouais, le pôle d’Île-de-France de Bretigny-sur-Orge. La marche d’après, tu l’as dit, c’est le pôle espoir, et puis après, c’est l’INSEP. Comment tu as franchi ces étapes-là ?

Nicolas : Alors, ça a été vraiment long. Je dirais que ça a pris vraiment beaucoup de temps, déjà, quand je suis rentré au pôle espoir d’Île-de-France. Encore une fois, c’est de dire que c’était vraiment pas facile. J’avais été, ma première année, je suis resté là pas trois ans, toutes mes années de lycée, et la première année, j’étais vraiment le plus mauvais des judokas, mais ça m’a pas empêché. J’avais été le seul pour être assez transparent, j’avais été le seul à ne pas me qualifier au championnat de France, de judo à ce moment-là, et c’était quelque chose d’assez anormal, puisque tout le monde devait se qualifier, c’était vraiment la… la marche évidente pour tout le monde de se qualifier au moins au niveau national, quand on était dans un des meilleurs pôles espoir de France. Mais j’ai vraiment continué à persévérer, continuer à m’entraîner vraiment dur, et tout en essayant de conjuguer un bon niveau scolaire, parce que comme tu as dit précédemment, j’avais vraiment envie aussi déjà d’atteindre des bonnes écoles à ce moment-là, et de continuer à maintenir un bon niveau. Je voulais pas mettre de côté les études, surtout que, en tant que judoka, c’est pas forcément comme d’autres sports qui permettent d’en vivre. C’est très difficile de vivre du judo, donc c’était vraiment important pour moi de rester à un bon niveau scolaire. L’année suivante, j’ai été vice-champion de France, donc je suis passé vraiment de non qualifié au championnat de France à vice-numéro 2 national en une année. Et j’ai été après, j’ai eu mon baccalauréat, des années junior, donc U21 pour ceux qui connaissent un peu moins le judo, qui ont été assez difficiles au départ, puisqu’il fallait coupler les études, enfin j’ai pas été directement pris à Dauphine, donc il fallait coupler des études assez exigeantes en économie-gestion à l’Assas, au départ, sans aménagements sportifs, et continuer à maintenir mon niveau, voire progresser, pour pouvoir être de nouveau parmi les meilleurs nationaux. Donc ça a pris vraiment beaucoup de temps, j’ai après intégré Dauphine, j’ai eu la chance d’intégrer le parcours talent de Dauphine, et à partir du moment où j’ai eu de nouveau des aménagements sportifs, c’est là que j’ai pu vraiment conjuguer les deux, je pouvais m’entraîner 15 à 18 heures par semaine, continuer à être dans une très bonne formation, et c’est cette année-là que j’ai pu atteindre l’INSEP, et après être médaille de bronze au championnat.

Ermanno : Je pense à la fin de cette année. Autour de tout ça, on en parlait un petit peu en off, je crois que l’environnement, et notamment l’environnement des proches, en particulier l’environnement familial, joue beaucoup. C’est aussi un sujet qu’on n’a pas beaucoup abordé avec Patrice, mais de ton côté, qu’est-ce qui a fait que tu as pu avoir cet état d’esprit, que tu as pu évoluer comme ça, que tu as pu grandir avec ces rêves que tu as réalisés, tu n’as pas vécu avec des rêves, tu as rêvé ce que tu voulais faire, tu as rêvé ce que tu voulais faire, et tu l’as réalisé. Est-ce que, justement, tout cet environnement autour de toi, familial, amical, les proches, de manière générale, a eu un impact important et significatif ?

Nicolas : Je dirais que ça a été… J’essaie vraiment de trouver le bon mot, mais ma famille, sans ma famille, je n’aurais pas pu arriver là où j’en suis aujourd’hui. Je pense que c’est le cas pour beaucoup d’athlètes, mais je le dirais encore, peut-être même plus pour moi, que ce soit pour mon père ou ma mère, toujours été là pour pouvoir m’emmener aux entraînements, surtout qu’il faut savoir que j’étais très loin de mon club, donc même s’il y avait la structure régionale, avant même de rentrer dans la structure régionale, forcément, j’étais au collège, je n’avais pas le permis, donc c’était mon père, ma mère, qui m’emmenait à droite, à gauche pour les entraînements, donc il fallait que j’aille en cours, que je révise mes devoirs, donc dès que je revenais des cours, je révisais mes devoirs, et après, je devais aller à Melun, dans le 77, je devais faire 20, 15 kilomètres pour aller à un entraînement de 20, à 22 heures, donc c’était mes parents qui m’emmenaient, qui me ramenaient, qui me permettaient de pouvoir poursuivre ma passion à fond, sans me poser de questions, sans me poser des questions qu’on pourrait penser basiques, mais qui finalement sont cruciales pour pouvoir continuer à s’entraîner, surtout quand on est jeune, donc sans eux, je n’aurais pas pu, et même après avoir intégré le Pôle Esport d’Île-de-France, mon père est aussi un passionné de judo, ma mère s’occupait de toute la logistique, que ce soit sur l’achat des boissons énergisantes, toute l’administratif à gérer, donc ces choses-là, sans eux, je n’aurais vraiment pas pu atteindre ce niveau-là, parce qu’il y avait tellement d’obstacles, surtout quand on n’est pas encore numéro 1, ou même dans le top 5 national, que sans eux, il fallait des fois que j’aille à 40 kilomètres pour pouvoir m’entraîner, et c’est vrai que sans cet environnement-là, et même encore aujourd’hui, dans ma pratique, sans les personnes qui sont autour de moi, la personne qui partage ma vie, ou même mes parents qui au quotidien me motivent, je ne pense pas que j’aurais pu autant poursuivre ma passion et poursuivre mes rêves, que ce soit d’ailleurs sur le plan sportif, ou même sur le plan scolaire.

Ermanno : Et tu sais que ce n’est pas fini, tu es encore en études, tu es dans la fleur de l’âge pour progresser en tant que sportif de haut niveau, donc tu sais que tu peux compter sur eux.

Nicolas : Exactement, et c’est justement, peut-être qu’on abordera ça après, mais dans cette deuxième partie, j’ai envie de dire, en tant qu’étudiant en sport-études, c’est vrai que les avoir à mes côtés, c’est d’autant plus motivant pour pouvoir revenir au plus haut niveau, et vraiment avoir ce soutien, ce moral aussi, lorsqu’il y a des difficultés, pour pouvoir les surpasser, et même aller, parce que c’est vrai que des fois, tout seul, c’est vrai que se forger un mental d’acier, c’est quelque chose de très important pour un sportif de haut niveau, mais je pense qu’on sous-estime aussi beaucoup l’impact que peut avoir l’environnement, que ce soit surtout familial, ou même plus personnel, sur notre réussite en tant qu’étudiant, et surtout sportif.

Ermanno : Tu m’as fait une transition de feu, tu nous as dit, pour revenir au plus haut niveau, on a compris que tu as fait une première année de post-bac à Assas, ensuite tu as intégré Dauphine dans le parcours talent, et donc avec un agenda des horaires aménagés, et puis ton rêve, c’était d’intégrer HEC, qu’est-ce qui s’est passé entre Dauphine et HEC ? T’as continué à étudier, t’as continué à progresser en judo, et à concourir au plus haut niveau, ou il y a eu un petit break ?

Nicolas : Non, il y a eu un petit break, il faut savoir qu’aujourd’hui, et surtout avant, pour pour arriver à conjuguer le sport et les études, on pouvait le faire à Dauphine, on peut le faire dans d’autres écoles, l’INSA Lyon, il y a aussi d’autres écoles, je dirais, l’Université Paris-Descartes, le CEREN,

Ermanno : le M Lyon, il y a beaucoup d’écoles de haut niveau qui sont connues en France.

Nicolas : Mais c’est vrai que moi mon rêve c’était d’atteindre HEC, d’arriver à HEC Paris, et c’était une école qui ne permettait pas du tout de conjuguer le sport et les études, donc pour pouvoir essayer vrai qu’il fallait donc avoir juste un niveau scolaire qui était excellent, et c’est vrai que quand on fait du sport, et qu’on pratique les études, qu’on a un double parcours en tant que sport-études, on a un niveau, on a notre niveau sportif, on a un niveau scolaire, mais c’est difficile d’avoir le niveau scolaire requis pour pouvoir rentrer dans cette école, surtout pour passer par la prépa, c’est vraiment quelque chose qui est pas du tout, c’est vraiment quelque chose qui est opposé avec le parcours de sportif, donc j’ai dû faire un break dans ma pratique en tant que sportif, j’ai dû faire une pause pour pouvoir me concentrer sur les études, à ce moment-là ça a été très difficile, mais c’était assez frustrant pour moi de me dire que ce petit temps en plus, cet investissement mental que je devais mettre dans le sport ou dans les études, ça va savoir, j’étais assez jeune à ce moment-là, mais de me dire que sur mon dernier podium des championnats de France, j’étais le seul à faire des études, et que cette petite marche pour aller plus loin qui me permettait d’être champion de France dans les études, ou champion de France sur le plan sportif, c’est quelque chose qui était inatteignable, ça m’a beaucoup frustré, donc j’ai décidé de faire un break à ce moment-là, me concentrer sur mes admissions et sur mes concours pour rentrer à HEC Paris, pour pouvoir revenir vraiment encore plus fort et pouvoir reprendre un parcours en tant que sportif de haut niveau, mais cette fois en ayant accompli un de mes rêves, et pour pouvoir après me laisser le temps et me laisser la disponibilité mentale pour pouvoir vraiment atteindre mon second rêve de réussir dans le sport et de réatteindre le plus haut niveau sportif.

Ermanno : Tu sais pourquoi ça n’a pas marché ? Tu as fait un lapsus, tu l’as dit, tu voulais être champion de France d’études et champion de France de sport. C’est ça. Non, non, non. Tu veux être champion du monde, voyons Nicolas, tu veux être le meilleur des meilleurs, dans toutes

Nicolas : disciplines confondues. Exactement, mais à ce moment-là, c’est vrai que HEC était, on va dire, champion de France, c’était l’école numéro une dans les études au niveau français, et c’est vrai que je reprenais un petit peu

Nicolas : le podium aux médailles de bronze au championnat de France junior, le dernier podium que j’avais fait, mais oui, c’est vrai qu’être champion de France junior, champion du monde, et même arriver au plus haut niveau sportif, c’est exactement ce que je veux faire, et c’était quelque chose à ce moment-là qui était assez compliqué.

Ermanno : Bon, donc du coup, on l’aura compris, tu as pris un break sur ta carrière sportive d’un an pour te concentrer sur ton admission dans l’une des plus grandes écoles de commerce en France. Tu me disais en off qu’il n’y avait pas que HEC que tu convoitais, malgré tout, tu as été accepté à HEC, comme Patrice, hasard des choses, c’est ton meilleur ami, aussi, en vrai, dans la vie, depuis, des années. Donc du coup, vous êtes deux sportifs de haut niveau, à intégrer ce nouveau cursus études et sport de haut niveau à HEC, et en plus, vous êtes potes dans la vraie vie depuis longtemps. Ça fait quoi, se retrouver à deux ? Est-ce que ça joue, justement, dans ce dont on parlait tout à l’heure, notamment du support des proches dans tes projets ?

Nicolas : C’est vrai qu’en plus d’avoir mes proches, ma famille qui m’entoure dans ce double projet que j’ai, avoir un ami qui, au quotidien, vit les mêmes difficultés, que nous, pouvoir être ensemble en classe, et même aussi, lorsque l’on s’adresse à l’administration, pour leur parler de nos compétitions, nos difficultés, ça aide beaucoup, c’est un gros soutien moral, et c’est vrai que pouvoir être à deux dans ce projet, ça aide d’autant plus pour pouvoir se motiver au quotidien, et même quand il y en a un, ça arrive dans la carrière d’un sportif, et surtout lorsque l’on fait, on a un double parcours exigeant sur le plan sportif ou scolaire, on peut avoir des fois des baisses de morale, et surtout, être à deux, ça nous motive à aller, vraiment, à jamais rien lâcher, de pouvoir atteindre le plus haut niveau dans les deux domaines, et je pense que c’est justement quelque chose qui est vraiment important pour un sportif, d’être bien entouré au quotidien, et ce, sur vraiment tous les domaines de sa vie, que ce soit professionnel, sportif, scolaire, enfin, vraiment tout.

Ermanno : Du coup, vous ne l’avez pas joué à l’américaine, vous n’avez pas pris tous les deux un appart en coloc, sur le campus HEC, pour pouvoir être 100% du temps ensemble ?

Nicolas : Non, malheureusement, que ce soit pour le… C’est vrai qu’à la l’américaine, ils ont leurs infrastructures sportives directement sur le campus, nous, c’est pas le cas, je m’attraîne à Port-de-Châtillon, à l’Institut du Judo, mon club est aussi dans le 91, donc c’est vrai qu’on n’a pas pu… Et lui, son club est dans le 95, donc c’est vrai que bon, c’était pas possible pour nous de prendre une coloc, ou encore moins sur le campus d’HEC, vu que ça nous mettait… C’était vraiment trop loin de nos infrastructures sportives et de nos clubs respectifs, mais ça n’empêche pas que au quotidien, on se voit tout le temps en cours, donc ça revient presque au même, finalement.

Ermanno : Vous avez quand même réussi à le faire. Est-ce que du coup, le rêve d’après, au-delà d’être tous les deux champions du monde dans votre discipline respective, est-ce que ce serait aussi de bosser dans la même boîte, ou même de monter une boîte tous les deux ?

Nicolas : C’est vrai que comme je l’ai dit tout à l’heure, des fois, on parle un petit peu de projet professionnel, mais comme je l’ai dit tout à l’heure, pour l’instant, c’est vraiment pas l’objectif. Je prends vraiment les choses étape par étape. OK, là, j’ai atteint déjà un objectif scolaire, mais c’est pas du tout là que je veux m’arrêter. Là, j’ai maintenant envie de me concentrer beaucoup plus sur mon projet sportif. J’ai plus cette pression de me dire qu’il faut que j’ai d’excellentes notes, que je sois le meilleur étudiant pour pouvoir rentrer dans l’école dont je rêvais depuis que j’étais tout petit. Maintenant, l’objectif, c’est vraiment de pouvoir, étape par étape, réatteindre le plus haut niveau français, aller après à l’international et m’imposer aussi à l’international. Et ça, c’est quelque chose pour lequel je peux pas me permettre de penser à un projet professionnel pour l’instant ou de penser à créer une entreprise. C’est quelque chose qui serait pourquoi pas intéressant, mais je pense vraiment que toute la disponibilité mentale que j’ai actuellement doit être vraiment concentrée à 90% sur le sport et 10% du reste répartie entre les études, parce qu’il faut quand même valider son diplôme, et aussi ma vie personnelle.

Ermanno : Dans ces 90% de sport, est-ce que tu inclues aussi une part non négligeable, je pense, de la charge mentale des sportifs et sportives de haut niveau qui est liée à la recherche de partenaires, à la recherche de financement ? Toi, tu l’as dit, en plus, tu finances ton année à HEC, tu as un crédit étudiant sur le dos qu’un jour ou l’autre il va falloir rembourser. Comment tu finances ta carrière de sportif ?

Nicolas : Justement, c’est de la chance ou je pense que ça a été soit de la chance, soit c’était un petit peu prévu dans la tête derrière.

Ermanno : Non, la chance, ça n’existe pas. On crée sa propre chance. Et donc non, ça n’existe pas la chance. Tu as peut-être eu ce que certains diraient de la chance, mais en réalité, c’est toi qui as créé cette opportunité.

Nicolas : Je dirais que oui, exactement. C’est vrai que j’ai eu la présence d’esprit lors de mon break de mettre de l’argent de côté. J’ai pu faire de l’alternance. Ça m’a permis de mettre beaucoup d’argent de côté. Assez d’argent de côté, en tout cas, pour pouvoir subvenir mes besoins personnels en dehors du prêt étudiant pendant une ou deux années, en tout cas pendant un laps de temps. Et c’est vrai que pour l’instant, je finance ma carrière sportive entièrement moi-même. Donc, que ce soit par les équipements, la nourriture, lorsqu’on part en déplacement, le déplacement sportif, ou même le judo, c’est un sport à catégorie de poids. Lorsqu’il faut perdre du poids, on a tendance aussi à recourir au cutting, c’est-à-dire de perdre de l’eau assez rapidement. Lorsque je dois aller au sauna pour perdre de l’eau, c’est aussi quelque chose que je finance par mes frais personnels. Pour l’instant, je me finance entièrement tout seul, mais j’espère pouvoir petit à petit demander de l’aide de sponsors pour pouvoir m’aider dans ce projet que j’ai, de pouvoir conjuguer les deux et enfin pouvoir me concentrer entièrement, voire à 95 ou 100% au sport, parce que justement, c’est vrai que c’est toujours, mentalement, on a toujours cette appréhension de se dire mince, ok, là aujourd’hui, je peux être à fond, mais demain, lorsque je devrais continuer à payer mes charges, mais que je devrais aussi pouvoir partir à l’international, je dois m’entraîner 15 à 18 heures par semaine, comment je vais faire si je n’ai pas les ressources financières ?

Ermanno : Bon, écoute, on va essayer de t’aider comme on peut, parce que l’un des objectifs du podcast dans les vestiaires, c’est aussi de venir en aide aux sportives et aux sportives de haut niveau, en les aidant non seulement à travailler sur leur branding pour pouvoir apparaître dans les médias, mais aussi à lever des fonds pour pouvoir financer leur carrière. Donc, chères auditrices, chers auditeurs, si vous voulez soutenir Nicolas, n’oubliez pas d’aller sur vestiairesaupluriel.org slash Nicolas, et puis vous pourrez retrouver plus d’infos sur lui et comment pouvoir le soutenir. Alors, c’est une action de centimier, on ne va pas pouvoir t’apporter 10, 15, 20 000 euros de quoi financer toute une saison, mais déjà, si on peut te soutenir, et ne serait-ce qu’avec quelques centaines, quelques milliers d’euros, et puis en plus faire rayonner toute une communauté autour de toi, écoute, ce sera avec grand plaisir, ça te permettra justement de te concentrer sur autre chose, et en particulier tes études et ton sport. La famille aussi un petit peu quand même, il faut quand même leur rendre tout ce que

Nicolas : eux, ils te donnent depuis quelques années. Exactement, il ne faut pas les oublier, surtout que sans eux, je ne pense pas que j’en serais là aujourd’hui, donc justement, c’est aussi une composante à prendre. Donc,

Ermanno : je comprends que les proches, c’est un pilier, le sport, c’est un pilier, les études, c’est un pilier, une chaise, ça tient rarement sur 3 piliers, il en faut 4, c’est quoi ton quatrième pilier justement

Nicolas : qui te permet de tenir debout Après le sport, les études, et

Nicolas : la famille, je dirais que ça reste mes amis, et après, ma vie personnelle, c’est vrai que j’ai de la chance aussi d’avoir des personnes qui m’entourent, donc je mets vraiment la différence entre famille et amis, ce n’est quand même pas la même chose pour moi je trouve, mais c’est vrai que je peux sortir au quotidien, enfin, je m’investis dans beaucoup d’autres causes, que ce soit sur le plan associatif, j’ai pu rencontrer énormément d’amis dans ce domaine-là, organiser plein de choses, et c’est vrai que entre deux entraînements, entre les cours et les partiels, et lorsque je ne suis pas avec ma famille, je peux aller voir mes amis, sortir au quotidien avec eux, donc avoir aussi cet équilibre-là, je pense que c’est quelque chose qui me permet aussi vraiment de de garder un petit peu cet état d’esprit et d’avoir une vie, de sentir que j’ai une vie à côté du sport et des études, ça me permet vraiment de garder cet équilibre-là, et de penser à d’autres choses que le judo ou les études au quotidien, donc je pense que c’est un peu, je pense que ce n’est pas un peu, c’est le quatrième pilier qui me permet de de maintenir ma chaise, pour reprendre tes termes.

Ermanno : Tu me disais aussi que, et tu en as parlé au début de l’épisode, il y a une chose que tu voudrais faire, toi qui es l’un des premiers avec Patrick, qui a intégré cette section sport et études au sein de HEC, tu aimerais aussi être un exemple pour tous ceux qui se disent non, ce n’est pas possible, pourquoi j’y arriverais, c’est trop compliqué, il y a trop de marches à franchir, il y a trop de difficultés, il y a trop de barrières, tu peux nous parler un petit peu justement de ce que tu voudrais faire, de cet exemple que tu voudrais être, comment ?

Nicolas : C’est vrai qu’en revenant, justement comme on en avait parlé tout à l’heure, et en revenant justement régulièrement sur la tatami, en reprenant mon projet, en pouvant reprendre mon projet, mon double projet, c’est vrai que j’ai pu voir qu’en quelques années, pendant mon break, beaucoup de choses avaient certes changé, mais beaucoup de choses n’avaient pas forcément changé. J’ai encore plein de judokas avec qui je parle au quotidien, qui doivent gérer soit une alternance, des entraînements et des cours, et qui finalement n’arrivent pas à tout gérer, ou d’autres qui ont dû abandonner des études d’ingénieur pour pouvoir se concentrer sur leur esportif, d’autres qui ont dû abandonner leur esportif pour pouvoir se concentrer sur leurs études d’ingénieur, et moi j’aimerais bien aujourd’hui, avec le statut que j’ai acquis cette année, d’être le premier sportif qui a évolué au plus haut niveau, en tout cas au niveau national, et à avoir intégré HEC Paris, j’aimerais pouvoir créer une chaîne YouTube et documenter ma vie, documenter cette seconde partie de mon double projet, pour pouvoir montrer que, certes, c’est pas facile, certes, intégrer HEC Paris, des écoles telles qu’HEC Paris, s’entraîner au quotidien pour pouvoir atteindre le plus haut niveau français, voire international, c’est quelque chose qui n’est pas facile, mais c’est quelque chose qu’on peut faire, on peut conjuguer deux passions, et justement à travers une chaîne YouTube qui me permettrait de documenter ma vie au passage, et ça serait aussi de beaux souvenirs, j’aimerais pouvoir montrer aux autres que c’est possible, et qu’on peut avoir deux rêves, et deux grands rêves, et les réaliser.

Ermanno : C’est le pire qu’on te souhaite. Tiens, je vais te fixer un challenge, parce que j’ai compris que tu étais un homme de challenge en fait. T’as ce projet de créer une chaîne YouTube, et bah je te propose de ne diffuser cet épisode que quand t’auras fait au moins deux vidéos. Comme ça, on pourra mettre les liens de ta chaîne YouTube dans le podcast, on pourra se resservir, mettre en avant tes vidéos sur le mini-site qu’on va créer pour toi, pour pouvoir t’aider dans ta collecte de fonds, donc voilà, t’as la pression. Si tu veux sortir cet épisode, il faut que tu sortes d’abord tes vidéos, ça marche ?

Nicolas : Ouais, c’est noté, j’avais l’impression, c’est sûr que j’avais déjà un épisode en tête, donc un épisode, le challenge d’un épisode, ça me dérangeait pas du tout, mais du coup le deuxième, c’est noté, y’a pas de problème.

Ermanno : Ouais, non non, mais faut pas la faciliter, c’est pour ça que je me suis dit, un, ça va être trop facile, deux, deux, deux. Et deux, ça te permet aussi d’enclencher une certaine habitude, d’enclencher quelque chose. On en parlait tout à l’heure, un vaut mieux que zéro, mais deux, c’est le pas vers trois, quatre, cinq et six, plutôt que de se dire, bon bah c’est bon, je l’ai fait une fois, je vais le refaire, pas tout de suite, plus tard, je me concentre sur autre chose. Non, tu veux instaurer cette habitude, vas-y, donc on fera le point quand ce sera deux, et en espérant qu’il y aura trois et dix puissances N.

Nicolas : Exactement, carrément, pour pouvoir documenter toute cette vie-là. C’est carrément le challenge accepté, y’a pas de problème.

Ermanno : Écoute, on arrive tout doucement vers la fin de cet épisode. Déjà, est-ce qu’il y a un sujet qu’on n’a pas abordé, qui te tient à cœur, et que tu voudrais, dont tu voudrais nous parler aujourd’hui ?

Nicolas : Ça prend beaucoup de temps, mais c’est vrai que, justement, parler des sportifs qui, au quotidien, ont ce double projet-là, c’est vrai qu’on met souvent en valeur sur les médias, et justement, c’est ce que je veux montrer avec la chaîne YouTube que je veux créer, on met souvent en valeur soit des sportifs qui sont déjà numéro un dans leur discipline, qui sont les meilleurs, et c’est normal, ce sont ceux qui font, qui représentent la France au quotidien, via l’équipe de France, on met des fois aussi les athlètes qui sont encore tout jeunes, mais on a tendance à pas forcément mettre sur les réseaux sociaux ou sur les médias en valeur les sportifs qui sont un peu dans le creux de la vague, et je pense que c’est vraiment quelque chose d’assez important d’en parler juste, peut-être même brièvement, en tout cas, que je l’évoque, je pense que c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur, parce qu’aujourd’hui, on a plein de sportifs qui sont, selon les sports, numéro 4, 5, qui s’entraînent aussi 16 à 18 heures par semaine, moi, j’ai plein d’exemples aussi de sportifs qui sont ingénieurs, ingénieurs, qui doivent coupler un ou voire un travail, un temps partiel, des études, des cours particuliers, plein de choses à côté de leurs pratiques, mais qui, vu qu’ils sont dans le creux de la vague, ne sont pas encore assez mis en valeur, donc c’est peut-être cette petite note que je voulais apporter sur la fin de ce podcast-là, qu’il y a plein de personnes extraordinaires qui ont des doubles projets, qui se battent pour leurs rêves, et finalement qui sont à peut-être un tout petit pas, une step d’exploser, et finalement, cette mise en valeur, justement, que ce podcast fait très bien, merci encore à Hermano, leur permettra vraiment d’avoir cette petite marche qui leur permettra d’exploser, donc c’était peut-être le petit mot de la fin, en tout cas pour moi.

Ermanno : Bon, bah écoute, je prends, n’hésite pas à partager les contacts, à faire des intros, des mises en relation, pour qu’on puisse donner la parole à toutes ces sportives et ces sportifs qui sont justement soit un petit peu dans le creux de la vague, soit au pied des podiums, et pour qui il manque juste une toute petite chose pour pouvoir justement performer. Est-ce que c’est un tout petit peu une étincelle en plus, un élan en plus, un petit peu de motivation, même si j’en doute, ou est-ce que c’est justement de pouvoir se concentrer plus attentivement sur certaines choses, et en particulier le sport, parce que pour l’instant, il y a X sujets qui viennent perturber un petit peu cette concentration, à l’inverse de ce que toi tu es justement en train de mettre en place, de mettre 90% sur le sport, 9% sur les études, et 1% sur le reste, donc il faut se dire aussi, et je pense qu’on a souvent tendance à l’oublier, que le métier de sportif de haut niveau, oui c’est une passion, mais c’est aussi quelque chose de très éphémère. On est au plus haut niveau, alors hormis quelques sports qui font un peu exception à la règle, mais on est sportif de haut niveau jusqu’à 25, 30, parfois 31, 32 ans, et après c’est terminé, après on passe à autre chose. Alors il y a des sports dans lesquels on met des millions de côtés jusqu’à 30 ans, et après on a de quoi vivre tranquille jusqu’à la fin de ses jours. Il y en a d’autres, et bien les sportifs de haut niveau, même les meilleurs mondiaux, ils galèrent toute leur vie de sportif, et une fois que le sport s’arrête, parce que blessure, parce que fin de carrière, parce que retraite forcée, parce que plus de financement, et il faut bien manger pour pouvoir s’entraîner, progresser et performer, et bien c’est une deuxième vie qui commence, et une deuxième galère souvent qui commence. Et c’est justement l’essence même de ce podcast. Je te remercie d’en avoir parlé Nicolas. Merci beaucoup. Juste avant qu’on se quitte, j’ai encore deux questions. La première, on a parlé de ton palmarès, on a parlé de tes rêves, on n’a pas trop parlé de tes objectifs sportifs. On a compris que là tu revenais au plus haut niveau, après une année de pause pour pouvoir te concentrer sur ton intégration à HEC. Sportivement parlant, aujourd’hui, quels sont tes objectifs ?

Nicolas : Pour moi c’est assez clair, la saison a déjà commencé. Nouvelle saison, nouvelle catégorie d’âge, forcément, et nouvelle catégorie de poids. Déjà me réinvestir, donc déjà, réatteindre les championnats de France élite, donc les qualifications auront lieu dans les mois à suivre. Là je suis déjà en train de réaliser les compétitions, donc pour ceux qui connaissent le circuit sportif au niveau du judo, c’est la belle excellence, c’est le plus haut niveau de tournoi qu’il y a. Donc déjà me reclasser, repartir sur les podiums, et après me requalifier aux championnats de France élite. Par la suite, réintégrer l’INSEP, pour pouvoir, parce que justement, réintégrer une structure, c’est aussi se redonner toutes les chances nécessaires, pour pouvoir réatteindre le plus haut niveau. Et après, étape par étape, pouvoir se reclasser, repartir sur les podiums des championnats de France, repartir à l’international, et petit à petit, justement, moi ce que je me donne comme, entre guillemets, limite de temps, enfin, c’est pas une limite en soi justement, mais c’est les JO, c’est 2028, et c’est vraiment toutes les chances, me donner toutes les chances pour pouvoir atteindre mon rêve, c’est-à-dire de pouvoir réaliser les JO plus tard, et aussi être sur l’équipe de France. Donc c’est vraiment les objectifs, comme j’ai dit tout à l’heure, étape par étape, pour pas se brûler les ailes en vol, mais c’est aujourd’hui les objectifs que j’ai.

Ermanno : Écoute, encore une fois, c’est le pire qu’on te souhaite, et puis ma deuxième question, elle est très simple, où est-ce qu’on suit Nicolas Biffot pour rester en contact avec toi, pour suivre ton évolution, pour checker que tes objectifs sont remplis, et puis dans un deuxième temps, mais là on peut pas le dire tout de suite, mais on fera le rajout dans les notes de l’épisode, où est-ce qu’on pourra suivre tes vidéos ?

Nicolas : Alors, pour me suivre sur les réseaux sociaux, c’est assez simple, sur LinkedIn, mon nom, mon prénom, Nicolas Biffot, et sur Instagram, Nico BFT, N-I-K-O pour le côté un peu international anglais, mais N-I-K-O-B-F-T, ça c’est pour Instagram, et vous pourrez suivre mes aventures et aussi mon quotidien en tant que sportif sur ces réseaux-là.

Ermanno : On suivra tout ça, on rappellera tous les liens pour te suivre dans les notes de l’épisode, et puis sur le site vestiaire.org slash Nicolas. Merci beaucoup Nicolas pour le temps que tu nous as accordé, on a fait une longue entrevue finalement, non seulement pour enregistrer cet épisode, mais aussi pour échanger tout simplement un petit peu avant. Je te souhaite une très bonne continuation, et puis écoute, j’espère qu’on se verra un de ces quatre sur les tatamis. Mon fils de trois ans vient de commencer le judo, donc peut-être qu’un jour, quand toi tu seras un grand mentor des judokas, il viendra te saluer avec tout le respect qui est dû notamment aux personnes, mais aussi entre judokas.

Nicolas : J’aurais hâte de lui transmettre tous mes conseils et toutes mes techniques secrètes. Bonne journée Armando, et encore merci beaucoup pour l’entretien. Super. Pour la petite discussion.

Ermanno : Merci, ciao. Ciao.

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