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Eléa-Mariama DIARRA

Notre invitée, Elea-Mariama DIARRA, est une Athlète de Haut Niveau, spécialiste du 400m. Agée de 29 ans en 2019 elle est sélectionnée en équipe de France d’athlétisme et pratique au haut niveau depuis plus de 10 ans.

#001 – Elea-Mariama DIARRA – 4x400m

 
 
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Championne de France de 400m en 2011 à Albi et en 2017 à Marseille, Vice-Championne d’Europe à Amsterdam en 2016, elle concourt en Équipe de France de 4 x 400m. Mais sa force réside également (dans) le palmarès qu’elle arbore en relais 4x400m. Avec ses co-équipières, elles sont en effet Championnes d’Europe en salle en 2015, plusieurs fois Vice-Championnes d’Europe, 4ème relais des Championnats du Monde en 2018 et trustent en général une place en finale.

Selon elle, la carrière d’une sportive de haut niveau se construit avec les années et le chemin est parsemé d’embûches. Outre le financement de son quotidien, il y a, par exemple, les blessures, qui font partie de la carrière et qu’il faut apprendre à gérer.

Elea-Maraima a commencé l’athlétisme très jeune et après avoir touché à toutes les disciplines de l’athlétisme, elle s’est spécialisée (dans le) saut en longueur. De la longueur, elle se spécialise doucement sur le sprint. En cadette, elle courrait déjà sur 300m ce qui lui a permis de faire une transition assez douce vers le 400m. Elle se souvient d’ailleurs de sa dernière course en cadette : en fin d’été, son coach lui propose de faire un 400m. Partie beaucoup trop vite -habitudes du 300m obligent- elle a littéralement explosé (dans la) dernière ligne droite. Après une longue période allongée par terre, tétanisée par la douleur et la fatigue, lorsque son coach, qui pensait la dégouter du 400m, vient vers elle, une seule chose l’obstine : « quand est-ce que l’on recommence ? ».

En France, le 400m est une course mythique. Ce qu’elle apprécie particulièrement (dans) cette course, c’est l’imprévu : chaque 400m est différent, beaucoup de choses peuvent se passer pendant cet effort « long » et la tactique est primordiale pour gagner.

La gagne … c’est un des éléments qui a façonné son ascension vers le Haut Niveau. Elle n’a finalement pas eu de véritable déclic, mais elle a gravi plusieurs marches, qui l’ont, tout naturellement amenée à y penser et à se considérer comme une athlète de Haut Niveau Française. Sa jeunesse a été baignée par des icônes, comme Marie-José Perec (qui détient toujours le record de France et le 4ème record de tous les temps, couru en 48’25” aux JO d’Atlanta en 1996 : https://www.dailymotion.com/video/xahabt). Ces icônes sont celles qui ont façonné sa carrière de sportive et qui l’ont aidées à gravir des marches telles que : une qualification aux championnats de France Cadette, puis une 1ère sélection en équipe de France en Junior 2 à 18 ans ou encore une 1ère sélection en Championnats de France Senior.

Un autre élément important qu’Eléa-Mariama met en avant (dans) cette transition qui s’est faite sans bruler les étapes, c’est la régularité et la proximité conservée avec le lieu où elle a grandi, étudié et vit désormais. Garder le même entraîneur, qui la connaît par cœur, qui peut la guider, l’épauler, l’orienter, la soutenir est un atout. Eléa-Mariama a également choisi des études qui lui permettaient de mener de front études et sport de Haut Niveau, à tel point qu’elle n’a demandé que très tard à bénéficier d’un cursus aménagé pour les sportif.ve.s de Haut Niveau, ce qui lui a permis d’obtenir, certes un peu plus tard que d’autres, un Master à 26 ans. De même, se fixer des routines et un cadre permettent de se raccrocher à des piliers lorsque les choses vont moins bien.

Mais construire une carrière de sportif.ve, passe par une préparation jusque (dans les) moindres détails. Pour Elea-Mariama, autant elle a eu la chance de pouvoir bénéficier de l’appui de sa famille qui a continué à l’héberger pendant de nombreuses années (donc, pas de loyer, moins de frais de nourriture, mais aussi une vie chez Papa-Maman jusqu’à plus de 25 ans), autant, à la fin de ses études, elle a cherché à voler de ses propres ailes pour ne plus dépendre de ses parents. Elle s’est tournée vers la recherche de sponsors, ou plutôt de partenaires, qui pouvaient l’épauler d’un point de vue dotation de produits ou de services, mais aussi, d’un point de vue financier, pour, tout bêtement, remplir le frigo et payer son loyer. Avec les bons résultats en individuel ou sur le relais 4×400, les demandes ont été plus faciles à transmettre et surtout, elle a eu la chance de bénéficier d’un contrat avec la Fédération, qui la salarie à mi-temps et lui offre un minimum de stabilité financière avec un demi SMIC (environ 600 € nets par mois).

Malgré tout, tous les efforts ne suffisent pas et il faut se battre au quotidien … en plus de ses entrainements. La recherche de partenaires est une tâche très chronophage pour un ratio temps passé / retour sur implication très faible. L’autre problème que rencontrent les sportif.ve.s de haut niveau avec le partenariat, du moins ceux qui ne font pas parti des meilleurs et des plus médiatiques, est l’effet éphémère du support financier et le manque de stabilité financière : l’aide est apporté une fois et on ne sait pas si elle sera reconduite. Eléa-Mariama alerte et reste tout de même consciente sur le fait que (dans) d’autres sports, les sportif.ve.s, surtout s’ils sont des hommes, peuvent être bien mieux rémunérés.

D’autant que la Fédération Française aide assez peu. Elle dispose bien de contrats d’images (sans vraiment travailler avec l’entreprise partenaire, le sportif sera présent quelques jours (dans) l’années), mais ce type de contrats est réservé aux sportif.ve.s top élite, c’est-à-dire à fort potentiel médaillable olympique) … qui n’ont plus forcément besoin de financement. Ceux qui manquent de lumière et de notoriété et qui se battent au quotidien pour disposer de structures d’entraînement et de moyens pour vivre, ne peuvent pas bénéficier de ce type de contrats …

Pendant ses études, Eléa-Mariama a d’ailleurs déjà tenté de travailler à mi-temps, mais sans grand succès : il est très compliqué, en termes de récupération d’allier plusieurs activités. Il est vrai que même en travaillant à mi-temps, on trouve très facilement le temps de maintenir son niveau d’entraînement, mais on ne trouve alors plus le temps des à-côtés : une récupération de qualité, les multiples séances de kiné, la cryothérapie, etc … l’entraînement invisible en quelque sorte !

Une carrière de sportif.ve, que l’on parle du Haut Niveau ou pas, est, en général, assez courte. Nous avons donc demandé à Eléa-Mariama si, à 29 ans, elle préparait déjà sa reconversion.

Sa réponse est assez catégorique : elle s’efforce d’y penser de moins en moins, car la réflexion, la projection, la frustration de ne pas pouvoir avancer sur certains projets, consomment énormément d’énergie et la charge mentale y associée, qui la distrait de son entrainement, ne lui permettent pas de se consacrer à 100% à son objectif, qui reste et demeure et d’autant plus en 2020, un objectif olympique et elle a envie d’être à 100% (dans) l’instant présent.

Malgré tout, si elle devait se projeter, Eléa-Mariama se voit plutôt (dans) l’entreprenariat, qui va bien avec sa personnalité et qui présente beaucoup de similitude avec le sport de Haut Niveau : concentration, résilience, réussite.

Revenons désormais sur les objectifs 2020 d’Eléa-Mariama et sur la méthode de sélection pour le 400m aux JO. (dans) un 1er temps, Elea-Mariama vise la sélection pour le relais 4×400 : il faut que la France soit (dans les) 16 meilleurs mondiaux (pour qualifier le relais et pas une équipe de relais en particulier). Pour savoir qui seront les athlètes sélectionnées pour le relais, la sélection se fera 1 mois avant les JO, lors des Championnats de France Elite, où la Fédération Française d’Athlétisme sélectionnera les 6 meilleures athlètes du moment. Attention, être qualifié en équipe n’est pas synonyme de qualification en individuelle et inversement.

L’Ambiance en équipe est assez bonne, parfois même excellente, mais l’athlétisme, même en relais, reste un sport individuel, les athlètes sont donc toujours en compétition … ce qui caractérise tout de même le sport au Haut Niveau J. Et même (dans) la recherche de partenaires, ce n’est pas l’équipe qui recherche des sponsors, mais bien chaque athlète. Les partenaires qui soutiennent l’équipe ne peuvent être que le.s sponsor.s de la Fédération Française … d’où les astuces que chacun.e développe pour montrer son propre sponsor, comme par exemple quand on se fait prendre en photo avec ses chaussures autour du cou. Avec certains partenaires, Eléa-Mariama propose aussi propose aussi des interventions en entreprise, lors de diner, de prendre part à des opérations de communication interne ou des Team building et les retours sont très positifs.

Pour démarcher des sponsors, il faut être à mêne de leur présenter un budget détaillé, mais il n’est pas de bon ton de présenter tous les types de frais, comme les dépenses du quotidien. Parmi le type de dépenses qu’un.e sportif.ve peut présenter : les stages d’hiver, (dans) des pays plus chauds, avec des postes tels que les voyage, l’hébergent, le coach, les frais médicaux, la préparation mentale, etc …). D’ailleurs, on parle assez peu de la préparation mentale, dont le coût est relativement important (60 € la séance).

En pleine recherche de partenaire, Eléa-Mariama a également eu l’opportunité de croiser la route de la plateforme Sponsorise.me , qui lui a permis de financer une bonne partie d’une de ses saisons, en récoltant 5.000 €. Malgré tout, Eléa-Mariama reste mitigée sur l’utilisation de ce type de plateformes. Elle pensait en effet convaincre des amateurs de sport, mais a priori, ceux qui l’ont soutenue sont majoritairement des connaissances, qui auraient pu la soutenir en direct. Elle a été très touchée, mais aussi très gênée de faire ainsi appel à son cercle de contacts.

Cette année, pour sa dernière préparation olympique, Eléa-Mariama a décidé de cibler des entreprises en rapport avec ses valeurs (protection de l’environnement, écologie, alimentation biologique et pointue, sans produits laitiers, etc …) et elle a reçu beaucoup plus de retours positifs, mais principalement en dotation produits (ex: MARCAL qui lui fournit 100 € d’alimentation par mois). Cela permet de diminuer le budget y relatif, mais pas de subvenir à tous ses besoins. Elle doit donc trouver un juste équilibre entre soutiens produits/services et soutiens financiers … mais pas à n’importe quel « prix » :  un partenaire peut, très rapidement, devenir pesant et exigeant et donc impacter la charge mentale de l’athlète. Eléa-Mariama préfère passer à côté d’un soutien financier que d’être coincée (dans) une relation difficile. Elle évite, autant que faire se peut, les partenaires qui ne veulent la soutenir qu’une fois et privilégie les relations qui s’inscrivent (dans la) durée et la confiance et constate que les partenariats qui fonctionnent le mieux sont ceux qui respectent ces 3 critères : confiance, durée et respect des valeurs.

Et à propos de la reconversion ? Certains de ses partenaires actuels ou des prospects approchés lui ont déjà fait des propositions pour rejoindre leurs équipes à la fin de sa carrière sportive, mais encore une fois, elle garde cette option (dans) un coin de sa tête, sans trop y penser, pour éviter la charge mentale y relative. Il y a des chances que sa reconversion se passe plus facilement et lui garantisse de meilleurs revenus que sa carrière de sportive professionnelle !

Eléa-Mariama pointe tout de même du doigt et déplore, que même si elle fait de son mieux, la Fédération Française d’Athlétisme, ne soit pas en mesure de proposer de formations ou plsu d’assistance quant à la recherche de partenaires, activité où les novices ou les athlètes plus « timides » rencontrent beaucoup de difficultés. Toutefois, certaines initiative locales, comme la région Rhône-Alpes, mettent en place des ateliers pour aider les sportif.ve.s à se vendre et trouver des partenaires. Elle a malgré tout été très chanceuse d’avoir fait des études en Ecole Supérieure de Commerce, ce qui lui a apporté la structure pour mieux monter un dossier de sponsoring et pouvoir se vendre. Et puis il y a le collectif du groupe des athlètes de l’équipe de France. Même si la recherche de sponsors se fait individuellement, les membres de l’équipe de France qui se fréquentent régulièrement (dans) l’année, se transmettent souvent les informations des partenaires qui cherchent / acceptent de soutenir des sportif.ve.s. Les athlètes s’entraident aussi pour la rédaction des emails et des dossiers de sponsoring. Quant aux agents, les sportif.ve.s peuvent compter sur eux pour s’occuper des « invitations » sur les courses et trouver un équipementier, mais pas plus.

Enfin, concernant les plateformes qui recherchent des sportif.ve.s pour les faire intervenir en entreprise, sur des séminaires ou des conférences, tout en leur reversant une partie du « cachet », Eléa-Mariama y a déjà été sensibilisée, mais elle ne s’y est pas arrêté, une telle activité étant relativement chronophage pour peu de pérenité économique.

Eléa-Mariama a souhaité conclure sur le rapport entre l’ombre et la lumière auquel il faut s’habituer lors des premières victoires. En effet, la vie de sportif.ve de haut niveau est un véritable yoyo émotionnel, avec des moments où l’athlète peut passer en quelques jours, de l’anonymat – où l’on passe son temps à s’entraîner (dans le) noir, à taper à toutes les portes pour décrocher des partenariats, où l’on a l’impression de ne pas être soutenu ni reconnu – aux feux de la rampe – notamment lorsque l’on confirme sa sélection pour les JO – et inversement. Lorsque l’on y est confronté et que l’on apprend à le gérer, de telles situations permettent de garder les pieds sur terre. Il faut pouvoir capitaliser sur les moments où les projecteurs sont tournés vers eux pour avoir un dossier de partenariat toujours prêt et profiter de cette notoriété éphémère.

Pour finir, nous avons posé deux questions à Eléa-Mariama, que nous vous laissons découvrir (dans) notre premier épisode !

  • Si tu pouvais remonter quelques années en arrière, à tes débuts, quel conseil te donnerais-tu ?
  • Quel est ton plus beau souvenir de sport et quelle émotion en as-tu retirée à ce moment-là ?

#001 – Elea-Mariama DIARRA – 4x400m

 
 
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